S 'ESTANT
répandu en ces derniers temps, au malheur de plusieurs
Ames, & au grand détriment de l'union de l'Eglise,
certains sentimens erronez, & une Doctrine entiérement
contraire à la vérité touchant la Justification ;
le Saint Concile de Trente Oecuménique, & Général,
légitimement assemblé sous la conduite du Saint
Esprit, les Révérendissimes Seigneurs, Jean-Marie
de Monte Evesque de Palestrine & Marcel du Titre de Sainte
Croix en Jerusalem, Prestres, Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine,
& Légats Apostoliques à Latere y présidans
au nom du Tres-Saint Pere en Jesus-Christ Paul III. Pape par la
providence divine, A résolu, à l'honneur & à
la gloire de Dieu Tout-Puissant, pour la tranquillité de
l'Eglise, & pour le salut des Ames, d'exposer à tous
les Fidelles Chrestiens, la véritable & saine Doctrine,
touchant la Justification ; telle que l'a enseignée
le Soleil de Justice Jesus-Christ, l'Auteur & le Consommateur
de nostre Foy (Heb. 12 .2) ; que les Apostres nous
l'ont laissée ; & que l'Eglise Catholique l'a
toûjours tenuë & gardée, par l'inspiration
du Saint Esprit ; défendant tres-étroitement
que personne à l'avenir ne soit assez téméraire
pour s'en former une autre créance, ni pour prescher, ou
enseigner sur cette matiere autrement que suivant ce qui est défini,
& déclaré par le présent Decret.
L E Saint Concile déclare premiérement,
que pour entendre bien, & comme il faut la doctrine de la
Justification ; il est nécessaire que d'abord chacun
reconnoisse, & confesse, que tous les hommes ayant perdu l'innocence
dans la prévarication d'Adam, & estant devenus impurs,
& comme dit l'Apostre, Enfans de colere par la Nature
(Ephes. 2. 3.), ainsi qu'il a esté éxpliqué
dans le Decret sur le péché Originel, ils estoient
jusques à un tel point esclaves du péché,
& sous la puissance du diable & de la mort, que non-seulement
les Gentils n'avoient pas le pouvoir de s'en délivrer,
ni de se relever par les forces de la Nature ; mais les Juifs
mesmes ne le pouvoient faire par le secours & la lettre de
la Loy de Moïse, quoy-que le libre arbitre ne fust pas éteint
en eux, mais bien diminué de force, & abbatu.
D 'Où il est arrivé que le Pere
celeste, le Pere des miséricordes, & le Dieu de toute
consolation, qui mesme avant la Loy, avoit promis son Fils Jesus-Christ,
& qui ensuite, dans le temps de la Loy, s'en estoit de nouveau
déclaré à plusieurs Saints Peres, l'a enfin
envoyé aux hommes, lors que les temps se sont trouvez heureusement
accomplis ; & pour racheter les Juifs qui estoient sous
la Loy, & pour faire que les Gentils, qui ne recherchoient
pas point la Justice, parvinssent à la Justice ; &
qu'ainsi tous fussent rendus Enfans adoptifs : C'est luy
que Dieu a proposé pour estre, par la foy que nous aurions
en son Sang, la propitiation pour nos péchez, & non-seulement
pour les nostres, mais aussi pour ceux de tout le monde.
M AIS encore qu'il soit
mort pour tous, Tous néanmoins ne reçoivent pas
le bienfait de sa mort ; mais ceux-là seulement ausquels
le mérite de sa Passion est communiqué. Car de la
mesme façon qu'en effet les hommes ne naistroient pas injustes
& coupables, s'ils ne descendoient, & ne tiroient leur
origine de la race d'Adam ; puis que c'est par cette suite
de génération qu'ils contractent par luy, lors qu'ils
sont conceûs, l'injustice qui leur devient propre :
de mesme, s'ils ne renaissoient en Jesus-Christ, ils ne seroient
jamais justifiez, puis que c'est par cette renaissance, en vertu
du mérite de sa Passion, que la Grace, par laquelle ils
sont justifiez leur est donnée. C'est pour ce bienfait
que l'Apostre nous exhorte (Coloss. I. 12.), de rendre
continuellement graces à Dieu le Pere, qui nous a rendus
dignes d'avoir part au sort & à l'héritage des
Saints dans la lumiere ; & qui nous a retirez de la puissance
des ténebres, & nous a transférez dans le Royaume
de son Fils bien-aimé, par lequel nous sommes rachetez,
& nous avons la rémission de nos péchez.
C Es paroles font voir que la justification
de l'Impie, n'est autre chose que la translation, & le passage
de l'estat auquel l'homme naist enfant du premier Adam, à
l'estat de grace, & d'enfant adoptif de Dieu, par le second
Adam Jesus-Christ Nostre Sauveur ; & ce passage, ou cette
translation depuis la publication de l'Evangile, ne se peut faire
sans l'eau de la régénération, ou sans le
désir d'en estre lavé, suivant qu'il est écrit,
que si un homme ne renaist de l'eau, & du Saint Esprit,
il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu (Joan. 3. 5.).
L E Saint Concile déclare de plus,
que le commencement de la Justification dans les Adultes, se doit
prendre de la Grace prévenante de Dieu par Jesus-Christ,
c'est à dire, de sa vocation, par laquelle, sans qu'il
y ait aucuns mérites de leur part, ils sont appelez :
De maniere qu'au lieu de l'éloignement de Dieu dans lequel
ils estoient auparavant par leurs péchez, ils viennent
à estre disposez par la Grace qui les excite, & qui
les aide à se convertir pour leur propre justification,
consentant, & coopérant librement à cette mesme
Grace ; en sorte que Dieu touchant le coeur de l'homme par
la lumiere du Saint Esprit, l'homme pourtant ne soit pas tout-à-fait
sans rien faire, recevant cette inspiration, puis qu'il la peut
rejetter ; quoy-qu'il ne puisse pourtant, par sa volonté
libre, se porter dans la Grace de Dieu, à la Justice devant
luy. C'est pourquoy lors qu'il est dit dans les saintes Lettres,
Convertissez-vous à moy, & je me convertiray à
vous (Zach. I. 3.), nous sommes avertis de nostre liberté ;
& lors que nous répondons, Seigneur, convertissez-nous
à vous, & nous serons convertis (Thren. 5. 21.) ;
nous reconnoissons que nous sommes prévenus de la Grace
de Dieu.
O R les Adultes se disposent à la Justice :
premierement lors qu'excitez, & aidez par la Grace de Dieu,
concevant la Foy par l'oreille, ils se portent librement vers
Dieu, croyant, & tenant pour véritables, les choses
qui ont esté promises, & révélées
de Dieu ; & ce point sur tous les autres, que le pécheur
est justifié de Dieu par sa Grace, par la Rédemption
aquise par Jesus-Christ : en suite, lors que se connoissant
eux-mesmes pécheurs, & puis passant de la crainte de
la Justice divine, qui d'abord a esté utile pour les ébranler,
jusques à la considération de la misericorde de
Dieu, ils s'élevent à l'espérance, se confiant
que Dieu leur sera propice pour l'amour de Jesus-Christ, &
ils commencent à l'aimer luy-mesme comme la source de toute
Justice ; & pour cela ils s'émeuvent contre les
péchez par une certaine haine & détestation,
c'est à dire, par cette Pénitence qui doit préceder
le Baptesme : enfin lors qu'ils prennent la résolution
de recevoir le Baptesme, de commencer une nouvelle vie, &
de garder les commandemens de Dieu. Touchant cette disposition,
il est écrit, Que pour s'approcher de Dieu, il faut
premierement croire qu'il est, & qu'il récompensera
ceux qui le cherchent (Hebr. 11. 6.) ; Et encore,
Mon fils, ayez confiance, vos péchez vous sont remis
(Marc. 2. 5.) ; Et, la crainte du Seigneur chasse
le péché (Eccles. I. 27.) ; Et,
Faites pénitence, & que chacun de vous soit baptisé
au nom de Jesus-Christ, pour la rémission de ses péchez,
& vous recevrez le Don du Saint Esprit (Act. 2. 38.) ;
Et, Allez donc, & enseignez toutes les Nations, les baptisant
au Nom du Pere, & du Fils, & du Saint Esprit, & les
instruisant à observer toutes les choses que je vous ay
commandées (Matth. 28. 19.) ; Et enfin,
Préparez vos coeurs au Seigneur (I Reg. 7. 3.).
C ETTE disposition, ou
préparation, est suivie de la Justification mesme, qui
n'est pas seulement la rémission des péchez, mais
aussi la sanctification & le renouvellement de l'homme intérieur,
par la réception volontaire de la Grace, & des dons
qui l'accompagnent. D'où il arrive, que l'homme d'injuste
devient juste ; & ami, d'ennemi qu'il estoit ; pour
estre, selon l'espérance qui luy en est donnée,
héritier de la vie éternelle. Cette Justification,
si on en recherche les Causes, a premiérement pour Finale,
la gloire de Dieu, & de Jesus-Christ, & la vie éternelle.
Pour Efficiente, elle a Dieu mesme, en tant que miséricordieux,
qui lave, & sanctifie gratuitement, par le sceau, & par
l'onction de l'Esprit Saint, promis par les Ecritures, qui est
le gage de nostre héritage. Pour Cause Méritoire,
elle a Nostre Seigneur Jesus-Christ son tres-cher & unique
Fils, qui, par l'amour extréme dont il nous a aimez, nous
a mérité la justification, & a satisfait pour
nous à Dieu son Pere, par sa tres-sainte Passion, à
l'arbre de la Croix, lors que nous estions ses ennemis. Pour Cause
Instrumentelle, elle a le Sacrement de Baptesme, qui est le Sacrement
de la Foy, sans laquelle personne ne peut estre justifié.
Enfin son unique Cause Formelle, est la Justice de Dieu ;
non la Justice par laquelle il est Juste luy-mesme, mais celle
par laquelle il nous justifie ; c'est à dire, de laquelle
estant gratifiez par luy, nous sommes renouvellez dans l'intérieur
de nostre ame ; & non-seulement nous sommes réputez
justes, mais nous sommes avec vérité nommez tels,
& le sommes en effet, recevant en nous la justice, chacun
selon sa mesure, & selon le partage qu'en fait le Saint Esprit,
comme il luy plaist, & suivant la disposition propre, &
la coopération d'un chacun. Car, quoy-que personne ne puisse
estre juste, que celuy auquel les mérites de la Passion
de Nostre Seigneur Jesus-Christ sont communiquez ; il faut
pourtant entendre que cette justification se fait en sorte, que
par le mérite de cette mesme Passion, la Charité
de Dieu est aussi répanduë par le Saint Esprit dans
les curs de ceux qui sont justifiez, & y est inhérente.
D'où vient que dans cette justification, l'homme, par Jesus-Christ,
auquel il est enté, reçoit aussi tout ensemble,
avec la rémission des péchez, tous ces dons infus,
la Foy, l'Espérance, & la Charité : car
si l'Espérance & la Charité ne se joignent pas
à la Foy, elle n'unit pas parfaitement avec Jesus-Christ,
ni elle ne rend pas l'homme un membre vivant de son Corps. C'est
ce qui a donné lieu à ces véritez, que la
Foy sans les uvres est morte & inutile (Jacob.
2. 17.) ; & aussi, qu'en Jesus-Christ, ni la Circoncision,
ni l'incirconcision ne servent de rien, mais la Foy qui opere
par la Charité (Galat. 5. 6.). C'est cette Foy,
que les Catéchumenes, selon la tradition des Apostres,
demandent à l'Eglise, auparavant le Sacrement de Baptesme,
lors qu'ils demandent la Foy, qui donne la vie éternelle,
que la Foy seule ne peut pas donner sans l'Espérance &
la Charité. Et pour cela, on leur répond incontinent
cette parole de Jesus-Christ : Si vous voulez entrer en
la vie, gardez les Commandemens (Matth. 19. 17.). C'est
pourquoy, aussitost qu'ils sont nez de nouveau par le Baptesme,
recevant cette justice chrestienne & véritable, comme
la premiere robe qui leur est donnée par Jesus-Christ,
au lieu de celle qu'Adam a perduë pour luy, & pour nous,
par sa désobéïssance, ils reçoivent
aussi en mesme temps le commandement de la conserver blanche,
& sans tache, pour la pouvoir présenter en cét
estat devant le Tribunal de Nostre Seigneur Jesus-Christ, &
obtenir la vie éternelle.
Q UAND donc l'Apostre
dit, que l'homme est justifié par la Foy, & gratuitement
(Rom. 3. 22.), ces paroles doivent estre entenduës
en ce sens, qui a toûjours esté celuy que, d'un consentement
général & perpétuel, l'Eglise Catholique
a tenu, & a fait entendre aux Fidelles ; sçavoir,
que nous sommes dits estre justifiez par la Foy, parce qu'en effet
la Foy est le commencement du salut de l'homme le fondement, &
la racine de toute Justification, sans laquelle il est impossible
de plaire à Dieu, & d'arriver à l'association
de ses enfans (Hebr. 11. 6.). Et de mesme nous sommes
dits estre justifiez gratuitement, parce qu'en effet rien de tout
ce qui précede la Justification, soit la Foy, soit les
uvres, ne mérite la Grace mesme de la Justification.
Car si c'est une Grace, elle ne vient pas des uvres ;
Autrement, comme dit l'Apostre, la Grace ne seroit pas
Grace (Rom. 11. 6.).
O R, quoy qu'il faille croire que les péchez
ne sont remis, & ne l'ont jamais esté, que par la pure
& gratuite miséricorde de Dieu, à cause de Jesus-Christ
(Tit. 3. 5.) ; il ne faut pourtant pas dire, que les
péchez soient remis, ni qu'ils l'ayent jamais esté
à personne, pour alleguer simplement cette présomptueuse
confiance, & cette certitude de la rémission de ses
péchez, & se reposer sur elle seule ; puis qu'elle
se peut rencontrer dans des Hérétiques, & des
Schismatiques, & qu'elle s'y rencontre mesme en ce temps,
où l'on fait valoir avec tant de chaleur contre l'Eglise
Catholique, cette confiance vaine, & éloignée
de toute piété. Il faut bien se garder aussi de
soustenir, qu'il soit nécessaire que ceux qui sont véritablement
justifiez, doivent estre eux-mesmes dans cette créance
ferme, & tout-à-fait indubitable, qu'ils sont justifiez,
ni que personne ne soit absous de ses péchez, & ne
soit justifié, s'il ne croit fermement estre absous et
justifié ; ni enfin que ce soit par cette seule confiance,
que l'absolution, & la justification s'accomplisse, comme
si on devoit inférer, que celuy qui n'a pas cette ferme
créance, doutast des promesses de Dieu, & de l'efficace
de la Mort & de la Résurrection de Jesus-Christ. Car,
de mesme qu'aucun Fidelle ne doit douter de la miséricorde
de Dieu, du mérite de Jesus-Christ, de la vertu & de
l'efficace des Sacremens : aussi est-il vray, que chacun
tournant les yeux sur soy-mesme, & considerant ses propres
foiblesses, & son indisposition, a lieu de craindre, &
d'appréhender pour sa Grace ; nul ne pouvant sçavoir
de certitude de Foy, c'est à dire, d'une certitude qui
ne soit sujette à aucune erreur, qu'il ait receû
la Grace de Dieu.
L ES hommes estant donc
ainsi justifiez, & faits domestiques & amis de Dieu, s'avançant
de vertu en vertu (Psal. 83. 8.), se renouvellent, comme
dit l'Apostre, de jour en jour (II Cor. 4. 16.) ;
c'est à dire, qu'en mortifiant les membres de leur chair
(Coloss. 3. 5.), & les faisant servir à la piété,
& à la justice, pour mener une vie sainte (Rom.
6.), dans l'observation des Commandemens de Dieu & de
l'Eglise, ils croissent par les bonnes uvres, avec la coopération
de la Foy, dans cette mesme Justice qu'ils ont receûë
par la Grace de Jesus-Christ, & sont ainsi de plus en plus
justifiez, suivant qu'il est écrit, Que celuy qui est
Juste soit encore justifié (Apoc. 22. 11.).
Et aussi, N'ayez point de honte d'estre toûjours justifié
jusques à la mort (Eccli. 18. 22.). Et encore,
Vous voyez que l'homme est justifié par les uvres,
& non pas seulement par la Foy (Jacob. 2. 24.).
Et c'est enfin cét accroissement de Justice, que la Sainte
Eglise demande, quand elle dit dans ses Priéres, Donnez-nous,
Seigneur, Augmentation de Foy, d'Espérance, & de Charité.
O R personne, quelque justifié qu'il
soit, ne doit s'estimer éxempt de l'observation des Commandemens
de Dieu, ni avancer cette parole téméraire, &
interdite par les Peres sous peine d'anathême, Que l'observation
des Commandemens est impossible, à un homme justifié :
Car Dieu ne commande pas des choses impossibles (I.
Joan. 5. 3.) ; mais en commandant, il avertit, &
de faire ce que l'on peut, & de demander ce qu'on ne peut
pas faire ; & il aide, afin qu'on le puisse. Ses Commandemens
ne sont pas pesants (I. Joan. 5. 3.) ; son
joug est doux (Matth. 11. 30.), & son fardeau léger.
Car ceux qui sont enfans de Dieu, aiment Jesus-Christ ; &
ceux qui l'aiment, gardent sa parole, comme il le témoigne
luy-mesme ; & cela n'est pas audessus de leurs forces
avec le secours de Dieu. Car, quoy-que dans cette vie mortelle
les plus saints, & les plus justes, ne laissent pas de tomber
quelquefois dans des fautes, du moins légéres, &
journalieres, qu'on appelle aussi péchez véniels ;
ils ne cessent pourtant pas pour cela d'estre Justes : De
sorte que lors qu'ils disent à Dieu, Seigneur, pardonnez-nous
nos offenses (Matth. 6. 12.) ; cette parole, dans
leur bouche, est humble, & véritable tout ensemble.
En effet, les Justes se doivent sentir, & reconnoistre d'autant
plus obligez à marcher dans les voyes de la Justice, qu'estant
déja affranchis du péché, & devenus esclaves
de Dieu, ils sont en estat, en vivant selon les loix de la Tempérance,
de la Justice, & de la Piété, d'avancer dans
la Grace par Jesus-Christ mesme, par lequel ils y ont eû
entrée ; car Dieu n'abandonne point ceux qui sont
une fois justifiez par sa Grace, s'il n'en est auparavant abandonné.
Personne donc ne se doit flater, ni s'applaudir en soy-mesme,
pour avoir seulement la Foy, dans la pensée que par cette
seule Foy, il est établi héritier, & qu'il aura
part à l'héritage, encore qu'il ne souffre point
avec Jesus-Christ, pour estre aussi glorifié avec luy.
Car, comme dit l'Apostre, Jesus-Christ luy-mesme, quoy-qu'il
fust Fils de Dieu, a appris l'obéïssance par l'expérience
des choses qu'il a souffertes ; & tout estant consommé
en luy, il est devenu la cause du salut éternel pour tous
ceux qui luy obéïssent (Hebr. 5. 8.). C'est
pourquoy le mesme Apostre, parlant à ceux qui sont justifiez,
leur dit : Ne sçavez-vous pas que dans la carriere,
tous courent véritablement, mais un seul emporte le prix.
Courez donc en sorte que vous le remportiez. Pour moy, je cours,
& je ne cours pas au hazard ; je combats, & je ne
donne pas des coups en l'air : mais je chastie mon corps,
& je le réduis en servitude, de peur qu'aprés
avoir presché aux autres, je ne sois moy-mesme réprouvé
(I. Corinth. 9. 24.). Saint Pierre, le Prince des Apostres,
dit aussi : Travaillez à asseûrer par vos
bonnes uvres, vostre vocation, & vostre élection ;
car agissant de la sorte, vous ne pécherez jamais (2.
Petr. 1. 10.). Ce qui fait voir, que ceux-là contredisent
à la doctrine orthodoxe de la Religion, qui soustiennent
que le Juste, dans toute bonne uvre, péche au moins
véniellement ; ou, ce qui est encore plus insupportable,
qu'il mérite les peines éternelles : de mesme
que ceux qui disent que les Justes péchent dans toutes
leurs actions, si outre l'intérest de la gloire de Dieu,
qu'ils ont principalement en veûë en les faisant, ils
jettent aussi les yeux sur la récompense éternelle,
pour exciter leur langueur, & pour s'encourager eux-mesmes
à courre dans la carriére ; puis qu'il est
écrit : J'ay porté mon cur à
l'accomplissement de vos commandemens, à cause de la récompense
(Psal. 118. 112). Et que l'Apostre dit de Moïse, Qu'il
envisageoit la récompense (Hebr. 11. 26.).
P ERSONNE aussi, tandis
qu'il est dans cette vie mortelle, ne doit présumer de
sorte du mystere secret de la Prédestination de Dieu, qu'il
s'asseûre, pour tout certain, d'estre du nombre des Prédestinez ;
comme s'il estoit vray qu'estant justifié, il ne pust plus
pécher ; ou que s'il péchoit, il deust se promettre
asseûrément de se relever : car sans une révélation
particuliere de Dieu, on ne peut sçavoir ceux qu'il s'est
choisi.
I L en est de mesme du don de Persévérance,
duquel il est écrit : Que celuy qui aura persévéré
jusques à la fin, sera sauvé (Matth. 10 22.
& 24. 13.). Ce qu'on ne peut obtenir d'ailleurs, que de
celuy qui est puissant, pour soustenir celuy qui est debout, afin
qu'il continuë d'estre debout jusques à la fin, aussi-bien
que pour relever celuy qui tombe. Mais personne là-dessus
ne se peut rien promettre de certain, d'une certitude absoluë ;
quoy-que Tous doivent mettre & établir une confiance
tres-ferme dans le secours de Dieu, qui achevera, & perfectionnera
le bon ouvrage qu'il a commencé, operant le vouloir &
l'effet, si ce n'est qu'ils manquent eux-mesmes à sa grace.
Mais cependant que ceux qui croyent estre debout, prennent garde
de ne pas tomber, & qu'ils travaillent à leur salut
avec crainte & tremblement, dans les travaux, dans les veilles,
dans les aumosnes, dans les prieres, dans les offrandes, dans
les jeusnes, dans la pureté : car sçachant
que leur renaissance ne les met pas encore dans la possession
de la gloire, mais seulement dans l'espérance de l'obtenir ;
ils ont sujet d'appréhender pour le combat qui leur reste
à soustenir contre le Diable, le Monde, & la Chair,
dans lequel ils ne peuvent estre victorieux, s'ils ne se conforment
avec la grace de Dieu aux sentimens de l'Apostre, qui dit :
Nous sommes redevables, mais ce n'est pas à la chair,
pour vivre selon la chair ; car si vous vivez selon la chair,
vous mourrez ; mais si vous mortifiez par l'esprit les passions
de la chair, vous vivrez.
A L'ÉGARD de ceux,
qui par le péché sont déchus de la grace
de la justification qu'ils avoient receûë, ils pourront
estre justifiez de nouveau, quand Dieu les excitant, ils feront
en sorte, par le moyen du Sacrement de Pénitence, de recouvrer,
en vertu du mérite de Jesus-Christ, la grace qu'ils auront
perduë. Car cette maniere de Justification est la réparation
propre pour ceux qui sont tombez. C'est ce que les saints Peres
nomment si à propos, la seconde table aprés le naufrage
de la grace qu'on a perduë ; & ç'a esté
en effet en faveur de ceux qui tombent dans le péché
de puis le Baptesme, que Jesus-Christ a établi le Sacrement
de Pénitence, quand il a dit : Recevez le Saint
Esprit ; les péchez seront remis à ceux à
qui vous les remettrez, & ils seront retenus à ceux
à qui vous les retiendrez (Matth. 10. 22.).
De-là vient qu'il faut bien faire entendre que la Pénitence
d'un Chrestien, aprés estre tombé en péché,
est fort différente de celle du Baptesme : car non-seulement
elle demande qu'on cesse de pécher, & qu'on ait son
crime en horreur, c'est à dire, qu'on ait le cur
contrit & humilié ; mais elle enferme encore la
Confession Sacramentelle de ses péchez, au moins en desir,
pour la faire dans l'occasion ; & l'Absolution du Prestre
avec la Satisfaction, par les jeusnes, les aumosnes, les prieres,
& les autres pieux éxercices de la vie spirituelle ;
non pas à la vérité pour la peine éternelle,
qui est la remise avec l'offense par le Sacrement, ou par le desir
de le recevoir ; mais pour la peine temporelle, qui, selon
la doctrine des saintes Lettres, n'est pas toûjours, comme
dans le Baptesme, entiérement remise, à ceux, qui
méconnoissans de la grace de Dieu qu'ils ont receûë,
ont contristé le Saint Esprit, & ont prophané
sans respect le Temple du Dieu. C'est de cette Pénitence
qu'il est écrit : Souvenez-vous de l'estat d'où
vous estes déchu ; faites pénitence, &
reprenez l'éxercice de vos premieres uvres (Apoc.
2. 5.). Et encore ce mot, La tristesse qui est selon Dieu,
produit pour le salut une Pénitence stable (2. Cor.
7. 10.). Et cét autre, Faites pénitence
(Marc. 1. 15.) : Et, Faites des fruits dignes de
pénitence (Luc. 3. 8.).
P OUR s'opposer à
la maligne adresse de certains esprits, qui par des paroles douces
& de complaisance, séduisent les curs des personnes
simples (Rom. 16. 18.), il est à propos aussi de
bien établir que la grace de la justification que l'on
a receûë, se perd non seulement par le crime de l'infidélité,
par lequel la Foy se perd aussi ; mais mesme par tout autre
péché mortel, par lequel la Foy ne se perd pas.
Et nous ne faisons en cela que soustenir la doctrine de la Loy
divine, qui exclut du Royaume de Dieu, non - seulement les Infidelles,
mais les Fidelles aussi, s'ils sont fornicateurs, adulteres, efféminez,
sodomites, voleurs, avares, yvrognes, médisans, ravisseurs
du bien d'autruy (I Timot. 1. & I Cor. 6. 9.), &
tous autres sans exception, qui commettent des péchez mortels,
desquels ils se peuvent abstenir par le secours de la grace de
Dieu, & pour la punition desquels ils sont séparez
de la grace de Jesus-Christ.
L ES hommes estant donc
justifiez de cette maniere, soit qu'ils ayent toûjours conservé
la grace qu'ils ont une fois receûë, soit qu'ils l'ayent
recouvrée, aprés l'avoir perduë, il leur faut
mettre devant les yeux les paroles de l'Apostre. Employez-vous
de plus en plus dans l'éxercice des bonnes uvres ;
& sçachez que Nostre Seigneur ne laissera pas vostre
travail sans récompense (I. Cor. 15. 58.), car
Dieu n'est pas injuste pour oublier vos bonnes uvres, &
l'amour que vous avez fait paroistre pour son nom (Hebr.
6. 10.). Et, Ne perdez pas vostre confiance, dont la récompense
doit estre tres-grande (Hebr. 10. 35.). C'est ainsi
qu'il faut parler de la vie éternelle à ceux qui
travaillent utilement jusques à la fin de la carriére,
& qui esperent en Dieu ; en la leur faisant voir, &
comme une Grace promise aux enfans de Dieu par miséricorde,
à cause de Jesus-Christ ; & comme une récompense,
qui, selon la promesse de Dieu mesme, doit estre fidellement renduë
à leurs bonnes uvres & à leurs mérites.
C'est cette couronne de Justice, que l'Apostre disoit luy
estre réservée aprés sa course, & son
combat ; & luy devoir estre renduë par le juste
Juge ; & non seulement à luy, mais à tous
ceux qui aiment son avénement (II. Timot. 4. 7.).
En effet, Jesus-Christ luy-mesme influant, pour ainsi dire, &
répandant continuellement sa vertu dans ceux qui sont justifiez,
comme le chef dans ses membres, & le tronc de la vigne dans
ses pampres ; & cette vertu précedant, accompagnant,
& suivant toûjours leurs bonnes uvres, qui sans
elle ne pourroient estre aucunement agréables à
Dieu, ni méritoires : il faut croire aprés
cela, qu'il ne manque plus rien à ceux qui sont justifiez,
pour estre estimez avoir par ces bonnes uvres faites en
la vertu de Dieu, pleinement satisfait à la Loy divine,
selon l'estat de la vie présente ; & avoir véritablement
mérité la vie éternelle, pour l'obtenir en
son temps, pourveû toutefois qu'ils meurent dans la grace.
C'est à ce sujet que Nostre Seigneur Jesus Christ dit :
Si quelqu'un boit de l'eau que je luy donneray, il n'aura jamais
soif ; mais cette eau deviendra en luy une fontaine rejalissante
jusques dans la vie éternelle (Joan. 4. 13.).
Nous ne prétendons pas donc établir que nostre propre
justice nous soit propre, comme de nous-mesmes, ni dissimuler
ou exclure la justice de Dieu ; car cette justice, qui est
dite nostre, parce que nous sommes justifiez par elle, en tant
qu'elle est en nous inhérente, est elle-mesme la justice
de Dieu, parce qu'il la répand en nous par le mérite
de Jesus-Christ. Mais il ne faut pas encore obmettre cecy, qu'encore
que dans les saintes Lettres on donne tant aux bonnes uvres,
que Jesus-Christ luy-mesme promette que celuy qui présentera
un verre d'eau froide au moindre des siens, ne demeurera pas sans
récompense (Matth. 10. 42.) ; & que
l'Apostre rende aussi témoignage, Que le moment si court
& si leger des afflictions que nous souffrons en cette vie,
produit en nous la durée éternelle d'une gloire
souveraine & incomparable (II. Cor. 4. 17.) :
A Dieu ne plaise néanmoins, qu'un Chrestien se confie,
ou se glorifie en soy-mesme, & non pas dans le Seigneur (I.
Cor. 1. 31.), dont la bonté envers tous les hommes
est si grande, qu'il veut bien que ses propres dons deviennent
leurs mérites ; mais plûtost estant tous chargez
de beaucoup de fautes, chacun doit avoir devant les yeux, aussi-bien
la sévérité & le jugement, que la misericorde
& la bonté de Dieu. Et Personne ne se doit juger soy-mesme,
quand il ne se sentiroit coupable de rien ; parce que toute
la vie & la conduite des hommes ne sera pas éxaminée,
ni jugée par le jugements des hommes, mais par celuy de
Dieu, qui portera la lumiere jusques au plus profond des tenebres,
& découvrira les desseins des curs les plus cachez ;
& ce sera alors que chacun recevra de Dieu sa véritable
loûange (I. Cor. 4. 5.), Et qu'il rendra,
comme il est écrit, à chacun selon ses uvres
(Rom. 2. 6.).
Aprés cette explication de la doctrine Catholique touchant
la Justification, que chacun doit embrasser fidellement &
constamment, puis qu'autrement on ne peut estre justifié ;
le Saint Concile a trouvé bon de joindre les Canons suivans,
afin que chacun puisse sçavoir, non seulement ce qu'il
doit tenir & suivre, mais aussi ce qu'il doit fuir & éviter.
S I QUELQU'UN dit, qu'un
homme peut estre justifié devant Dieu par ses propres uvres,
faites seulement selon les lumieres de la Nature, ou selon les
préceptes de la Loy, sans la grace de Dieu méritée
par Jesus-Christ : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
la grace de Dieu, méritée par Jesus-Christ, n'est
donnée qu'afin seulement que l'homme puisse plus aisément
vivre dans la justice, & mériter la vie éternelle ;
Comme si par le libre Arbitre, sans la Grace, il pouvoit faire
l'un & l'autre, quoy-que pourtant avec peine & difficulté :
Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
sans l'inspiration prévenante du Saint Esprit, & sans
son secours, un homme peut faire des Actes de Foy, d'Esperance,
de Charité, & de Repentir, tels qu'il les faut faire
pour obtenir la grace de la Justification : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
le libre Arbitre meû & excité de Dieu, en donnant
son consentement à Dieu, qui l'excite, & qui l'appelle,
ne coopere en rien à se préparer, & à
se mettre en estat d'obtenir la grace de la Justification, &
qu'il ne peut refuser son consentement, s'il le veut, mais qu'il
est comme quelque chose d'inanimé, sans rien faire et purement
passif : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
depuis le péché d'Adam, le libre Arbitre de l'homme
est perdu & éteint ; que c'est un estre qui n'a
que le nom, ou plûtost un nom sans réalité ;
Ou enfin, une fiction, ou vaine imagination, que le Démon
a introduite dans l'Eglise : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, qu'il
n'est pas au pouvoir de l'homme de rendre ses voyes mauvaises,
mais que Dieu opere les mauvaises uvres, aussi-bien que
les bonnes, non-seulement en tant qu'il les permet, mais si proprement,
& si véritablement par luy-mesme, que la trahison de
Judas n'est pas moins son propre ouvrage, que la vocation de Saint
Paul : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
toutes les actions qui se font avant la Justification, de quelque
maniere qu'elles soient faites, sont de véritables péchez,
ou qu'elles méritent la haine de Dieu ; Ou que plus
un homme s'efforce de se disposer à la Grace, plus il péche
griévement : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
la crainte de l'Enfer, qui nous porte à avoir recours à
la miséricorde de Dieu, ayant douleur de nos péchez,
ou qui nous fait nous abstenir de pécher, est un péché,
ou qu'elle rend les pécheurs encore pires : Qu'il
soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
l'homme est justifié par la seule Foy, en sorte qu'on entende
par là, que pour obtenir la grace de la Justification,
il n'est besoin d'aucune autre chose qui coopere ; &
qu'il n'est en aucune maniere nécessaire que l'homme se
prépare & se dispose par le mouvement de sa volonté :
Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
les hommes sont justes, sans la justice de Jesus-Christ, par laquelle
il nous a mérité d'estre justifiez ; Ou que
c'est par elle-mesme qu'ils sont formellement justes : Qu'il
soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
les hommes sont justifiez, ou par la seule imputation de la justice
de Jesus-Christ, ou par sa seule rémission des péchez,
faisant exclusion de la Grace & de la Charité, qui
est répanduë dans leurs curs par le Saint Esprit,
& qui leur est inhérente ; Ou bien que la Grace
par laquelle nous sommes justifiez, n'est autre chose que la faveur
de Dieu : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
la Foy justifiante n'est autre chose que la confiance en la divine
misericorde, qui remet les pechez à cause de Jesus-Christ ;
ou que c'est par cette seule confiance que nous sommes justifiez :
Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, qu'il
est nécessaire à tout homme pour obtenir la rémission
de ses péchez, de croire certainement, & sans hésiter
sur ses propres foiblesses, & sur son indisposition, que ses
péchez luy sont remis : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, qu'un
homme est absous de ses péchez, & justifié,
de ce qu'il croit certainement estre absous & justifié ;
Ou que personne n'est véritablement justifié, que
celuy qui se croit estre justifié, & que c'est par
cette seule foy ou confiance, que l'absolution & la justification
s'accomplit : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, qu'un
homme né de nouveau par le Baptesme, & justifié,
est obligé, selon la Foy, de croire qu'il est asseûrément
du nombre des Prédestinez : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN soustient
d'une certitude absoluë et infaillible, s'il ne l'a appris
par une révélation particuliere, qu'il aura asseurément
le grand don de persévérance jusques à la
fin : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
la grace de la Justification, n'est que pour ceux qui sont prédestinez
à la vie ; & que tous les autres qui sont appellez,
sont à la vérité appellez, mais qu'ils ne
reçoivent point la grace, comme estant prédestinez
au mal par la puissance de Dieu : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
les Commandemens de Dieu sont impossibles à garder, mesme
à un homme justifié & dans l'estat de la grace :
Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
dans l'Evangile il n'y a que la seule Foy qui soit de précepte ;
que toutes les autres choses sont indifférentes, ni commandées,
ni défenduës, mais laissées à la liberté ;
Ou que les dix Commandemens ne regardent en rien les Chrestiens :
Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, qu'un
homme justifié, quelque parfait qu'il puisse estre, n'est
pas obligé à l'observation des Commandemens de Dieu
& de l'Eglise, mais seulement à croire ; comme
si l'Evangile ne consistoit qu'en la simple & absoluë
promesse de la vie éternelle, sans aucune condition d'observer
les Commandemens : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
Jesus-Christ a esté donné de Dieu aux hommes en
qualité seulement de Rédempteur, auquel ils doivent
mettre leur confiance, & non pas aussi comme un Legislateur,
auquel ils doivent obéïr : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, qu'un
homme justifié peut persévérer dans la justice
qu'il a receûë, sans un secours particulier de Dieu ;
Ou au contraire, qu'avec ce secours mesme, il ne le peut pas :
Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, qu'un
homme une fois justifié, ne peut plus pécher, ni
perdre la grace ; & qu'ainsi lors que quelqu'un tombe
& péche, c'est une marque qu'il n'a jamais esté
véritablement justifié ; Ou au contraire, qu'un
homme justifié peut pendant toute sa vie éviter
toutes sortes de péchez, mesme les véniels, si ce
n'est par un privilege particulier de Dieu, comme c'est le sentiment
de l'Eglise à l'égard de la Bienheureuse Vierge :
Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
la justice qui a esté receûë n'est pas conservée
& augmentée aussi devant Dieu, par les bonnes uvres,
mais que ces bonnes uvres sont les fruits seulement de la
Justification, & les marques qu'on l'a receûë,
& non pas une cause qui l'augmente : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, qu'en
quelque bonne uvre que ce soit, le juste péche au
moins véniellement ; Ou mesme, ce qui est encore plus
insupportable, qu'il péche mortellement ; & qu'ainsi
il mérite les peines éternelles ; & que
la seule raison pourquoy il n'est pas damné, c'est parce
que Dieu ne luy impute pas ces uvres à damnation :
Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
les Justes ne doivent point, pour leurs bonnes uvres faites
en Dieu, attendre, ni espérer de luy la récompense
éternelle, par sa misericorde, & par le mérite
de Jesus-Christ, pourveû qu'ils perséverent jusqu'à
la fin, & en gardant les Commandemens : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, qu'il
n'y a point d'autre péché mortel que le péché
d'infidélité ; Ou que la grace, qu'on a une
fois receûë, ne se perd par aucun autre péché,
quelque grief, & quelque énorme qu'il soit, que par
celuy d'infidélité : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
la grace estant perduë par le péché, la foy
se perd aussi toûjours en mesme temps ; Ou que la foy
qui reste n'est pas une véritable foy, bien qu'elle ne
soit pas vive ; Ou que celuy qui a la foy sans la charité
n'est pas Chrestien : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
celuy qui est tombé en péché depuis le Bapstesme,
ne peut se relever avec l'aide de la grace de Dieu ; Ou bien,
qu'il peut à la vérité recouvrer la grace
qu'il avoit perduë, mais que c'est par la seule foy, sans
le secours du Sacrement de Pénitence ; contre de que
l'Eglise Romaine & universelle, instruite par Jesus-Christ
& par ses Apostres, a jusques icy crû, tenu, & enseigné :
Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, qu'à
tout pécheur pénitent, qui a receû la grace
de la Justification, l'offense est tellement remise, & l'obligation
à la peine éternelle tellement effacée &
abolie, qu'il ne luy reste aucune obligation de peine temporelle
à payer, soit en ce monde, ou en l'autre, dans le Purgatoire,
avant que l'entrée au Royaume du Ciel luy puisse estre
ouverte : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, qu'un
homme justifié, péche, lors qu'il fait de bonnes
uvres en veûë de la récompense éternelle :
Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
les uvres d'un homme justifié sont tellement les
dons de Dieu, qu'elles ne soient pas aussi les mérites
de cét homme justifié ; Ou que par ces bonnes
uvres, qu'il fait par le secours de la grace de Dieu, &
par le mérite de Jesus-Christ, dont il est un membre vivant,
il ne mérite pas véritablement augmentation de grace,
la vie éternelle, & la possession de cette mesme vie,
pourveû qu'il meure en grace, & mesme aussi augmentation
de gloire : Qu'il soit Anathême.
S I QUELQU'UN dit, que
par cette doctrine Catholique touchant la Justification, exposée
par le Saint Concile dans le présent Decret, on déroge
en quelque chose à la gloire de Dieu, ou aux mérites
de Nostre Seigneur Jesus-Christ ; Au lieu de reconnoistre
qu'en effet, la vérité de nostre Foy y est éclaircie,
& la gloire de Dieu & de Jesus-Christ est renduë
plus éclatante : Qu'il soit Anathême.
L E mesme Saint Concile, les mesmes Légats
du Siege Apostolique y présidant, Voulant se préparer
à mettre la main au rétablissement de la discipline
Ecclésiastique extrémement relaschée, &
à la correction des murs dépravées
du Clergé, aussi-bien que du peuple Chrestien ; A
jugé à propos de commencer par ceux qui ont la conduite
& le gouvernement des Eglises Majeures : estant certain
que le salut des inférieurs dépend de la vertu &
de l'intégrité de ceux qui gouvernent. Espérant
donc de la miséricorde de Dieu nostre Seigneur & Maistre,
& de l'application attentive & soigneuse de son Vicaire
en terre, qu'à l'avenir on ne verra plus élever
au gouvernement des Eglises, qui sont des Charges capables de
faire trembler les Anges, que ceux qui s'en trouveront tout-à-fait
dignes, & dont la conduite passée, & toute la vie
occupée avec approbation, depuis leur tendre jeunesse jusqu'à
l'âge parfait, aux éxercices de la discipline Ecclésiastique,
rendra un favorable témoignage de leurs personnes, conformément
aux anciennes Ordonnances des Saints Peres ; Il exhorte tous
ceux qui sous quelque nom, & sous quelque titre que ce soit,
sont préposez à la conduite des Eglises Patriarcales,
Primatiales, Métropolitaines, & Cathédrales,
quelles qu'elles soient, & entend qu'ils soient tenus pour
avertis par ce présent Decret, d'estre attentifs sur eux-mesmes,
& sur tout le Troupeau sur lequel le Saint Esprit les a établis
pour gouverner l'Eglise de Dieu, qu'il a acquise par son Sang
(Act. 20. 28.) ; de veiller comme l'ordonne l'Apostre ;
de travailler à tout avec soin ; & de remplir
leur ministere (II. Tim. 4. 5.). Mais qu'ils sçachent
qu'ils n'y peuvent pas satisfaire, s'ils abandonnent les Troupeaux
qui leur sont commis, comme des Pasteurs mercenaires, & s'ils
ne s'attachent pas à la garde de leurs Brebis, du sang
desquelles il leur sera demandé compte par le Souverain
Juge (Ezech. 33. 6.) ; puis qu'il est tres-certain
que si le loup a mangé les brebis (Act. 20. 29.),
ce n'est pas une excuse recevable pour un Pasteur d'alleguer qu'il
n'en a rien sceû.
Cependant, comme il s'en trouve quelques-uns en ce temps, qui
par un abus qu'on ne sçauroit assez déplorer, s'oubliant
eux-mesmes de leur propre salut, & préférant
les choses de la terre à celles du Ciel, les intérests
humains à ceux de Dieu, font toute l'occupation de leur
vie d'estre continuellement errans & vagabonds en diverses
Cours, ou dans le soin & l'embarras perpétuel des affaires
temporelles, abandonnant leur Bergerie, & négligeant
le soin des Brebis qui leur sont commises : Le Saint Concile
a jugé à propos de renouveller, comme il renouvelle
en effet, en vertu du présent Decret, contre ceux qui ne
résident pas, les anciens Canons autrefois publiez contre
eux ; mais qui par le desordre des temps & des personnes
se trouvent presque tout-à-fait hors d'usage. Et mesme
pour rendre encore la Résidence plus fixe, & tascher
de parvenir par là à la Réformation des murs
dans l'Eglise, il a résolu de plus d'établir &
d'ordonner ce qui suit.
S I quelque Prélat, de quelque dignité,
grade & prééminence qu'il soit, sans empeschement
légitime, & sans cause juste, & raisonnable, demeure
six mois de suite hors de son Diocese, absent de l'Eglise Patriarcale,
Primatiale, Métropolitaine, ou Cathédrale, dont
il se trouvera avoir la conduite, sous quelque nom, & par
quelque droit, titre, ou cause que ce puisse estre ; Il encourra
de droit mesme la peine de la privation de la quatriéme
partie d'une année de son revenu, qui sera appliquée,
par son Supérieur Ecclésiastique, à la fabrique
de l'Eglise, & aux pauvres du lieu. Que s'il continuë
encore cette absence pendant six autres mois, il sera privé,
dés ce moment-là, d'un autre quart de son revenu,
applicable en la mesme maniere. Mais si la contumace va encore
plus loin ; pour luy faire éprouver une plus sévere
censure des Canons, le Métropolitain, à peine d'encourir,
dés ce moment-là, l'interdit de l'entrée
de l'Eglise, sera tenu, à l'égard des Evesques ses
Suffragans qui seront absens, Ou l'Evesque Suffragant le plus
ancien qui sera sur le lieu, à l'égard du Métropolitain
absent, d'en donner avis dans trois mois par Lettres, ou par un
Exprés, à nostre Saint Pere le Pape ; qui par
l'autorité du Souverain Siege, pourra proceder contre les
Prélats non-résidens, selon que la contumace, plus
ou moins grande, d'un chacun l'éxigera, & pourvoir
les Eglises de Pasteurs qui s'aquitent mieux de leur devoir, suivant
que, selon Dieu, il connoistra qu'il sera plus salutaire &
plus expédient.
P OUR ceux qui sont d'une
dignité inférieure à celle des Evesques,
& qui possedent en titre, ou en commende, quelques Bénéfice
Ecclésiastique que ce soit, qui demande Résidence
personnelle de Droit ou de Coustume, les Ordinaires des lieux
auront soin de les y contraindre par les voyes de Droit convenables,
dont ils useront selon qu'ils jugeront le plus à propos,
pour le bon régime des Eglises, & pour l'avancement
du service de Dieu, eû égard à l'estat des
lieux, & à la condition des personnes ; sans que
les Privileges, ou Indults perpétuels, pour estre éxempts
de résider, ou pour recevoir les fruits pendant l'absence,
puissent valoir en faveur de qui que ce soit.
Quant aux Permissions & Dispenses, accordées seulement
pour quelque temps déterminé, & pour des causes
véritables & raisonnables, & qui seront reconnuës
telles par l'Ordinaire, elles demeureront en leur force :
Et en tels cas néanmoins, il sera pourtant du devoir des
Evesques, comme déléguez du Siege Apostolique à
cét effet, de pourvoir au soin des Ames, comme à
une chose, qui, pour quelque cause que ce soit, ne doit jamais
estre négligée : en commettant d'habiles Vicaires,
& leur assignant une portion honneste du revenu, sans qu'aucun
Privilege ni Exemption puisse de rien servir à personne
à cét égard.
L ES Prélats des
Eglises s'appliqueront avec prudence & soin, à corriger
tous les excés de ceux qui leur sont soumis ; &
nul Ecclésiastique Séculier, sous prétexte
d'aucun Privilege personnel, ni aucun Régulier demeurant
hors de son Monastere, sous prétexte non plus de quelque
Privilege de son Ordre qu'il puisse alléguer, ne sera censé,
s'il tombe en faute, à couvert de la visite, de la correction,
& du chastiment de l'Ordinaire du lieu ; comme délégué
pour cela du Siege Apostolique ; conformément aux
Ordonnances Canoniques.
L ES Chapitres des Cathédrales,
& des autres Eglises Majeures, & les personnes particulieres
qui les composent, ne se pourront mettre à couvert, par
quelques éxemptions que ce soit, Coustumes, Jugemens, Sermens,
Concordats, qui ne peuvent obliger que leur Auteur, & non
pas leurs Successeurs ; de pouvoir estre visitez, corrigez,
chastiez, toutes les fois qu'il se trouvera nécessaire,
mesme de l'autorité Apostolique, par leurs Evesques, ou
autres Prélats Supérieurs ; soit par eux seuls ;
soit avec ceux qu'ils trouveront bon de prendre pour Adjoints,
selon les Ordonnances des Canons.
I L ne sera permis à aucun Evesque,
sous quelque prétexte de Privilege que ce puisse estre,
d'éxercer les fonctions Episcopales dans le Diocese d'un
autre Evesque, sans la permission expresse de l'Ordinaire du lieu ;
& à l'égard seulement des personnes soumises
au mesme Ordinaire. S'il se trouve qu'on en ait usé autrement,
l'Evesque sera de Droit suspens des fonctions Episcopales ;
& ceux qui auront esté ordonnez, de l'éxercice
des Ordres qu'ils auront receûs.
T ROUVEZ-vous bon que
la prochaine Session se tienne le Jeudi d'aprés le premier
Dimanche de Caresme, qui sera le 3. de Mars ? Ils répondirent,
Nous le trouvons bon.