L E Saint Concile de Trente légitimement
assemblé, sous la conduite du Saint Esprit, les trois Légats
du Siege Apostolique y présidant ; reconnoissant avec
l'Apostre Saint Jacques, (Jac.I.17.) Que tout bien excellent,
& tout don parfait vient d'enhaut, & descend du Pere des
lumieres, qui départ la Sagesse avec abondance & sans
reproche, à tous ceux qui la luy demandent ; &
sçachant aussi que (Proverb. I. 7. Psal. 110. 10.)
la crainte du Seigneur, est le commencement de la sagesse,
a résolu d'abord, & jugé à propos, d'exhorter,
comme il fait aujourd'huy, Tous & Chacun les fidelles Chrestiens
qui se trouvent à présent dans cette ville de Trente,
de se corriger des vices & des péchez qu'ils peuvent
avoir commis jusques-icy, pour vivre doresnavant dans la crainte
de Dieu, & s'abstenir des desirs de la chair (Galat. 5.
16.) ; de s'appliquer à la priere ; de fréquenter
les Sacremens de Penitence, & d'Eucharistie ; de visiter
souvent les Eglises ; & que chacun enfin s'efforce de
tout son pouvoir, d'accomplir les Commandemens du Seigneur, &
fasse tous les jours quelques prieres particulieres pour la paix
entre les Princes Chrestiens, & pour l'union de l'Eglise.
Quant aux Evesques, & tous les autres de l'Ordre Sacerdotal,
qui composent dans cette ville le Concile Général,
ou qui y assistent, qu'ils s'appliquent assidûment à
benir Dieu, & à luy présenter continuellement
l'offrande de leurs prieres, & de leurs loûanges ;
& qu'au moins chaque Dimanche, qui est le jour auquel Dieu
a créé la lumiere, & auquel Nostre Seigneur
est ressuscité, & (Act. 2. 3. 17.) a répandu
le Saint Esprit sur ses Disciples, ils aient soin d'offrir le
Sacrifice de la Messe ; faisant comme le mesme Saint Esprit
l'ordonne par l'Apostre, (I. Tim. 2. I.) des supplications,
des prieres, des demandes, & des actions de grace, pour
Nostre Saint Pere le Pape, pour l'Empereur, pour les Rois, &
pour tous ceux qui sont élevez en dignité, &
généralement pour tous les hommes ; afin que
nous menions une vie paisible & tranquille, que nous jouïssions
de la paix, & que nous puissions voir l'accroissement de la
Foy.
Le Saint Concile les exhorte de plus, de jeusner au moins tous
les Vendredis, en mémoire de la Passion de Nostre Seigneur,
& de faire des aumosnes aux pauvres ; que dans l'Eglise
Cathedrale, on dise tous les Jeudis la Messe du Saint Esprit,
avec les Litanies, & les autres Prieres ordonnées à
ce dessein ; & que dans les autres Eglises, on dise le
mesme jour au moins les Litanies & les Prieres ; &
que sur tout, pendant qu'on célébrera les sacrez
Mysteres, on s'abstienne de toutes sortes d'entretiens, &
de discours frivoles ; qu'on y soit attentif, & qu'on
y réponde aussi bien de l'esprit que de la bouche.
Et parce qu'il faut que les Evesques se montrent irréprochables
(I Tim. 3. 2.), sobres, chastes, & intelligens, en
la conduite de leur propre famille ; le Saint Concile les
exhorte premierement, que chacun à sa table observe une
telle frugalité, qu'il n'y ait aucun excés ni superfluité
dans les mets : Et comme c'est là d'ordinaire qu'on
se laisse le plus aller à des discours vains & inutiles,
qu'il fassent faire pendant leurs repas, quelque lecture de l'Ecriture
Sainte. En suite, à l'égard des domestiques, que
chacun ait soin de les instruire, & de les avertir de n'estre
point querelleux, yvrognes, débauchez, intéressez,
arrogans, blasphémateurs, ni déréglez dans
leurs moeurs ; mais qu'ils évitent toute sorte de
vices ; qu'ils s'affectionnent à la vertu ; &
que dans toutes leurs actions, leurs habits, & leur maniere
extérieure, ils fassent voir une modestie, & une honnesteté
digne des serviteurs & domestiques des Ministres de Dieu.
Au surplus, le soin, l'attention, & le dessein principal du
Saint Concile estant de dissiper les ténebres des Hérésies,
qui depuis tant d'années ont couvert toute la face de la
Terre, en réformant tout ce qui se trouvera avoir besoin
de réforme, & faisant paroistre en son jour la pureté,
l'éclat, & la lumiere de la vérité de
la Religion Catholique, à la faveur, & par la protection
de Jesus-Christ, qui est véritable lumiere (Joan.
I. 5.): Il exhorte tous les Catholiques qui se trouvent icy
assemblez, ou qui s'y trouveront dans la suite, particulierement
ceux qui sont versez dans les saintes lettres, de s'appliquer
chacun avec une sérieuse attention, à la recherche,
& à la découverte des moyens par lesquels une
si sainte intention puisse estre remplie, & heureusement conduite
à sa fin : De maniere que par les voyes les plus promptes,
les plus prudentes, & les plus convenables, on parvienne à
condamner ce qui se trouvera condamnable, & à approuver
ce qui sera digne d'approbation ; & qu'ainsi par toute
la terre, tous les hommes puissent d'une mesme bouche, & par
une mesme profession de Foy, benir & glorifier Dieu, Pere
de Nostre Seigneur Jesus-Christ.
Au reste, dans les suffrages, conformément au Statut du
Concile de Tolede, lors que les Prestres du Seigneur tiendront
leurs séances dans le lieu de Bénediction, aucun
ne doit s'emporter jusqu'à troubler l'assemblée,
par des bruits & des tumultes indiscrets, ou par des cris
& des paroles inconsidérées, ni par des contestations
vaines, opiniastres, & mal fondées ; mais chacun
taschera d'adoucir tout ce qu'il aura à dire, par des termes
si affables, & des expressions si honnestes, que ceux qui
les entendront, n'en soient point offensez, & que la droiture
du jugement ne soit point alterée par le trouble de l'esprit.
Enfin, le Saint Concile a ordonné, & déclaré,
que s'il arrive par hazard, que quelques-uns n'ayent pas séance
en la place qui leur est deûë, & soient obligez
de donner leur avis mesme par le mot de Placet, c'est à
dire je le trouve bon, & d'assister aux Assemblées,
ou avoir part à quelque autre Acte que ce puisse estre
pendant le Concile ; personne dans la suite n'en souffre
pour cela préjudice, ni personne aussi n'en puisse prétendre
l'acquisition d'un nouveau droit.
En suite de ce Decret, la Session prochaine fut assignée
au Jeudi quatrième Février suivant.