VI. SESSION,

tenuë le 13. jour de Janvier 1547.

DECRET

touchant la Justification.

I N T R O D U C T I O N

S 'ESTANT répandu en ces derniers temps, au malheur de plusieurs Ames, & au grand détriment de l'union de l'Eglise, certains sentimens erronez, & une Doctrine entiérement contraire à la vérité touchant la Justification ; le Saint Concile de Trente Oecuménique, & Général, légitimement assemblé sous la conduite du Saint Esprit, les Révérendissimes Seigneurs, Jean-Marie de Monte Evesque de Palestrine & Marcel du Titre de Sainte Croix en Jerusalem, Prestres, Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, & Légats Apostoliques à Latere y présidans au nom du Tres-Saint Pere en Jesus-Christ Paul III. Pape par la providence divine, A résolu, à l'honneur & à la gloire de Dieu Tout-Puissant, pour la tranquillité de l'Eglise, & pour le salut des Ames, d'exposer à tous les Fidelles Chrestiens, la véritable & saine Doctrine, touchant la Justification ; telle que l'a enseignée le Soleil de Justice Jesus-Christ, l'Auteur & le Consommateur de nostre Foy (Heb. 12 .2) ; que les Apostres nous l'ont laissée ; & que l'Eglise Catholique l'a toûjours tenuë & gardée, par l'inspiration du Saint Esprit ; défendant tres-étroitement que personne à l'avenir ne soit assez téméraire pour s'en former une autre créance, ni pour prescher, ou enseigner sur cette matiere autrement que suivant ce qui est défini, & déclaré par le présent Decret.

C H A P I T R E   I.

De l'impuissance de la Nature & de la Loy, pour la Justification des hommes.

L E Saint Concile déclare premiérement, que pour entendre bien, & comme il faut la doctrine de la Justification ; il est nécessaire que d'abord chacun reconnoisse, & confesse, que tous les hommes ayant perdu l'innocence dans la prévarication d'Adam, & estant devenus impurs, & comme dit l'Apostre, Enfans de colere par la Nature (Ephes. 2. 3.), ainsi qu'il a esté éxpliqué dans le Decret sur le péché Originel, ils estoient jusques à un tel point esclaves du péché, & sous la puissance du diable & de la mort, que non-seulement les Gentils n'avoient pas le pouvoir de s'en délivrer, ni de se relever par les forces de la Nature ; mais les Juifs mesmes ne le pouvoient faire par le secours & la lettre de la Loy de Moïse, quoy-que le libre arbitre ne fust pas éteint en eux, mais bien diminué de force, & abbatu.

C H A P I T R E   I I.

De la conduite de Dieu dans le Mistere de l'Avenement de JESUS-CHRIST.

D 'Où il est arrivé que le Pere celeste, le Pere des miséricordes, & le Dieu de toute consolation, qui mesme avant la Loy, avoit promis son Fils Jesus-Christ, & qui ensuite, dans le temps de la Loy, s'en estoit de nouveau déclaré à plusieurs Saints Peres, l'a enfin envoyé aux hommes, lors que les temps se sont trouvez heureusement accomplis ; & pour racheter les Juifs qui estoient sous la Loy, & pour faire que les Gentils, qui ne recherchoient pas point la Justice, parvinssent à la Justice ; & qu'ainsi tous fussent rendus Enfans adoptifs : C'est luy que Dieu a proposé pour estre, par la foy que nous aurions en son Sang, la propitiation pour nos péchez, & non-seulement pour les nostres, mais aussi pour ceux de tout le monde.

C H A P I T R E   I I I.

Qui sont ceux qui sont justifiez par JESUS-CHRIST.

M AIS encore qu'il soit mort pour tous, Tous néanmoins ne reçoivent pas le bienfait de sa mort ; mais ceux-là seulement ausquels le mérite de sa Passion est communiqué. Car de la mesme façon qu'en effet les hommes ne naistroient pas injustes & coupables, s'ils ne descendoient, & ne tiroient leur origine de la race d'Adam ; puis que c'est par cette suite de génération qu'ils contractent par luy, lors qu'ils sont conceûs, l'injustice qui leur devient propre : de mesme, s'ils ne renaissoient en Jesus-Christ, ils ne seroient jamais justifiez, puis que c'est par cette renaissance, en vertu du mérite de sa Passion, que la Grace, par laquelle ils sont justifiez leur est donnée. C'est pour ce bienfait que l'Apostre nous exhorte (Coloss. I. 12.), de rendre continuellement graces à Dieu le Pere, qui nous a rendus dignes d'avoir part au sort & à l'héritage des Saints dans la lumiere ; & qui nous a retirez de la puissance des ténebres, & nous a transférez dans le Royaume de son Fils bien-aimé, par lequel nous sommes rachetez, & nous avons la rémission de nos péchez.

C H A P I T R E   I V.

En quoy consiste la Justification de l'Impie, & la maniere dont elle se fait dans l'estat de la Loy de Grace.

C Es paroles font voir que la justification de l'Impie, n'est autre chose que la translation, & le passage de l'estat auquel l'homme naist enfant du premier Adam, à l'estat de grace, & d'enfant adoptif de Dieu, par le second Adam Jesus-Christ Nostre Sauveur ; & ce passage, ou cette translation depuis la publication de l'Evangile, ne se peut faire sans l'eau de la régénération, ou sans le désir d'en estre lavé, suivant qu'il est écrit, que si un homme ne renaist de l'eau, & du Saint Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu (Joan. 3. 5.).

C H A P I T R E   V.

De la nécessité qu'il y a pour les Adultes, de se préparer à la Justification ; & d'où elle procede.

L E Saint Concile déclare de plus, que le commencement de la Justification dans les Adultes, se doit prendre de la Grace prévenante de Dieu par Jesus-Christ, c'est à dire, de sa vocation, par laquelle, sans qu'il y ait aucuns mérites de leur part, ils sont appelez : De maniere qu'au lieu de l'éloignement de Dieu dans lequel ils estoient auparavant par leurs péchez, ils viennent à estre disposez par la Grace qui les excite, & qui les aide à se convertir pour leur propre justification, consentant, & coopérant librement à cette mesme Grace ; en sorte que Dieu touchant le coeur de l'homme par la lumiere du Saint Esprit, l'homme pourtant ne soit pas tout-à-fait sans rien faire, recevant cette inspiration, puis qu'il la peut rejetter ; quoy-qu'il ne puisse pourtant, par sa volonté libre, se porter dans la Grace de Dieu, à la Justice devant luy. C'est pourquoy lors qu'il est dit dans les saintes Lettres, Convertissez-vous à moy, & je me convertiray à vous (Zach. I. 3.), nous sommes avertis de nostre liberté ; & lors que nous répondons, Seigneur, convertissez-nous à vous, & nous serons convertis (Thren. 5. 21.) ; nous reconnoissons que nous sommes prévenus de la Grace de Dieu.

C H A P I T R E   V I.

La maniere de cette préparation.

O R les Adultes se disposent à la Justice : premierement lors qu'excitez, & aidez par la Grace de Dieu, concevant la Foy par l'oreille, ils se portent librement vers Dieu, croyant, & tenant pour véritables, les choses qui ont esté promises, & révélées de Dieu ; & ce point sur tous les autres, que le pécheur est justifié de Dieu par sa Grace, par la Rédemption aquise par Jesus-Christ : en suite, lors que se connoissant eux-mesmes pécheurs, & puis passant de la crainte de la Justice divine, qui d'abord a esté utile pour les ébranler, jusques à la considération de la misericorde de Dieu, ils s'élevent à l'espérance, se confiant que Dieu leur sera propice pour l'amour de Jesus-Christ, & ils commencent à l'aimer luy-mesme comme la source de toute Justice ; & pour cela ils s'émeuvent contre les péchez par une certaine haine & détestation, c'est à dire, par cette Pénitence qui doit préceder le Baptesme : enfin lors qu'ils prennent la résolution de recevoir le Baptesme, de commencer une nouvelle vie, & de garder les commandemens de Dieu. Touchant cette disposition, il est écrit, Que pour s'approcher de Dieu, il faut premierement croire qu'il est, & qu'il récompensera ceux qui le cherchent (Hebr. 11. 6.) ; Et encore, Mon fils, ayez confiance, vos péchez vous sont remis (Marc. 2. 5.) ; Et, la crainte du Seigneur chasse le péché (Eccles. I. 27.) ; Et, Faites pénitence, & que chacun de vous soit baptisé au nom de Jesus-Christ, pour la rémission de ses péchez, & vous recevrez le Don du Saint Esprit (Act. 2. 38.) ; Et, Allez donc, & enseignez toutes les Nations, les baptisant au Nom du Pere, & du Fils, & du Saint Esprit, & les instruisant à observer toutes les choses que je vous ay commandées (Matth. 28. 19.) ; Et enfin, Préparez vos coeurs au Seigneur (I Reg. 7. 3.).

C H A P I T R E   V I I.

Ce que c'est que la Justification, & quelles en sont les causes.

C ETTE disposition, ou préparation, est suivie de la Justification mesme, qui n'est pas seulement la rémission des péchez, mais aussi la sanctification & le renouvellement de l'homme intérieur, par la réception volontaire de la Grace, & des dons qui l'accompagnent. D'où il arrive, que l'homme d'injuste devient juste ; & ami, d'ennemi qu'il estoit ; pour estre, selon l'espérance qui luy en est donnée, héritier de la vie éternelle. Cette Justification, si on en recherche les Causes, a premiérement pour Finale, la gloire de Dieu, & de Jesus-Christ, & la vie éternelle. Pour Efficiente, elle a Dieu mesme, en tant que miséricordieux, qui lave, & sanctifie gratuitement, par le sceau, & par l'onction de l'Esprit Saint, promis par les Ecritures, qui est le gage de nostre héritage. Pour Cause Méritoire, elle a Nostre Seigneur Jesus-Christ son tres-cher & unique Fils, qui, par l'amour extréme dont il nous a aimez, nous a mérité la justification, & a satisfait pour nous à Dieu son Pere, par sa tres-sainte Passion, à l'arbre de la Croix, lors que nous estions ses ennemis. Pour Cause Instrumentelle, elle a le Sacrement de Baptesme, qui est le Sacrement de la Foy, sans laquelle personne ne peut estre justifié. Enfin son unique Cause Formelle, est la Justice de Dieu ; non la Justice par laquelle il est Juste luy-mesme, mais celle par laquelle il nous justifie ; c'est à dire, de laquelle estant gratifiez par luy, nous sommes renouvellez dans l'intérieur de nostre ame ; & non-seulement nous sommes réputez justes, mais nous sommes avec vérité nommez tels, & le sommes en effet, recevant en nous la justice, chacun selon sa mesure, & selon le partage qu'en fait le Saint Esprit, comme il luy plaist, & suivant la disposition propre, & la coopération d'un chacun. Car, quoy-que personne ne puisse estre juste, que celuy auquel les mérites de la Passion de Nostre Seigneur Jesus-Christ sont communiquez ; il faut pourtant entendre que cette justification se fait en sorte, que par le mérite de cette mesme Passion, la Charité de Dieu est aussi répanduë par le Saint Esprit dans les cœurs de ceux qui sont justifiez, & y est inhérente. D'où vient que dans cette justification, l'homme, par Jesus-Christ, auquel il est enté, reçoit aussi tout ensemble, avec la rémission des péchez, tous ces dons infus, la Foy, l'Espérance, & la Charité : car si l'Espérance & la Charité ne se joignent pas à la Foy, elle n'unit pas parfaitement avec Jesus-Christ, ni elle ne rend pas l'homme un membre vivant de son Corps. C'est ce qui a donné lieu à ces véritez, que la Foy sans les œuvres est morte & inutile (Jacob. 2. 17.) ; & aussi, qu'en Jesus-Christ, ni la Circoncision, ni l'incirconcision ne servent de rien, mais la Foy qui opere par la Charité (Galat. 5. 6.). C'est cette Foy, que les Catéchumenes, selon la tradition des Apostres, demandent à l'Eglise, auparavant le Sacrement de Baptesme, lors qu'ils demandent la Foy, qui donne la vie éternelle, que la Foy seule ne peut pas donner sans l'Espérance & la Charité. Et pour cela, on leur répond incontinent cette parole de Jesus-Christ : Si vous voulez entrer en la vie, gardez les Commandemens (Matth. 19. 17.). C'est pourquoy, aussitost qu'ils sont nez de nouveau par le Baptesme, recevant cette justice chrestienne & véritable, comme la premiere robe qui leur est donnée par Jesus-Christ, au lieu de celle qu'Adam a perduë pour luy, & pour nous, par sa désobéïssance, ils reçoivent aussi en mesme temps le commandement de la conserver blanche, & sans tache, pour la pouvoir présenter en cét estat devant le Tribunal de Nostre Seigneur Jesus-Christ, & obtenir la vie éternelle.

C H A P I T R E   V I I I.

Comment il faut entendre que l'homme est justifié par la Foy, & gratuitement.

Q UAND donc l'Apostre dit, que l'homme est justifié par la Foy, & gratuitement (Rom. 3. 22.), ces paroles doivent estre entenduës en ce sens, qui a toûjours esté celuy que, d'un consentement général & perpétuel, l'Eglise Catholique a tenu, & a fait entendre aux Fidelles ; sçavoir, que nous sommes dits estre justifiez par la Foy, parce qu'en effet la Foy est le commencement du salut de l'homme le fondement, & la racine de toute Justification, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu, & d'arriver à l'association de ses enfans (Hebr. 11. 6.). Et de mesme nous sommes dits estre justifiez gratuitement, parce qu'en effet rien de tout ce qui précede la Justification, soit la Foy, soit les œuvres, ne mérite la Grace mesme de la Justification. Car si c'est une Grace, elle ne vient pas des œuvres ; Autrement, comme dit l'Apostre, la Grace ne seroit pas Grace (Rom. 11. 6.).

C H A P I T R E   I X.

Contre la vaine confiance des Hérétiques.

O R, quoy qu'il faille croire que les péchez ne sont remis, & ne l'ont jamais esté, que par la pure & gratuite miséricorde de Dieu, à cause de Jesus-Christ (Tit. 3. 5.) ; il ne faut pourtant pas dire, que les péchez soient remis, ni qu'ils l'ayent jamais esté à personne, pour alleguer simplement cette présomptueuse confiance, & cette certitude de la rémission de ses péchez, & se reposer sur elle seule ; puis qu'elle se peut rencontrer dans des Hérétiques, & des Schismatiques, & qu'elle s'y rencontre mesme en ce temps, où l'on fait valoir avec tant de chaleur contre l'Eglise Catholique, cette confiance vaine, & éloignée de toute piété. Il faut bien se garder aussi de soustenir, qu'il soit nécessaire que ceux qui sont véritablement justifiez, doivent estre eux-mesmes dans cette créance ferme, & tout-à-fait indubitable, qu'ils sont justifiez, ni que personne ne soit absous de ses péchez, & ne soit justifié, s'il ne croit fermement estre absous et justifié ; ni enfin que ce soit par cette seule confiance, que l'absolution, & la justification s'accomplisse, comme si on devoit inférer, que celuy qui n'a pas cette ferme créance, doutast des promesses de Dieu, & de l'efficace de la Mort & de la Résurrection de Jesus-Christ. Car, de mesme qu'aucun Fidelle ne doit douter de la miséricorde de Dieu, du mérite de Jesus-Christ, de la vertu & de l'efficace des Sacremens : aussi est-il vray, que chacun tournant les yeux sur soy-mesme, & considerant ses propres foiblesses, & son indisposition, a lieu de craindre, & d'appréhender pour sa Grace ; nul ne pouvant sçavoir de certitude de Foy, c'est à dire, d'une certitude qui ne soit sujette à aucune erreur, qu'il ait receû la Grace de Dieu.

C H A P I T R E   X.

De l'accroissement de la Justification, aprés l'avoir receûë.

L ES hommes estant donc ainsi justifiez, & faits domestiques & amis de Dieu, s'avançant de vertu en vertu (Psal. 83. 8.), se renouvellent, comme dit l'Apostre, de jour en jour (II Cor. 4. 16.) ; c'est à dire, qu'en mortifiant les membres de leur chair (Coloss. 3. 5.), & les faisant servir à la piété, & à la justice, pour mener une vie sainte (Rom. 6.), dans l'observation des Commandemens de Dieu & de l'Eglise, ils croissent par les bonnes œuvres, avec la coopération de la Foy, dans cette mesme Justice qu'ils ont receûë par la Grace de Jesus-Christ, & sont ainsi de plus en plus justifiez, suivant qu'il est écrit, Que celuy qui est Juste soit encore justifié (Apoc. 22. 11.). Et aussi, N'ayez point de honte d'estre toûjours justifié jusques à la mort (Eccli. 18. 22.). Et encore, Vous voyez que l'homme est justifié par les œuvres, & non pas seulement par la Foy (Jacob. 2. 24.). Et c'est enfin cét accroissement de Justice, que la Sainte Eglise demande, quand elle dit dans ses Priéres, Donnez-nous, Seigneur, Augmentation de Foy, d'Espérance, & de Charité.

C H A P I T R E   X I.

De l'Observation des Commandemens de Dieu, & de la nécessité, & possibilité de les observer.

O R personne, quelque justifié qu'il soit, ne doit s'estimer éxempt de l'observation des Commandemens de Dieu, ni avancer cette parole téméraire, & interdite par les Peres sous peine d'anathême, Que l'observation des Commandemens est impossible, à un homme justifié : Car Dieu ne commande pas des choses impossibles (I. Joan. 5. 3.) ; mais en commandant, il avertit, & de faire ce que l'on peut, & de demander ce qu'on ne peut pas faire ; & il aide, afin qu'on le puisse. Ses Commandemens ne sont pas pesants (I. Joan. 5. 3.) ; son joug est doux (Matth. 11. 30.), & son fardeau léger. Car ceux qui sont enfans de Dieu, aiment Jesus-Christ ; & ceux qui l'aiment, gardent sa parole, comme il le témoigne luy-mesme ; & cela n'est pas audessus de leurs forces avec le secours de Dieu. Car, quoy-que dans cette vie mortelle les plus saints, & les plus justes, ne laissent pas de tomber quelquefois dans des fautes, du moins légéres, & journalieres, qu'on appelle aussi péchez véniels ; ils ne cessent pourtant pas pour cela d'estre Justes : De sorte que lors qu'ils disent à Dieu, Seigneur, pardonnez-nous nos offenses (Matth. 6. 12.) ; cette parole, dans leur bouche, est humble, & véritable tout ensemble. En effet, les Justes se doivent sentir, & reconnoistre d'autant plus obligez à marcher dans les voyes de la Justice, qu'estant déja affranchis du péché, & devenus esclaves de Dieu, ils sont en estat, en vivant selon les loix de la Tempérance, de la Justice, & de la Piété, d'avancer dans la Grace par Jesus-Christ mesme, par lequel ils y ont eû entrée ; car Dieu n'abandonne point ceux qui sont une fois justifiez par sa Grace, s'il n'en est auparavant abandonné. Personne donc ne se doit flater, ni s'applaudir en soy-mesme, pour avoir seulement la Foy, dans la pensée que par cette seule Foy, il est établi héritier, & qu'il aura part à l'héritage, encore qu'il ne souffre point avec Jesus-Christ, pour estre aussi glorifié avec luy. Car, comme dit l'Apostre, Jesus-Christ luy-mesme, quoy-qu'il fust Fils de Dieu, a appris l'obéïssance par l'expérience des choses qu'il a souffertes ; & tout estant consommé en luy, il est devenu la cause du salut éternel pour tous ceux qui luy obéïssent (Hebr. 5. 8.). C'est pourquoy le mesme Apostre, parlant à ceux qui sont justifiez, leur dit : Ne sçavez-vous pas que dans la carriere, tous courent véritablement, mais un seul emporte le prix. Courez donc en sorte que vous le remportiez. Pour moy, je cours, & je ne cours pas au hazard ; je combats, & je ne donne pas des coups en l'air : mais je chastie mon corps, & je le réduis en servitude, de peur qu'aprés avoir presché aux autres, je ne sois moy-mesme réprouvé (I. Corinth. 9. 24.). Saint Pierre, le Prince des Apostres, dit aussi : Travaillez à asseûrer par vos bonnes œuvres, vostre vocation, & vostre élection ; car agissant de la sorte, vous ne pécherez jamais (2. Petr. 1. 10.). Ce qui fait voir, que ceux-là contredisent à la doctrine orthodoxe de la Religion, qui soustiennent que le Juste, dans toute bonne œuvre, péche au moins véniellement ; ou, ce qui est encore plus insupportable, qu'il mérite les peines éternelles : de mesme que ceux qui disent que les Justes péchent dans toutes leurs actions, si outre l'intérest de la gloire de Dieu, qu'ils ont principalement en veûë en les faisant, ils jettent aussi les yeux sur la récompense éternelle, pour exciter leur langueur, & pour s'encourager eux-mesmes à courre dans la carriére ; puis qu'il est écrit : J'ay porté mon cœur à l'accomplissement de vos commandemens, à cause de la récompense (Psal. 118. 112). Et que l'Apostre dit de Moïse, Qu'il envisageoit la récompense (Hebr. 11. 26.).

C H A P I T R E   X I I.

Qu'il ne faut point avoir de présomption téméraire de sa Prédestination.

P ERSONNE aussi, tandis qu'il est dans cette vie mortelle, ne doit présumer de sorte du mystere secret de la Prédestination de Dieu, qu'il s'asseûre, pour tout certain, d'estre du nombre des Prédestinez ; comme s'il estoit vray qu'estant justifié, il ne pust plus pécher ; ou que s'il péchoit, il deust se promettre asseûrément de se relever : car sans une révélation particuliere de Dieu, on ne peut sçavoir ceux qu'il s'est choisi.

C H A P I T R E   X I I I.

Du don de Persévérance.

I L en est de mesme du don de Persévérance, duquel il est écrit : Que celuy qui aura persévéré jusques à la fin, sera sauvé (Matth. 10 22. & 24. 13.). Ce qu'on ne peut obtenir d'ailleurs, que de celuy qui est puissant, pour soustenir celuy qui est debout, afin qu'il continuë d'estre debout jusques à la fin, aussi-bien que pour relever celuy qui tombe. Mais personne là-dessus ne se peut rien promettre de certain, d'une certitude absoluë ; quoy-que Tous doivent mettre & établir une confiance tres-ferme dans le secours de Dieu, qui achevera, & perfectionnera le bon ouvrage qu'il a commencé, operant le vouloir & l'effet, si ce n'est qu'ils manquent eux-mesmes à sa grace. Mais cependant que ceux qui croyent estre debout, prennent garde de ne pas tomber, & qu'ils travaillent à leur salut avec crainte & tremblement, dans les travaux, dans les veilles, dans les aumosnes, dans les prieres, dans les offrandes, dans les jeusnes, dans la pureté : car sçachant que leur renaissance ne les met pas encore dans la possession de la gloire, mais seulement dans l'espérance de l'obtenir ; ils ont sujet d'appréhender pour le combat qui leur reste à soustenir contre le Diable, le Monde, & la Chair, dans lequel ils ne peuvent estre victorieux, s'ils ne se conforment avec la grace de Dieu aux sentimens de l'Apostre, qui dit : Nous sommes redevables, mais ce n'est pas à la chair, pour vivre selon la chair ; car si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si vous mortifiez par l'esprit les passions de la chair, vous vivrez.

C H A P I T R E   X I V.

De ceux qui sont tombez depuis le Baptesme, & de leur Réparation.

A L'ÉGARD de ceux, qui par le péché sont déchus de la grace de la justification qu'ils avoient receûë, ils pourront estre justifiez de nouveau, quand Dieu les excitant, ils feront en sorte, par le moyen du Sacrement de Pénitence, de recouvrer, en vertu du mérite de Jesus-Christ, la grace qu'ils auront perduë. Car cette maniere de Justification est la réparation propre pour ceux qui sont tombez. C'est ce que les saints Peres nomment si à propos, la seconde table aprés le naufrage de la grace qu'on a perduë ; & ç'a esté en effet en faveur de ceux qui tombent dans le péché de puis le Baptesme, que Jesus-Christ a établi le Sacrement de Pénitence, quand il a dit : Recevez le Saint Esprit ; les péchez seront remis à ceux à qui vous les remettrez, & ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (Matth. 10. 22.). De-là vient qu'il faut bien faire entendre que la Pénitence d'un Chrestien, aprés estre tombé en péché, est fort différente de celle du Baptesme : car non-seulement elle demande qu'on cesse de pécher, & qu'on ait son crime en horreur, c'est à dire, qu'on ait le cœur contrit & humilié ; mais elle enferme encore la Confession Sacramentelle de ses péchez, au moins en desir, pour la faire dans l'occasion ; & l'Absolution du Prestre avec la Satisfaction, par les jeusnes, les aumosnes, les prieres, & les autres pieux éxercices de la vie spirituelle ; non pas à la vérité pour la peine éternelle, qui est la remise avec l'offense par le Sacrement, ou par le desir de le recevoir ; mais pour la peine temporelle, qui, selon la doctrine des saintes Lettres, n'est pas toûjours, comme dans le Baptesme, entiérement remise, à ceux, qui méconnoissans de la grace de Dieu qu'ils ont receûë, ont contristé le Saint Esprit, & ont prophané sans respect le Temple du Dieu. C'est de cette Pénitence qu'il est écrit : Souvenez-vous de l'estat d'où vous estes déchu ; faites pénitence, & reprenez l'éxercice de vos premieres œuvres (Apoc. 2. 5.). Et encore ce mot, La tristesse qui est selon Dieu, produit pour le salut une Pénitence stable (2. Cor. 7. 10.). Et cét autre, Faites pénitence (Marc. 1. 15.) : Et, Faites des fruits dignes de pénitence (Luc. 3. 8.).

C H A P I T R E   X V.

Que par tout péché mortel la Grace se perd, mais non pas la Foy.

P OUR s'opposer à la maligne adresse de certains esprits, qui par des paroles douces & de complaisance, séduisent les cœurs des personnes simples (Rom. 16. 18.), il est à propos aussi de bien établir que la grace de la justification que l'on a receûë, se perd non seulement par le crime de l'infidélité, par lequel la Foy se perd aussi ; mais mesme par tout autre péché mortel, par lequel la Foy ne se perd pas. Et nous ne faisons en cela que soustenir la doctrine de la Loy divine, qui exclut du Royaume de Dieu, non - seulement les Infidelles, mais les Fidelles aussi, s'ils sont fornicateurs, adulteres, efféminez, sodomites, voleurs, avares, yvrognes, médisans, ravisseurs du bien d'autruy (I Timot. 1. & I Cor. 6. 9.), & tous autres sans exception, qui commettent des péchez mortels, desquels ils se peuvent abstenir par le secours de la grace de Dieu, & pour la punition desquels ils sont séparez de la grace de Jesus-Christ.

C H A P I T R E   X V I.

Du fruit de la Justification, c'est à dire, du mérite des bonnes œuvres, & en quoy il consiste.

L ES hommes estant donc justifiez de cette maniere, soit qu'ils ayent toûjours conservé la grace qu'ils ont une fois receûë, soit qu'ils l'ayent recouvrée, aprés l'avoir perduë, il leur faut mettre devant les yeux les paroles de l'Apostre. Employez-vous de plus en plus dans l'éxercice des bonnes œuvres ; & sçachez que Nostre Seigneur ne laissera pas vostre travail sans récompense (I. Cor. 15. 58.), car Dieu n'est pas injuste pour oublier vos bonnes œuvres, & l'amour que vous avez fait paroistre pour son nom (Hebr. 6. 10.). Et, Ne perdez pas vostre confiance, dont la récompense doit estre tres-grande (Hebr. 10. 35.). C'est ainsi qu'il faut parler de la vie éternelle à ceux qui travaillent utilement jusques à la fin de la carriére, & qui esperent en Dieu ; en la leur faisant voir, & comme une Grace promise aux enfans de Dieu par miséricorde, à cause de Jesus-Christ ; & comme une récompense, qui, selon la promesse de Dieu mesme, doit estre fidellement renduë à leurs bonnes œuvres & à leurs mérites. C'est cette couronne de Justice, que l'Apostre disoit luy estre réservée aprés sa course, & son combat ; & luy devoir estre renduë par le juste Juge ; & non seulement à luy, mais à tous ceux qui aiment son avénement (II. Timot. 4. 7.). En effet, Jesus-Christ luy-mesme influant, pour ainsi dire, & répandant continuellement sa vertu dans ceux qui sont justifiez, comme le chef dans ses membres, & le tronc de la vigne dans ses pampres ; & cette vertu précedant, accompagnant, & suivant toûjours leurs bonnes œuvres, qui sans elle ne pourroient estre aucunement agréables à Dieu, ni méritoires : il faut croire aprés cela, qu'il ne manque plus rien à ceux qui sont justifiez, pour estre estimez avoir par ces bonnes œuvres faites en la vertu de Dieu, pleinement satisfait à la Loy divine, selon l'estat de la vie présente ; & avoir véritablement mérité la vie éternelle, pour l'obtenir en son temps, pourveû toutefois qu'ils meurent dans la grace. C'est à ce sujet que Nostre Seigneur Jesus Christ dit : Si quelqu'un boit de l'eau que je luy donneray, il n'aura jamais soif ; mais cette eau deviendra en luy une fontaine rejalissante jusques dans la vie éternelle (Joan. 4. 13.). Nous ne prétendons pas donc établir que nostre propre justice nous soit propre, comme de nous-mesmes, ni dissimuler ou exclure la justice de Dieu ; car cette justice, qui est dite nostre, parce que nous sommes justifiez par elle, en tant qu'elle est en nous inhérente, est elle-mesme la justice de Dieu, parce qu'il la répand en nous par le mérite de Jesus-Christ. Mais il ne faut pas encore obmettre cecy, qu'encore que dans les saintes Lettres on donne tant aux bonnes œuvres, que Jesus-Christ luy-mesme promette que celuy qui présentera un verre d'eau froide au moindre des siens, ne demeurera pas sans récompense (Matth. 10. 42.) ; & que l'Apostre rende aussi témoignage, Que le moment si court & si leger des afflictions que nous souffrons en cette vie, produit en nous la durée éternelle d'une gloire souveraine & incomparable (II. Cor. 4. 17.) : A Dieu ne plaise néanmoins, qu'un Chrestien se confie, ou se glorifie en soy-mesme, & non pas dans le Seigneur (I. Cor. 1. 31.), dont la bonté envers tous les hommes est si grande, qu'il veut bien que ses propres dons deviennent leurs mérites ; mais plûtost estant tous chargez de beaucoup de fautes, chacun doit avoir devant les yeux, aussi-bien la sévérité & le jugement, que la misericorde & la bonté de Dieu. Et Personne ne se doit juger soy-mesme, quand il ne se sentiroit coupable de rien ; parce que toute la vie & la conduite des hommes ne sera pas éxaminée, ni jugée par le jugements des hommes, mais par celuy de Dieu, qui portera la lumiere jusques au plus profond des tenebres, & découvrira les desseins des cœurs les plus cachez ; & ce sera alors que chacun recevra de Dieu sa véritable loûange (I. Cor. 4. 5.), Et qu'il rendra, comme il est écrit, à chacun selon ses œuvres (Rom. 2. 6.).

Aprés cette explication de la doctrine Catholique touchant la Justification, que chacun doit embrasser fidellement & constamment, puis qu'autrement on ne peut estre justifié ; le Saint Concile a trouvé bon de joindre les Canons suivans, afin que chacun puisse sçavoir, non seulement ce qu'il doit tenir & suivre, mais aussi ce qu'il doit fuir & éviter.

DE LA JUSTIFICATION.

C A N O N   I.

S I QUELQU'UN dit, qu'un homme peut estre justifié devant Dieu par ses propres œuvres, faites seulement selon les lumieres de la Nature, ou selon les préceptes de la Loy, sans la grace de Dieu méritée par Jesus-Christ : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   I I.

S I QUELQU'UN dit, que la grace de Dieu, méritée par Jesus-Christ, n'est donnée qu'afin seulement que l'homme puisse plus aisément vivre dans la justice, & mériter la vie éternelle ; Comme si par le libre Arbitre, sans la Grace, il pouvoit faire l'un & l'autre, quoy-que pourtant avec peine & difficulté : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   I I I.

S I QUELQU'UN dit, que sans l'inspiration prévenante du Saint Esprit, & sans son secours, un homme peut faire des Actes de Foy, d'Esperance, de Charité, & de Repentir, tels qu'il les faut faire pour obtenir la grace de la Justification : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   I V.

S I QUELQU'UN dit, que le libre Arbitre meû & excité de Dieu, en donnant son consentement à Dieu, qui l'excite, & qui l'appelle, ne coopere en rien à se préparer, & à se mettre en estat d'obtenir la grace de la Justification, & qu'il ne peut refuser son consentement, s'il le veut, mais qu'il est comme quelque chose d'inanimé, sans rien faire et purement passif : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   V.

S I QUELQU'UN dit, que depuis le péché d'Adam, le libre Arbitre de l'homme est perdu & éteint ; que c'est un estre qui n'a que le nom, ou plûtost un nom sans réalité ; Ou enfin, une fiction, ou vaine imagination, que le Démon a introduite dans l'Eglise : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   V I.

S I QUELQU'UN dit, qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de rendre ses voyes mauvaises, mais que Dieu opere les mauvaises œuvres, aussi-bien que les bonnes, non-seulement en tant qu'il les permet, mais si proprement, & si véritablement par luy-mesme, que la trahison de Judas n'est pas moins son propre ouvrage, que la vocation de Saint Paul : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   V I I.

S I QUELQU'UN dit, que toutes les actions qui se font avant la Justification, de quelque maniere qu'elles soient faites, sont de véritables péchez, ou qu'elles méritent la haine de Dieu ; Ou que plus un homme s'efforce de se disposer à la Grace, plus il péche griévement : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   V I I I.

S I QUELQU'UN dit, que la crainte de l'Enfer, qui nous porte à avoir recours à la miséricorde de Dieu, ayant douleur de nos péchez, ou qui nous fait nous abstenir de pécher, est un péché, ou qu'elle rend les pécheurs encore pires : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   I X.

S I QUELQU'UN dit, que l'homme est justifié par la seule Foy, en sorte qu'on entende par là, que pour obtenir la grace de la Justification, il n'est besoin d'aucune autre chose qui coopere ; & qu'il n'est en aucune maniere nécessaire que l'homme se prépare & se dispose par le mouvement de sa volonté : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X.

S I QUELQU'UN dit, que les hommes sont justes, sans la justice de Jesus-Christ, par laquelle il nous a mérité d'estre justifiez ; Ou que c'est par elle-mesme qu'ils sont formellement justes : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X I.

S I QUELQU'UN dit, que les hommes sont justifiez, ou par la seule imputation de la justice de Jesus-Christ, ou par sa seule rémission des péchez, faisant exclusion de la Grace & de la Charité, qui est répanduë dans leurs cœurs par le Saint Esprit, & qui leur est inhérente ; Ou bien que la Grace par laquelle nous sommes justifiez, n'est autre chose que la faveur de Dieu : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X I I.

S I QUELQU'UN dit, que la Foy justifiante n'est autre chose que la confiance en la divine misericorde, qui remet les pechez à cause de Jesus-Christ ; ou que c'est par cette seule confiance que nous sommes justifiez : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X I I I.

S I QUELQU'UN dit, qu'il est nécessaire à tout homme pour obtenir la rémission de ses péchez, de croire certainement, & sans hésiter sur ses propres foiblesses, & sur son indisposition, que ses péchez luy sont remis : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X I V.

S I QUELQU'UN dit, qu'un homme est absous de ses péchez, & justifié, de ce qu'il croit certainement estre absous & justifié ; Ou que personne n'est véritablement justifié, que celuy qui se croit estre justifié, & que c'est par cette seule foy ou confiance, que l'absolution & la justification s'accomplit : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X V.

S I QUELQU'UN dit, qu'un homme né de nouveau par le Baptesme, & justifié, est obligé, selon la Foy, de croire qu'il est asseûrément du nombre des Prédestinez : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X V I.

S I QUELQU'UN soustient d'une certitude absoluë et infaillible, s'il ne l'a appris par une révélation particuliere, qu'il aura asseurément le grand don de persévérance jusques à la fin : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X V I I.

S I QUELQU'UN dit, que la grace de la Justification, n'est que pour ceux qui sont prédestinez à la vie ; & que tous les autres qui sont appellez, sont à la vérité appellez, mais qu'ils ne reçoivent point la grace, comme estant prédestinez au mal par la puissance de Dieu : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X V I I I.

S I QUELQU'UN dit, que les Commandemens de Dieu sont impossibles à garder, mesme à un homme justifié & dans l'estat de la grace : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X I X.

S I QUELQU'UN dit, que dans l'Evangile il n'y a que la seule Foy qui soit de précepte ; que toutes les autres choses sont indifférentes, ni commandées, ni défenduës, mais laissées à la liberté ; Ou que les dix Commandemens ne regardent en rien les Chrestiens : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X.

S I QUELQU'UN dit, qu'un homme justifié, quelque parfait qu'il puisse estre, n'est pas obligé à l'observation des Commandemens de Dieu & de l'Eglise, mais seulement à croire ; comme si l'Evangile ne consistoit qu'en la simple & absoluë promesse de la vie éternelle, sans aucune condition d'observer les Commandemens : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X I.

S I QUELQU'UN dit, que Jesus-Christ a esté donné de Dieu aux hommes en qualité seulement de Rédempteur, auquel ils doivent mettre leur confiance, & non pas aussi comme un Legislateur, auquel ils doivent obéïr : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X I I.

S I QUELQU'UN dit, qu'un homme justifié peut persévérer dans la justice qu'il a receûë, sans un secours particulier de Dieu ; Ou au contraire, qu'avec ce secours mesme, il ne le peut pas : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X I I I.

S I QUELQU'UN dit, qu'un homme une fois justifié, ne peut plus pécher, ni perdre la grace ; & qu'ainsi lors que quelqu'un tombe & péche, c'est une marque qu'il n'a jamais esté véritablement justifié ; Ou au contraire, qu'un homme justifié peut pendant toute sa vie éviter toutes sortes de péchez, mesme les véniels, si ce n'est par un privilege particulier de Dieu, comme c'est le sentiment de l'Eglise à l'égard de la Bienheureuse Vierge : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X I V.

S I QUELQU'UN dit, que la justice qui a esté receûë n'est pas conservée & augmentée aussi devant Dieu, par les bonnes œuvres, mais que ces bonnes œuvres sont les fruits seulement de la Justification, & les marques qu'on l'a receûë, & non pas une cause qui l'augmente : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X V.

S I QUELQU'UN dit, qu'en quelque bonne œuvre que ce soit, le juste péche au moins véniellement ; Ou mesme, ce qui est encore plus insupportable, qu'il péche mortellement ; & qu'ainsi il mérite les peines éternelles ; & que la seule raison pourquoy il n'est pas damné, c'est parce que Dieu ne luy impute pas ces œuvres à damnation : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X V I.

S I QUELQU'UN dit, que les Justes ne doivent point, pour leurs bonnes œuvres faites en Dieu, attendre, ni espérer de luy la récompense éternelle, par sa misericorde, & par le mérite de Jesus-Christ, pourveû qu'ils perséverent jusqu'à la fin, & en gardant les Commandemens : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X V I I.

S I QUELQU'UN dit, qu'il n'y a point d'autre péché mortel que le péché d'infidélité ; Ou que la grace, qu'on a une fois receûë, ne se perd par aucun autre péché, quelque grief, & quelque énorme qu'il soit, que par celuy d'infidélité : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X V I I I.

S I QUELQU'UN dit, que la grace estant perduë par le péché, la foy se perd aussi toûjours en mesme temps ; Ou que la foy qui reste n'est pas une véritable foy, bien qu'elle ne soit pas vive ; Ou que celuy qui a la foy sans la charité n'est pas Chrestien : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X I X.

S I QUELQU'UN dit, que celuy qui est tombé en péché depuis le Bapstesme, ne peut se relever avec l'aide de la grace de Dieu ; Ou bien, qu'il peut à la vérité recouvrer la grace qu'il avoit perduë, mais que c'est par la seule foy, sans le secours du Sacrement de Pénitence ; contre de que l'Eglise Romaine & universelle, instruite par Jesus-Christ & par ses Apostres, a jusques icy crû, tenu, & enseigné : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X X.

S I QUELQU'UN dit, qu'à tout pécheur pénitent, qui a receû la grace de la Justification, l'offense est tellement remise, & l'obligation à la peine éternelle tellement effacée & abolie, qu'il ne luy reste aucune obligation de peine temporelle à payer, soit en ce monde, ou en l'autre, dans le Purgatoire, avant que l'entrée au Royaume du Ciel luy puisse estre ouverte : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X X I.

S I QUELQU'UN dit, qu'un homme justifié, péche, lors qu'il fait de bonnes œuvres en veûë de la récompense éternelle : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X X I I.

S I QUELQU'UN dit, que les œuvres d'un homme justifié sont tellement les dons de Dieu, qu'elles ne soient pas aussi les mérites de cét homme justifié ; Ou que par ces bonnes œuvres, qu'il fait par le secours de la grace de Dieu, & par le mérite de Jesus-Christ, dont il est un membre vivant, il ne mérite pas véritablement augmentation de grace, la vie éternelle, & la possession de cette mesme vie, pourveû qu'il meure en grace, & mesme aussi augmentation de gloire : Qu'il soit Anathême.

C A N O N   X X X I I I.

S I QUELQU'UN dit, que par cette doctrine Catholique touchant la Justification, exposée par le Saint Concile dans le présent Decret, on déroge en quelque chose à la gloire de Dieu, ou aux mérites de Nostre Seigneur Jesus-Christ ; Au lieu de reconnoistre qu'en effet, la vérité de nostre Foy y est éclaircie, & la gloire de Dieu & de Jesus-Christ est renduë plus éclatante : Qu'il soit Anathême.

DECRET

DE RÉFORMATION

C H A P I T R E   I.

De la Résidence des Prélats dans leurs Eglises, sous les peines du Droit ancien, & autres ordonnées de nouveau.

L E mesme Saint Concile, les mesmes Légats du Siege Apostolique y présidant, Voulant se préparer à mettre la main au rétablissement de la discipline Ecclésiastique extrémement relaschée, & à la correction des mœurs dépravées du Clergé, aussi-bien que du peuple Chrestien ; A jugé à propos de commencer par ceux qui ont la conduite & le gouvernement des Eglises Majeures : estant certain que le salut des inférieurs dépend de la vertu & de l'intégrité de ceux qui gouvernent. Espérant donc de la miséricorde de Dieu nostre Seigneur & Maistre, & de l'application attentive & soigneuse de son Vicaire en terre, qu'à l'avenir on ne verra plus élever au gouvernement des Eglises, qui sont des Charges capables de faire trembler les Anges, que ceux qui s'en trouveront tout-à-fait dignes, & dont la conduite passée, & toute la vie occupée avec approbation, depuis leur tendre jeunesse jusqu'à l'âge parfait, aux éxercices de la discipline Ecclésiastique, rendra un favorable témoignage de leurs personnes, conformément aux anciennes Ordonnances des Saints Peres ; Il exhorte tous ceux qui sous quelque nom, & sous quelque titre que ce soit, sont préposez à la conduite des Eglises Patriarcales, Primatiales, Métropolitaines, & Cathédrales, quelles qu'elles soient, & entend qu'ils soient tenus pour avertis par ce présent Decret, d'estre attentifs sur eux-mesmes, & sur tout le Troupeau sur lequel le Saint Esprit les a établis pour gouverner l'Eglise de Dieu, qu'il a acquise par son Sang (Act. 20. 28.) ; de veiller comme l'ordonne l'Apostre ; de travailler à tout avec soin ; & de remplir leur ministere (II. Tim. 4. 5.). Mais qu'ils sçachent qu'ils n'y peuvent pas satisfaire, s'ils abandonnent les Troupeaux qui leur sont commis, comme des Pasteurs mercenaires, & s'ils ne s'attachent pas à la garde de leurs Brebis, du sang desquelles il leur sera demandé compte par le Souverain Juge (Ezech. 33. 6.) ; puis qu'il est tres-certain que si le loup a mangé les brebis (Act. 20. 29.), ce n'est pas une excuse recevable pour un Pasteur d'alleguer qu'il n'en a rien sceû.

Cependant, comme il s'en trouve quelques-uns en ce temps, qui par un abus qu'on ne sçauroit assez déplorer, s'oubliant eux-mesmes de leur propre salut, & préférant les choses de la terre à celles du Ciel, les intérests humains à ceux de Dieu, font toute l'occupation de leur vie d'estre continuellement errans & vagabonds en diverses Cours, ou dans le soin & l'embarras perpétuel des affaires temporelles, abandonnant leur Bergerie, & négligeant le soin des Brebis qui leur sont commises : Le Saint Concile a jugé à propos de renouveller, comme il renouvelle en effet, en vertu du présent Decret, contre ceux qui ne résident pas, les anciens Canons autrefois publiez contre eux ; mais qui par le desordre des temps & des personnes se trouvent presque tout-à-fait hors d'usage. Et mesme pour rendre encore la Résidence plus fixe, & tascher de parvenir par là à la Réformation des mœurs dans l'Eglise, il a résolu de plus d'établir & d'ordonner ce qui suit.

S I quelque Prélat, de quelque dignité, grade & prééminence qu'il soit, sans empeschement légitime, & sans cause juste, & raisonnable, demeure six mois de suite hors de son Diocese, absent de l'Eglise Patriarcale, Primatiale, Métropolitaine, ou Cathédrale, dont il se trouvera avoir la conduite, sous quelque nom, & par quelque droit, titre, ou cause que ce puisse estre ; Il encourra de droit mesme la peine de la privation de la quatriéme partie d'une année de son revenu, qui sera appliquée, par son Supérieur Ecclésiastique, à la fabrique de l'Eglise, & aux pauvres du lieu. Que s'il continuë encore cette absence pendant six autres mois, il sera privé, dés ce moment-là, d'un autre quart de son revenu, applicable en la mesme maniere. Mais si la contumace va encore plus loin ; pour luy faire éprouver une plus sévere censure des Canons, le Métropolitain, à peine d'encourir, dés ce moment-là, l'interdit de l'entrée de l'Eglise, sera tenu, à l'égard des Evesques ses Suffragans qui seront absens, Ou l'Evesque Suffragant le plus ancien qui sera sur le lieu, à l'égard du Métropolitain absent, d'en donner avis dans trois mois par Lettres, ou par un Exprés, à nostre Saint Pere le Pape ; qui par l'autorité du Souverain Siege, pourra proceder contre les Prélats non-résidens, selon que la contumace, plus ou moins grande, d'un chacun l'éxigera, & pourvoir les Eglises de Pasteurs qui s'aquitent mieux de leur devoir, suivant que, selon Dieu, il connoistra qu'il sera plus salutaire & plus expédient.

C H A P I T R E   I I.

De la Résidence à l'égard des autres Ecclésiastiques.

P OUR ceux qui sont d'une dignité inférieure à celle des Evesques, & qui possedent en titre, ou en commende, quelques Bénéfice Ecclésiastique que ce soit, qui demande Résidence personnelle de Droit ou de Coustume, les Ordinaires des lieux auront soin de les y contraindre par les voyes de Droit convenables, dont ils useront selon qu'ils jugeront le plus à propos, pour le bon régime des Eglises, & pour l'avancement du service de Dieu, eû égard à l'estat des lieux, & à la condition des personnes ; sans que les Privileges, ou Indults perpétuels, pour estre éxempts de résider, ou pour recevoir les fruits pendant l'absence, puissent valoir en faveur de qui que ce soit.

Quant aux Permissions & Dispenses, accordées seulement pour quelque temps déterminé, & pour des causes véritables & raisonnables, & qui seront reconnuës telles par l'Ordinaire, elles demeureront en leur force : Et en tels cas néanmoins, il sera pourtant du devoir des Evesques, comme déléguez du Siege Apostolique à cét effet, de pourvoir au soin des Ames, comme à une chose, qui, pour quelque cause que ce soit, ne doit jamais estre négligée : en commettant d'habiles Vicaires, & leur assignant une portion honneste du revenu, sans qu'aucun Privilege ni Exemption puisse de rien servir à personne à cét égard.

C H A P I T R E   I I I.

L'Ordinaire des lieux doit corriger tous les excés des Ecclésiastiques Séculiers, & des Réguliers mesme, qui se trouvent hors de leurs Monasteres.

L ES Prélats des Eglises s'appliqueront avec prudence & soin, à corriger tous les excés de ceux qui leur sont soumis ; & nul Ecclésiastique Séculier, sous prétexte d'aucun Privilege personnel, ni aucun Régulier demeurant hors de son Monastere, sous prétexte non plus de quelque Privilege de son Ordre qu'il puisse alléguer, ne sera censé, s'il tombe en faute, à couvert de la visite, de la correction, & du chastiment de l'Ordinaire du lieu ; comme délégué pour cela du Siege Apostolique ; conformément aux Ordonnances Canoniques.

C H A P I T R E   I V.

De la Visite des Chapitres par les Ordinaires, nonobstant tous Privileges contraires.

L ES Chapitres des Cathédrales, & des autres Eglises Majeures, & les personnes particulieres qui les composent, ne se pourront mettre à couvert, par quelques éxemptions que ce soit, Coustumes, Jugemens, Sermens, Concordats, qui ne peuvent obliger que leur Auteur, & non pas leurs Successeurs ; de pouvoir estre visitez, corrigez, chastiez, toutes les fois qu'il se trouvera nécessaire, mesme de l'autorité Apostolique, par leurs Evesques, ou autres Prélats Supérieurs ; soit par eux seuls ; soit avec ceux qu'ils trouveront bon de prendre pour Adjoints, selon les Ordonnances des Canons.

C H A P I T R E   V.

Que les Evesques ne doivent faire aucune fonction Episcopale hors de leur Diocese.

I L ne sera permis à aucun Evesque, sous quelque prétexte de Privilege que ce puisse estre, d'éxercer les fonctions Episcopales dans le Diocese d'un autre Evesque, sans la permission expresse de l'Ordinaire du lieu ; & à l'égard seulement des personnes soumises au mesme Ordinaire. S'il se trouve qu'on en ait usé autrement, l'Evesque sera de Droit suspens des fonctions Episcopales ; & ceux qui auront esté ordonnez, de l'éxercice des Ordres qu'ils auront receûs.

Indiction de la prochaine Session.

T ROUVEZ-vous bon que la prochaine Session se tienne le Jeudi d'aprés le premier Dimanche de Caresme, qui sera le 3. de Mars ? Ils répondirent, Nous le trouvons bon.