L E Saint Concile de Trente Oecuménique,
& Général, legitimement assemblé sous
la conduite du Saint Esprit, les trois mesmes Légats du
Siege Apostolique y présidant, Ayant toûjours devant
les yeux, de conserver dans l'Eglise, en détruisant toutes
les erreurs, la pureté mesme de l'Evangile, qui aprés
avoir esté promis auparavant par les Prophetes dans les
saintes Ecritures, a esté ensuite publié, premierement,
par la bouche de Nostre Seigneur Jesus-Christ Fils de Dieu, &
puis par ses Apostres, ausquels il a donné la commission
de l'annoncer à tous les hommes (Marc. 16. 15.),
comme la source de toute vérité, qui regarde le
salut, & le bon réglement des moeurs ; & considérant
que cette vérité, & cette regle de Morale sont
contenuës dans les Livres écrits, ou sans écrit
dans les Traditions ; qui ayant esté receûës
par les Apostres, de la bouche de Jesus-Christ mesme, ou ayant
esté laissées par les mesmes Apostres, à
qui le Saint Esprit les a dictées, sont parvenuës
comme de main en main, jusques à nous : Le Saint Concile,
suivant l'éxemple des Peres orthodoxes, reçoit tous
les Livres, tant de l'Ancien, que du Nouveau Testament, puis que
le mesme Dieu est auteur de l'un et de l'autre ; aussi-bien
que les Traditions, soit qu'elles regardent la Foy, ou les moeurs,
comme dictées de la bouche mesme de Jesus-Christ, ou par
le Saint Esprit, & conservées dans l'Eglise Catholique
par une succession continuë, & les embrasse avec un pareil
respect, & une égale piété. Et afin que
personne ne puisse douter quels sont les Livres saints, que le
Concile reçoit, il a voulu que le Catalogue en fust inséré
dans ce Decret, selon qu'ils sont icy marquez.
L Es cinq Livres de Moïse,
qui sont, la Genese, l'Exode, le Levitique, les Nombres, le Deuteronome ;
Josué, les Juges, Ruth, les quatre Livres des Rois, les
deux des Paralipomenes, le premier d'Esdras & le second, qui
s'appelle Néhémias ; Tobie, Judith, Ester,
Job ; le Psautier de David, qui contient cent cinquante Pseaumes ;
les Paraboles, l'Ecclesiaste, le Cantique des Cantiques, la Sagesse,
l'Ecclesiastique, Isaïe, Hiéremie, avec Baruch, Ezéchiel,
Daniel ; les douze Petits Prophetes, sçavoir, Osée,
Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habachuc,
Sophonias, Aggée, Zacharie, Malachie ; deux des Machabées,
le premier, & le second.
L Es quatre Evangiles, selon
Saint Matthieu, Saint Marc, Saint Luc, & Saint Jean ;
les Actes des Apostres, écrits par Saint Luc Evangeliste ;
quatorze Epistres de Saint Paul, une aux Romains, deux aux Corinthiens,
une aux Galates, une aux Ephésiens, une aux Philippiens,
une aux Colossiens, deux aux Thessaloniciens, deux à Timothée,
une à Tite, une à Philémon, & une aux
Hebreux ; deux Epistres de l'Apostre Saint Pierre ;
trois de l'Apostre Saint Jean ; une de l'Apostre Saint Jacques ;
une de l'Apostre Saint Jude ; & l'Apocalypse de l'Apostre
Saint Jean.
Que si quelqu'un ne reçoit pas pour Sacrez & Canoniques,
tous ces Livres entiers, avec tout ce qu'ils contiennent, tels
qu'ils sont en usage dans l'Eglise Catholique, & tels qu'ils
sont dans l'ancienne Edition Vulgate Latine, ou méprise
avec connoissance & de propos délibéré
les Traditions dont nous venons de parler : Qu'il soit Anathême.
Chacun pourra connoistre par là, avec quel ordre, &
par quelle voye le Concile luy-mesme, aprés avoir établi
le fondement de la Confession de Foy, doit proceder dans le reste ;
& de quels secours & témoignages il doit particulierement
se servir, soit pour la confirmation de la doctrine, soit pour
le rétablissement des moeurs dans l'Eglise.
L E mesme Saint Concile, Considérant
qu'il ne sera pas d'une petite utilité à l'Eglise
de Dieu, de faire connoistre entre toutes les Editions Latines
des saints Livres qui se débitent aujourd'huy, quelle est
celle qui doit estre tenuë pour authentique, Déclare
& ordonne, que cette mesme Edition Ancienne & Vulgate,
qui a déja esté approuvée dans l'Eglise par
le long usage de tant de siecles, doit estre tenuë pour authentique
dans les Disputes, les Prédications, les Explications,
& les Leçons publiques, & que personne, sous quelque
prétexte que ce puisse estre, n'ait assez de hardiesse,
ou de témérité, pour la rejetter.
De plus, pour arrester, & contenir les esprits inquiets &
entreprenans, Il ordonne, que dans les choses de la Foy, ou de
la Morale mesme, en ce qui peut avoir relation au maintien de
la doctrine Chrestienne, Personne, se confiant en son propre jugement,
n'ait l'audace de tirer l'Ecriture Sainte à son sens particulier,
ni de luy donner des interprétations, ou contraires à
celles que luy donne & luy a donné la sainte Mere Eglise,
à qui il appartient de juger du véritable sens &
de la véritable interprétation des saintes Ecritures ;
ou opposées au sentiment unanime des Peres, encore que
ces interprétations ne deussent jamais estre mises en lumiere :
Les contrevenans seront déclarez par les Ordinaires, &
soumis aux peines portées par le Droit.
Voulant aussi, comme il est juste & raisonnable, mettre des
bornes en cette matiere à la licence des Imprimeurs ;
qui maintenant, sans regle & sans mesure, croyant, pourveû
qu'ils y trouvent leur compte, que tout leur est permis, non seulement
impriment sans permission des Superieurs Ecclésiastiques,
les Livres mesmes de l'Ecriture Sainte, avec des Explications,
& des Notes de toutes mains, indifféremment, supposant
bien souvent le lieu de l'Impression, & souvent mesme le supprimant
tout-à-fait, aussi bien que le nom de l'Auteur, ce qui
est encore un abus plus considérable ; mais se meslent
aussi de débiter au hazard, & d'esposer en vente, sans
distinction, toutes sortes de Livres imprimez çà
& là, de tous costez : Le Saint Concile a résolu,
& ordonné, qu'au plûtost, l'Ecriture Sainte,
particulierement selon cette Edition Ancienne & Vulgate, soit
imprimée le plus correctement qu'il sera possible ;
& qu'à l'avenir il ne soit permis à personne,
d'imprimer, ou faire imprimer aucuns Livres, traitant des choses
saintes, sans le nom de l'Auteur, ni mesme de les vendre, ou de
les garder chez soy, s'ils n'ont pas esté éxaminez
auparavant, & approuvez par l'Ordinaire, sous peine d'Anathême,
& de l'amende pécuniaire, portée au Canon du
dernier Concile de Latran : Et si ce sont des Réguliers,
outre cét éxamen & cette approbation, ils seront
encore obligez d'obtenir permission de leurs Supérieurs,
qui feront la réveûë de ces Livres, suivant
la forme de leurs Status. Ceux qui les débiteront, ou feront
courir en manuscrits, sans estre auparavant éxaminez, &
approuvez, seront sujets aux mesmes peines que les Imprimeurs ;
& ceux qui les auront chez eux, ou les liront, s'ils n'en
déclarent les Auteurs, seront eux-mesmes traitez comme
s'ils en estoient les Auteurs propres. Cette Approbation que nous
desirons à tous les Livres, sera donnée par écrit,
& sera mise en veûë, à la teste de chaque
Livre, soit qu'il soit imprimé, ou écrit à
la main ; & le tout, c'est à dire, tant l'Examen
que l'Approbation, se fera gratuitement, afin qu'on n'approuve
que ce qui méritera approbation, & qu'on rejette ce
qui devra estre rejetté.
Aprés cela, le Saint Concile désirant encore réprimer
cét abus insolent & téméraire, d'employer,
& de tourner à toutes sortes d'usages profanes, les
paroles & les passages de l'Ecriture Sainte, les faisant servir
à des railleries, à des application vaines &
fabuleuses, à des flateries, des médisances, &
jusques à des superstitions, des charmes impies & diaboliques,
des divinations, des sortileges, & des libelles diffamatoires ;
Ordonne & commande, pour abolir cette irréverence,
& ce mépris des paroles saintes, & afin qu'à
l'avenir personne ne soit assez hardi pour en abuser de cette
maniere, ou de quelque autre que ce puisse estre, Que les Evesques
punissent toutes ces sortes de personnes, par les peines de Droit,
& autres arbitraires, comme profanateurs & corrupteurs
de la parole de Dieu.
L E Saint Concile ordonne aussi, & arreste,
que la premiere Session prochaine se tiendra le Jeudi d'aprés
la sainte Feste de la Pentecoste.