Propos tenus par Saint Remi à Clovis lors du baptême
de 496 :
" Apprenez , mon Fils, que le royaume de France est
prédestiné par Dieu à la défense de
l'Église romaine qui est la seule véritable Église
du Christ ...
" Ce royaume sera un jour grand entre tous les royaumes,
il embrassera les limites de l'empire romain et il soumettra tous
les peuples à son sceptre... Il durera jusqu'à la
fin des temps !
" Il sera victorieux et prospère tant qu'il sera
fidèle à la foi Romaine, mais il sera rudement châtié
toutes les fois où il sera infidèle à sa
vocation. "
(d'après Flodoard, Historia Ecclesiae Remensis)
Fin de l'allocution selon Raban Maur, archevêque de Mayence
au IXème siècle :
" Vers la fin des temps, un descendant des rois de France
régnera sur tout l'antique empire romain. Il sera le plus
grand des rois de France et le dernier de sa race. Après
un règne des plus glorieux, il ira à Jérusalem,
sur le Mont des oliviers, déposer sa couronne et son sceptre,
et c'est ainsi que finira le saint empire romain et chrétien. "
(Note pour le jeune lecteur éventuellement
peu familier de la langue classique et prompt à débusquer
les vocables honnis : ici " race " =
" famille " (royale) ; cf. Corneille,
Le Cid : " cet affront / le seul dont ma race ait
vu rougir son front ")
Testament de Saint Remi (extraits) :
" Que le présent Testament
que j'ai écrit pour être gardé respectueusement
intact par mes successeurs les évêques de Reims,
mes frères, soit aussi défendu, protégé
partout envers et contre tous par mes très chers Fils les
Rois de France par moi consacrés au Seigneur à leur
baptême, par un don gratuit de Jésus-Christ et la
grâce du Saint-Esprit.
Qu'en tout et toujours il garde la perpétuité
de sa force et l'inviolabilité de sa durée, mais
par égard seulement pour cette race royale qu'avec tous
mes frères et coévêques de la Germanie, de
la Gaule et la Neustrie, j'ai choisie délibérément
pour régner jusqu'à la fin des temps, au sommet
de la majesté royale pour l'honneur de la sainte Église
et la défense des humbles. Par égard pour cette
race que j'ai baptisée, que j'ai reçue dans mes
bras ruisselante des eaux du baptême ; cette race que
j'ai marquée des sept dons du Saint-Esprit, que j'ai ointe
de l'onction des rois, par le Saint Chrême du même
Saint Esprit, j'ai ordonné ce qui suit :
Si un jour cette race royale que j'ai tant
de fois consacrée au seigneur, rendant le mal pour le bien,
lui devenait hostile ; envahissait les églises, les
détruisait, les dévastait :
Que le coupable soit averti une première
fois par tous les évêques réunis du diocèse
de Reims. Une deuxième fois par les évêques
réunis de Reims et de Trèves ; une troisième
fois par un tribunal de trois ou quatre archevêques des
Gaules. Si après la septième monition, il persiste
dans son crime, trêve à l'indulgence, place à
la menace !
S'il est rebelle à tout, qu'il soit
séparé du corps de l'Église, par la formule
inspirée aux évêques par l'Esprit Saint ;
parce qu'il a persécuté l'indigent, le pauvre au
cur contrit ; parce qu'il ne s'est pas souvenu de la
miséricorde ; parce qu'il a aimé la malédiction,
elle lui arrivera ; et, parce qu'il n'a point voulu de la
bénédiction, elle s'éloignera.
Et tout ce que l'Église a l'habitude
de chanter de Judas le traître et des mauvais évêques,
que toutes les églises le chantent de ce roi infidèle,
parce que le Seigneur a dit : " Tout ce que vous
avez fait au plus petit des miens, c'est à moi que vous
l'avez fait et tout ce que vous ne lui avez pas fait, c'est à
moi que vous ne l'avez pas fait. " Qu'à la malédiction
finale on remplace seulement, comme il convient à la personne,
le mot épiscopat, par le mot royauté ; que
ses jours soient abrégés et qu'un autre reçoive
sa royauté !
Si les archevêques de Reims, mes successeurs,
négligent ce devoir que je leur prescris, qu'ils reçoivent
pour eux la malédiction destinée au prince coupable :
que leurs jours soient abrégés et qu'un autre occupe
leur siège.
Si Notre-Seigneur Jésus-Christ daigne
écouter les prières que je répands tous les
jours en sa présence, spécialement pour la persévérance
de cette race royale, suivant mes recommandations, dans le bon
gouvernement de son royaume et le respect de la hiérarchie
de la sainte Église de Dieu, qu'aux bénédictions
de l'Esprit Saint déjà répandues sur la tête
royale s'ajoute la plénitude des bénédictions
divines !
Que de cette race sortent des rois et des
empereurs qui, confirmés dans la vérité et
la justice pour le présent et pour l'avenir suivant la
volonté du Seigneur pour l'extension de sa sainte Église,
puissent régner et augmenter tous les jours leur puissance
et méritent ainsi de s'asseoir sur le trône de David
dans la céleste Jérusalem où ils régneront
éternellement avec le Seigneur. Ainsi soit-il. "
(d'après Flodoard, Historia Ecclesiae Remensis et
Migne, Patrologie latine)