Extrait du Dictionnaire universel et complet des conciles (deux tomes) du chanoine Adolphe-Charles Peltier, publié dans l'Encyclopédie théologique de l'abbé Jacques-Paul Migne (1847), dont il constitue les tomes 13 et 14.

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Concile de Nicée II - 787 - septième concile œcuménique

(tome II, colonnes 98 à 118)

NICÉE (IIe Concile de), VIIe œcuménique, l'an 787. L'usage des images est très ancien dans l'Église : on en voyait dès les premiers siècles ; mais cet usage a varié suivant les temps. Nous parlons des images en peinture, et non pas des images en relief : celles-ci n'ont eu lieu que plus tard, si ce n'est dans les portiques des églises, où on en voyait dès le septième siècle, surtout en France. Théodore, le Lecteur rapporte qu'Eudocie envoya de Jérusalem à l'impératrice Pulchérie une image de la Mère de Notre-Seigneur, qu'on disait avoir été peinte par l'évangéliste saint Luc. Eusèbe de Césarée, parlant de la statue de Jésus-Christ dressée par la syro-phénicienne, ainsi qu'on le disait, remarque qu'il n'était point surprenant que les païens, qui avaient reçu du Sauveur tant de bienfaits, lui eussent en reconnaissance fait dresser une statue ; puisque nous voyons encore, ajoute-t-il, les images de saint Pierre, de saint Paul et même de Jésus-Christ, faites en peinture. Il serait inutile de rapporter ce que les anciens écrivains ont dit des images ; mais il n'est pas aisé de montrer que l'Église en ait exigé le culte dans tous les temps : seulement il est certain qu'elle ne l'a jamais désapprouvé, et la raison seule montre que les images des saints sont respectables par elles-mêmes. Peut-être l'Église s'est-elle dispensée de leur décerner un culte dès le commencement, de peur que les gentils qui, en se convertissant à la foi, quittaient leurs idoles, n'y retombassent en honorant les images. C'est pour cette raison que les évêques ont jugé à propos de ne pas admettre dans leurs églises l'usage des images, afin qu'elles ne pussent être un sujet de scandale aux gentils. Le concile d'Elvire défendit d'en peindre sur les murailles ; mais il paraît qu'il fit cette défense par un autre motif ; savoir qu'il y avait lieu de craindre qu'elles ne fussent profanées par les infidèles dans les temps de persécution.

Les plus habiles théologiens conviennent que les images sont une de ces choses qu'on appelle indifférentes, c'est-à-dire, qui ne sont point absolument nécessaires au salut, ni de la substance même de la religion, et qu'il est au pouvoir de l'Église d'en faire usage ou non, selon les circonstances des temps et des lieux. Mais du moment où elle en eut permis l'usage, les fidèles, par un amour respectueux pour Jésus-Christ, pour sa très-sainte Mère et pour les autres saints, témoignèrent beaucoup d'ardeur pour leurs images, et d'horreur pour ceux qui les méprisaient. Cela se remarqua non seulement dans le peuple fidèle moins instruit, mais encore dans les évêques et les autres pasteurs, qui trouvèrent bon que l'on mît des images dans les églises, principalement parce qu'elles servaient de livres à ceux qui ne savaient pas lire ; qu'elles apprenaient à ceux qui les regardaient les actions admirables de Jésus-Christ et des saints, et qu'elles étaient utiles à ceux qui savaient déjà ces actions, pour leur en rafraîchir la mémoire.

On ne poussa guère plus loin le culte des images dans les premiers siècles. Depuis on y ajouta des marques plus sensibles de respect et de vénération, comme de les baiser, de les saluer, de s'agenouiller, de brûler devant elles de l'encens et des cierges. Quelques-uns s'élevèrent contre cet usage, comme s'il eût été superstitieux ; d'autres le tolérèrent comme rendu par simplicité, et d'autres l'approuvèrent, pourvu que ce culte fût relatif, et que l'honneur que l'on rendait aux images se reportât à la personne qu'elles représentaient.

Les Juifs, qui ne pouvaient souffrir que l'on rendît un culte public à l'image de celui qu'ils avaient attaché à une croix, persuadèrent au calife Yézid, qu'en faisant effacer toutes les peintures qui étaient dans les églises des chrétiens, soit sur des planches de bois, soit en mosaïque sur les murailles, soit sur les vases sacrés et les ornements des autels, son règne serait de longue durée. Le calife, ajoutant foi à cette promesse, envoya une lettre circulaire par tout son empire, portant ordre de supprimer les peintures qui se trouvaient non seulement dans les églises, mais aussi sur les places publiques pour l'ornement des villes. C'était vers l'an 724. Trois ans après, l'empereur Léon l'Isaurien, frappé de certains événements extraordinaires arrivés sur mer, et les prenant pour des marques de la colère de Dieu irrité, à ce qu'il pensait, de l'honneur que l'on rendait aux images de Jésus-Christ et des saints (car il regardait ce culte comme une idolâtrie, et il avait appris des Musulmans à penser ainsi), fit assembler le peuple, et dit hautement que faire des images était un acte d'idolâtrie, et qu'à plus forte raison on ne devait pas les adorer. Il n'en dit pas davantage alors ; mais au mois de janvier de l'an 730, il fit un décret contre les images, et voulant en commencer l'exécution par l'image de Jésus-Christ qui était placée dans le vestibule du grand palais, il la fit ôter, jeter au feu, et mit à la place une simple croix, avec une inscription qui marquait qu'on en avait ôté l'image. Saint Germain, patriarche de Constantinople, s'éleva en vain contre cet édit ; le pape Grégoire II ne fut pas plus heureux dans les avertissements et les menaces qu'il fit à ce prince. Son fils Constantin dit Copronyme, qui lui succéda en 741, ne se déclara pas moins ouvertement que son père contre les images. Il poussa l'impiété jusqu'à mépriser non seulement les saints, mais Jésus-Christ. En 754, ce prince fit assembler un concile à Constantinople ou plutôt dans un palais vis-à-vis de cette ville, sur la côte d'Asie : trois cent huit évêques s'y rendirent ; et tous, soit par flatterie, soit parce qu'ils pensaient en effet comme l'empereur, dirent anathème à quiconque adorait les images. Ils ne pouvaient toutefois ignorer que le terme d'adoration se prend en deux manières dans l'Écriture : l'une, qui convient à Dieu seul, l'autre, qui n'est qu'en l'honneur que nous rendons aux amis de Dieu, à cause de lui-même, ou que les hommes se rendent mutuellement, comme lorsque Jacob adora son frère. Entre autres raisons que les évêques iconoclastes rendirent de la condamnation des images, ils alléguèrent dans leur définition de foi, que c'était faire injure aux saints qui vivent avec Dieu, que de les représenter avec une matière morte et mise en œuvre par des païens, comme s'il n'y eût point eu de chrétiens qui sussent l'art de peindre. Constantin Copronyme étant mort en 775, après un règne de trente-quatre ans et de près de trois mois, son fils Léon lui succéda. Pendant son règne, qui ne fut que de cinq ans, il se conduisit diversement à l'égard des images. D'abord il témoigna de la piété et du respect pour la sainte Vierge ; mais sur la fin il se déclara contre les images, et fit souffrir plusieurs tourments à ceux qui les honoraient. Il eut pour successeur son fils Constantin ; mais ce jeune prince, en 780, qui fut l'année de la mort de son père, n'étant point en état de gouverner l'empire, Irène sa mère en prit les rênes. Comme elle se montra zélée pour la religion catholique, on commença sous son règne à parler librement pour le culte des images. Taraise, qu'elle fit élire pour patriarche de Constantinople en 784, refusa d'accepter le gouvernement de cette Église, jusqu'à ce que l'impératrice lui eût promis d'assembler un concile œcuménique, pour réunir les Églises d'Orient, qui étaient divisées au sujet des images. On le lui promit : et quelque temps après son acceptation, Irène fit expédier les lettres pour la convocation du concile, au nom de Constantin son fils, et au sien.

Ces lettres ayant été envoyées à tous les évêques de l'empire, ils se rendirent à Constantinople en même temps que les légats du pape Adrien, à qui l'impératrice Irène avait communiqué, dès l'an 785, la résolution qu'elle avait prise avec le patriarche Taraise d'assembler un concile universel. L'empereur et l'impératrice étaient alors en Thrace. Les évêques iconoclastes, profitant de leur absence, s'opposèrent à la tenue du concile, disant qu'il fallait s'en tenir à ce qui avait été décidé dans la même ville en 754, contre les images.

Le patriarche Taraise, informé que ces évêques tenaient des assemblées particulières, leur fit dire qu'ils ne pouvaient en tenir à Constantinople sans son agrément, sous peine d'être déposés suivant les canons. Sur cet avis, les évêques cessèrent de s'assembler. Irène et Constantin étant de retour en cette ville, l'ouverture du concile fut fixée au premier jour d'août de l'an 786, et le lieu dans l'église des Saints Apôtres. La veille, des soldats furieux entrèrent le soir dans le baptistère de l'église, criant en tumulte qu'il n'était point permis d'assembler un concile. Le patriarche en fit son rapport à l'impératrice, qui ne crut pas que l'on dût pour cela différer de l'assembler. Il s'assembla en effet le lendemain. Comme on avait commencé à lire quelques lettres synodiques, les soldats poussés par les évêques du parti iconoclaste entrèrent dans l'église l'épée à la main, menaçant de tuer le patriarche, les évêques orthodoxes et les abbés. L'empereur et l'impératrice, qui étaient dans les galeries hautes, d'où ils pouvaient voir le concile, envoyèrent les soldats de leur garde pour arrêter le tumulte. Les Iconoclastes étant sortis, le patriarche Taraise célébra les saints mystères avec les catholiques : mais l'impératrice lui envoya dire à lui et aux autres évêques de se retirer, afin d'éviter l'emportement du peuple. Il était environ midi, et chacun se retira chez soi pour prendre sa réfection ; car ils étaient tous à jeun. Au mois de septembre suivant, l'impératrice fit sortir de Constantinople toutes les troupes qui avaient servi sous l'empereur son beau-père, et qui étaient infectées de l'erreur des iconoclastes ; puis les ayant fait passer en Anatolie, elle les obligea de poser les armes, les cassa toutes, et en leva de nouvelles dont elle s'assura. Au mois de mai de l'année suivante, elle envoya convoquer de nouveau tous les évêques pour tenir le concile à Nicée en Bithynie.

Ire Session. Il s'assembla dans l'église de Sainte-Sophie, le vingt-quatrième de septembre 787. Les deux légats du pape, Pierre, archiprêtre de l'Église romaine, et Pierre, prêtre et abbé du monastère de Saint-Sabas de Rome, sont nommés les premiers dans les actes du concile, comme représentant le pape Adrien. Taraise, patriarche de Constantinople, est nommé ensuite, et après lui les députés des autres patriarches d'Orient. Trois cent soixante-dix-sept évêques assistèrent à ce concile, avec deux commissaires de l'empereur, plusieurs archimandrites, abbés et moines ; les saints Évangiles étant placés au milieu de l'assemblée, les évêques de Sicile parlèrent les premiers, et demandèrent que le patriarche de Constantinople fît l'ouverture du concile. Tous y consentirent, et Taraise, prenant la parole, rendit grâces à Dieu de la liberté accordée à l'Église, exhorta les évêques à rejeter toute nouveauté, soit dans les paroles, soit dans la doctrine, et à s'en tenir aux traditions de l'Église, qui ne peut errer, et qui ne connaît pas le oui et le non. Il permit ensuite à ceux qui l'année précédente avaient résisté à la vérité, d'entrer et de dire leurs raisons. Alors les commissaires de l'empereur firent lire la lettre adressée au concile en son nom et en celui de l'impératrice Irène, par laquelle ils déclaraient qu'ils l'avaient assemblé du consentement des patriarches, et qu'ils laissaient une entière liberté aux évêques d'y dire leur sentiment, en les exhortant toutefois à procurer par leur jugement la paix à l'Église. Cette lettre contenait encore le récit de ce qui s'était passé à la mort du patriarche Paul et à l'élection de Taraise. L'empereur ajoutait à la fin qu'il avait reçu des lettres du pape Adrien et d'autres par les légats d'Orient, dont il demandait que l'on fît la lecture, afin que l'on connût quel était le sentiment de l'Église catholique. Après la lecture de toutes ces lettres, on fit avancer Basile, évêque d'Ancyre, Théodore de Myre, et Théodose d'Armorion, qui étaient du nombre de ceux qui, l'année précédente, avaient pris le parti des iconoclastes. Ils déclarèrent qu'ayant examiné la question, ils honoraient les images et étaient fâchés d'avoir eu d'autres sentiments. Basile d'Ancyre donna même sa profession de foi par écrit, où, après avoir déclaré ce qu'il croyait avec toute l'Église touchant la Trinité et l'Incarnation, il ajouta : " Je reçois avec toute sorte d'honneur les reliques des saints ; je les adore avec vénération, dans la confiance que j'ai de participer par là à leur sainteté. Je reçois aussi les vénérables images de Jésus-Christ, en tant qu'il s'est fait homme pour notre salut ; de sa sainte Mère, des anges, des apôtres, des prophètes, des martyrs et de tous les saints : je les embrasse et leur rends l'adoration d'honneur. Je rejette et anathématise de toute mon âme le faux concile nommé septième, comme contraire à toute la tradition de l'Église, et assemblé par un principe de folie et de démence. " Après cette déclaration, il dit anathème aux iconoclastes, à ceux qui osent dire que l'Église ait jamais reçu des idoles, ou que les images viennent d'une invention diabolique, et non pas de la tradition des saints Pères. Théodore de Myre lut aussi sa profession de foi ; Théodose d'Armorion en fit autant ; et le concile, jugeant qu'ils étaient véritablement repentants, leur ordonna de reprendre leurs rangs et leurs sièges. La comparaison que Théodose d'Armorion employa dans sa profession de foi, mérite d'être rapportée : Si les images des empereurs étant envoyées dans les provinces et dans les villes, le peuple vient au-devant avec des cierges et des parfums, pour honorer non le tableau, mais l'empereur, avec combien plus de raison doit-on peindre dans les églises l'image de Jésus-Christ notre Sauveur et notre Dieu, celles de sa sainte Mère, de tous les saints et bienheureux Pères !

Après que le concile eut reçu ces évêques, il s'en présenta sept autres, qui témoignèrent un grand repentir de s'être joints aux iconoclastes. Cela donna lieu d'examiner comment on devait recevoir les hérétiques convertis. On apporta donc les livres des Pères et les recueils des conciles qui se trouvaient dans la bibliothèque du palais patriarcal. Le premier canon qu'on lut fut le cinquante-troisième des Apôtres ; ensuite le huitième de Nicée, pour la réception des novatiens ; le troisième d'Éphèse touchant les Macédoniens ; le premier de l'épître de saint Basile à Amphiloque, où il est parlé du baptême des encratites ; quelques passages de sa lettre aux évaiséniens et de celle au comte Térence, dans laquelle il parle de la réception de ceux qui quittaient l'hérésie pour se réunir à l'Église ; les deux lettres de saint Cyrille d'Alexandrie, au sujet de sa réunion avec Jean d'Antioche ; la lettre de saint Athanase à Rufinien sur la réconciliation de ceux qui avaient souscrit au concile de Rimini ; le jugement du concile de Chalcédoine, dans la réception des évêques d'Orient et d'Illyrie, qui avaient assisté au faux concile d'Éphèse sous Dioscore ; les extraits de l'Histoire ecclésiastique de Rufin, touchant le concile d'Alexandrie, où l'on reçut ceux qui avaient communiqué avec les ariens ; un passage de l'Histoire ecclésiastique de Socrate ; un de celle de Théodore le Lecteur, et plusieurs anciens monuments qui pouvaient servir d'éclaircissements à la difficulté proposée. Après quoi, le concile ordonna aux sept évêques de lire leur libelle de réunion à l'Église catholique : ils le lurent. C'était le même que celui qu'avait composé Basile d'Ancyre. Le patriarche Taraise déclara que, leur foi étant suffisamment connue par la lecture de ces libelles, ils seraient reçus dans une autre session, s'il ne survenait d'autres empêchements.

IIe Session. Dans la seconde, qui fut tenue le vingt-sixième de septembre, Grégoire, évêque de Néocésarée, le même qui s'était trouvé à la tête du faux concile de Constantinople, en 754, se présenta, s'avoua coupable et demanda pardon. Taraise, après lui avoir fait quelques reproches sur la conduite qu'il avait tenue dans cette assemblée, le remit à la session suivante, pour apporter son libelle d'abjuration. On lut ensuite la lettre du pape Adrien à Constantin et à Irène, dans laquelle il établissait le culte des images, prétendant que l'Église romaine l'avait reçu par tradition de saint Pierre ; mais parce qu'il y avait dans cette lettre quelque reproche contre Taraise, surtout en ce qui regardait l'irrégularité de son ordination et le titre d'évêque universel qu'il s'attribuait de même que plusieurs de ses prédécesseurs, on passa sous silence ces endroits pour ne pas donner lieu aux hérétiques de résister à ce patriarche, ni de contester l'autorité du concile. On lut aussi la lettre du même pape à Taraise ; et les légats ayant demandé s'il l'approuvait, il répondit que dans l'une et l'autre lettre le pape expliquait clairement la tradition de l'Église sur le culte des images ; qu'il avait lui-même examiné ce que les Écritures enseignaient sur cet article, et qu'il était pleinement persuadé que l'on doit adorer les images d'une affection relative, en réservant à Dieu seul le culte de latrie. Tout le concile approuva cette déclaration et les lettres du pape.

IIIe Session. La troisième se tint deux jours après, c'est-à-dire le vingt-huit septembre 787. Grégoire de Néocésarée y lut sa confession de foi, qui était semblable aux autres. Mais parce qu'il courait un bruit qu'il était du nombre des évêques qui, pendant la persécution, avaient maltraité les fidèles, il fut interrogé sur ce sujet ; et comme il assura qu'il n'avait maltraité personne, le concile consentit à ce qu'il reprît sa place. On fit la même grâce aux six évêques qui s'étaient présentés à la première session. Après quoi on fit la lecture de la lettre de Taraise aux Orientaux, dans laquelle, outre la confession de foi sur la Trinité et l'Incarnation, il se déclarait nettement pour le culte des images et la réponse que les évêques d'Orient avaient faite à cette lettre. Ils y déclaraient, au nom des trois sièges apostoliques d'Orient, qu'ils recevaient les six conciles œcuméniques et rejetaient celui qu'on nommait le septième, c'est-à-dire le faux concile de Constantinople, tenu en 754. Ils ajoutaient que l'absence des trois patriarches d'Orient et des évêques de leur dépendance ne devait pas leur faire de peine, ni empêcher le concile de s'assembler, puisqu'il n'était pas en leur pouvoir de s'y rendre, à cause de la tyrannie des Arabes à qui ils obéissaient ; qu'ils n'avaient pas assisté pour la même raison au sixième concile œcuménique, qui, toutefois n'en avait souffert aucun préjudice, et n'en avait pas moins fortement établi les vrais dogmes de la piété ; vu principalement que le très-saint pape y consentait et s'y trouvait par ses légats. Ces paroles sont remarquables dans la bouche des Orientaux, qui n'avaient point d'intérêt à flatter l'Église romaine. A cette lettre les évêques d'Orient ajoutèrent la copie de la lettre synodique de Théodore, patriarche de Jérusalem, adressée, selon la coutume, aux patriarches d'Alexandrie et d'Antioche. On en fit aussi la lecture, et l'on vit qu'il admettait les six conciles œcuméniques, sans en reconnaître d'autres ; et qu'il recevait les traditions de l'Église touchant la vénération des saints, de leurs reliques et de leurs images. Les légats du pape déclarèrent qu'ils approuvaient ces deux lettres, comme conformes à celles de Taraise et d'Adrien, et rendirent grâces à Dieu de ce que les Orientaux tenaient pour la foi orthodoxe touchant les images.

IVe Session. - Dans la quatrième session, qui fut tenue le premier jour d'octobre 787, le patriarche Taraise ayant fait apporter les livres des Pères, pour montrer la tradition de l'Église sur les images, on commença par les passages de l'Écriture touchant les chérubins qui couvraient l'arche d'alliance, et qui ornaient l'intérieur du temple ; puis, on lut un passage de saint Chrysostome, où il est parlé des images de saint Mélèce, que les fidèles portaient avec eux, et faisaient peindre dans les chambres où ils couchaient, et un autre où ce Père dit qu'il avait regardé avec plaisir une image sur laquelle on représentait un ange mettant en fuite des troupes de barbares ; un de saint Grégoire de Nysse, où il dit qu'il avait vu souvent, et toujours en versant des larmes, la peinture du sacrifice d'Abraham ; un de saint Astère d'Amasée, où il faisait la description d'un tableau qui représentait le martyre de sainte Euphémie ; un de saint Cyrille, un de saint Grégoire de Nazianze, un de la vie de saint Anastase, Persan, et un autre de ses miracles. Sur cela, les légats du pape dirent que l'image de saint Anastase se voyait encore à Rome, dans un monastère, avec son précieux chef. Le passage tiré du recueil des miracles de saint Anastase montrait que Dieu opérait des guérisons miraculeuses par les images ; et pour en donner de nouvelles preuves, on lut un discours attribué à saint Athanase, où l'on fait le récit d'un miracle arrivé à Béryte, sur une image de Jésus-Christ, percée par des juifs, d'où il sortit du sang qui guérit plusieurs malades. On convient aujourd'hui que ce discours n'est point de saint Athanase, et qu'il est plutôt d'un évêque de même nom, en Syrie. Le concile allégua encore d'autres pièces attribuées à des écrivains de qui elles n'étaient pas ; mais cela ne fait rien contre l'autorité de ses décisions, puisqu'elles sont suffisamment appuyées de pièces véritables et authentiques, et que, quoiqu'il se soit trompé dans l'attribution de certains écrits, il ne laisse pas d'être vrai que ceux qui en sont les auteurs n'avaient point d'autre doctrine sur le culte des images que celle de l'Église. Tout ce que l'on peut donc reprocher aux évêques de Nicée, c'est de n'avoir pas été assez versés dans la critique. Le concile fit lire encore beaucoup d'autres discours et d'autres lettres des anciens, entre autres de saint Nil et de saint Maxime. Il était dit dans les actes de ce dernier que lui et les évêques monothélites qui l'étaient venus trouver se mirent à genoux devant les Évangiles, la croix et les images de Jésus-Christ et de la sainte Vierge, les saluèrent et les touchèrent de la main, pour confirmer ce dont ils étaient convenus ensemble. Sur quoi Constantin, évêque de Chypre, dit que ce salut était une adoration, puisqu'il s'adressait aux Évangiles, à la croix et aux images tout ensemble. Mais le patriarche Taraise reprit qu'il fallait mettre les vénérables images au rang des vases sacrés, et le concile ajouta : Cela est évident. Le concile in Trullo avait ordonné, par son quatre-vingt-deuxième canon, de peindre Jésus-Christ en sa forme humaine. Ce canon fut lu dans un papier qui était l'original même, et ensuite dans un livre où il avait été transcrit avec les autres. Taraise, prenant la parole, dit que l'on contestait sans raison ces canons au sixième concile, puisqu'ils avaient été faits par les mêmes évêques, quoique en différents temps, c'est-à-dire à quatre ou cinq ans de distance. C'était une erreur de fait. Le sixième concile avait fini au mois de septembre 681, et celui du Trulle ne se tint que onze ans après, en 692. Les évêques de ces deux conciles ne furent pas non plus les mêmes, comme on peut s'en convaincre par les souscriptions. Mais comme il y en avait beaucoup qui avaient assisté à l'un et à l'autre, la réflexion de Taraise pouvait avoir lieu. Le passage de Léonce, évêque de Néopolis en Chypre, qui fut lu ensuite, à la requête des légats, établit clairement le culte extérieur des images, et rejette tous les mauvais sens que l'on pourrait y donner, montrant que ce culte est absolument différent de celui que nous rendons à Dieu ; qu'il ne se rapporte pas précisément à l'image, mais à la chose qu'elle représente ; comme l'honneur que nous rendons à l'image de l'empereur n'est point relatif à l'image même, mais à l'empereur qui y est représenté.

" Le patriarche Jacob baisa la tunique de Joseph, non par amour ou par honneur pour ce vêtement, mais pour Joseph, qu'il croyait tenir entre ses mains en baisant sa tunique. De même tous les chrétiens, en saluant l'image de Jésus-Christ, ou des apôtres ou des martyrs, rapportent ce salut à Jésus-Christ même, aux apôtres, aux martyrs, comme s'ils les avaient présents devant leurs yeux : c'est l'intention que l'on doit regarder dans le salut et dans l'adoration. Si vous m'accusez d'idolâtrie parce que j'adore la croix du Sauveur, pourquoi n'en accusez-vous pas Jacob qui adora le haut du bâton de Joseph ? " Dans le même passage, Léonce confirmait le culte des images par divers miracles opérés, ou par les reliques des martyrs, ou par les images ; on cita plusieurs ouvrages de cet auteur, qui rendaient témoignage de son orthodoxie ; puis on lut quelques endroits des écrits d'Anastase, évêque d'Antioche, où il distinguait clairement l'adoration que nous rendons aux hommes et aux saints anges, d'avec celle que nous rendons à Dieu.

L'adoration que l'on rend aux saints n'est qu'une marque d'honneur ; celle qu'on rend à Dieu est un culte de latrie ou de service, qui n'est dû qu'à lui, selon que le dit Moïse : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous le servirez lui seul.

Les autres passages que l'on allégua étaient tirés des écrits de saint Sophrone de Jérusalem, ou plutôt de Jean Mosch, de Théodoret dans la vie de saint Siméon Stylite, de celle de saint Jean le Jeûneur, de sainte Marie d'Égypte, des actes du martyre de saint Procope, et de saint Théodore Sicéote. On y joignit la lettre de Grégoire II à saint Germain de Constantinople, et trois de ce patriarche, dont nous avons parlé plus haut. Sur quoi le concile s'écria : " La doctrine des Pères nous a corrigés ; nous y avons puisé la vérité : en les suivant, nous avons poursuivi le mensonge ; instruits par eux, nous saluons les images. Anathème à qui ne les honore pas. " Ensuite Euthymius, évêque de Sardes, lut au nom du concile une confession de foi, à laquelle tous les évêques souscrivirent, les légats du pape les premiers. L'article qui regarde les images est conçu en ces termes : " Nous recevons la figure de la croix précieuse et vivifiante, les reliques des saints et leurs images ; nous les embrassons et les saluons, suivant l'ancienne tradition de l'Église de Dieu, c'est-à-dire, de nos saints Pères qui les ont reçues, et qui ont ordonné qu'elles fussent mises dans toutes les églises et dans tous les lieux où Dieu est servi. Nous les honorons et adorons ; savoir, celle de Jésus-Christ, de sa sainte mère et des anges, qui, quoique incorporels, ont néanmoins apparu comme hommes aux justes ; celles des apôtres, des prophètes, des martyrs et des autres saints, parce que leurs images nous rappellent leur souvenir, et nous rendent participants en quelque manière de leur sainteté. "

Ve Session. - La cinquième session, qui est du quatrième d'octobre 787, fut employée à montrer, par la lecture de plusieurs pièces, que les iconoclastes n'avaient fait qu'imiter les Juifs, les Sarrasins, les païens, les manichéens, et quelques autres hérétiques. Saint Cyrille de Jérusalem compte entre les crimes de Nabuchodonosor, d'avoir enlevé les chérubins de l'arche. Il est dit dans une lettre de saint Siméon Stylite le jeune, que les Sarrasins profanèrent les images de Jésus-Christ, et de sa très-sainte mère. Jean, évêque de Thessalonique, enseigne dans l'un de ses discours que l'on peignait dans les églises les images des saints, et que ce n'étaient point les images que les chrétiens adoraient, mais ce qu'elles représentent ; qu'ils ne les adoraient pas comme des dieux, mais comme les serviteurs et les amis de Dieu, et que s'ils peignaient les anges sous des figures humaines, c'était parce qu'ils ont souvent apparu sous cette forme à ceux à qui Dieu les a envoyés. L'auteur de la Dispute entre un juif et un chrétien dit qu'en adorant les images qui représentent les combats et les victoires des saints, nous invoquons et louons le Dieu de ces saints, qui leur a donné la patience et les a rendus dignes de son royaume ; en lui demandant en même temps de nous faire participants de leur gloire, et de nous sauver par leurs prières. On lut quelque chose d'un livre apocryphe, intitulé : Les Voyages des Apôtres ; et quoiqu'il fût favorable au culte des images, le concile défendit de le transcrire, et le condamna au feu. Ce que l'on cita d'Eusèbe de Césarée servit plus à flétrir sa mémoire qu'à établir le culte des images. Le passage cité de l'histoire d'un nommé Jean, appelé le Séparé, marquait que Xénaïas l'Iconoclaste traitait d'idole et d'invention puérile la colombe que l'on peignait pour représenter le Saint-Esprit, parce qu'en effet il s'était fait voir sous la forme d'une colombe, ainsi qu'il est dit dans l'Évangile. A ces passages on en ajouta de la vie de saint Sabas, des écrits de Jean de Gabale et de Constantin, trésorier de la grande église de Constantinople. Ce dernier soutient qu'on ne doit point faire d'images de la divinité, mais qu'on peut en faire de l'humanité de Jésus-Christ. Il fut ensuite prouvé que les hérétiques iconoclastes avaient brûlé plusieurs livres de la grande église de Constantinople où il était parlé des images ; qu'en d'autres ils avaient coupé les feuilles qui traitaient de la même matière ; et le moine Étienne montra un livre où ils avaient effacé de l'histoire ecclésiastique d'Evagre, l'endroit où il parle de l'image de Jésus-Christ envoyée à Abgare d'Édesse. Grégoire, prêtre et abbé, dit qu'il en avait un exemplaire, et offrit d'en faire la lecture : ce qui fut accordé. Le moine Étienne, garde des livres, offrit aussi de lire plusieurs passages ; mais on se contenta de trois ; et le concile jugeant que l'on avait démontré suffisamment la tradition de l'Église sur le culte des images, demanda que Jean, légat d'Orient, lût un mémoire qui contenait l'histoire du juif qui persuada au calife Yézide de faire ôter les images, comme on l'a dit plus haut. L'évêque de Messine dit qu'il était enfant en Syrie, lorsque le calife fit détruire les images. La conclusion de cette session fut que les saintes images seraient remises à leur place ; qu'on les porterait en procession ; que l'on en placerait une au milieu de l'assemblée ; qu'elle y serait saluée, et que tous les écrits des iconoclastes seraient jetés au feu.

VIe Session. - Le sixième d'octobre, jour où se tint la sixième session, le concile s'occupa à lire la réfutation de la définition de foi faite par les iconoclastes en 756. Cette réfutation a été divisée en six tomes. Jean, diacre de l'église de Constantinople, fut chargé d'en commencer la lecture, et le diacre Épiphane de la continuer. Grégoire, évêque de Néocésarée, l'un des chefs de l'assemblée des iconoclastes, lut la définition de foi qui avait été dressée. La première chose que l'on attaqua dans cette définition, fut le titre de concile septième œcuménique que les iconoclastes donnaient à leur assemblée. " Comment, dit la réfutation, peut-on appeler œcuménique un concile qui n'a été ni reçu ni approuvé, mais au contraire anathématisé par les évêques des autres Églises ; auquel le pape qui gouvernait alors l'Église romaine n'a concouru, ni par lui-même, ni par les évêques qui sont près de lui, ni par ses légats, ni par une lettre circulaire, suivant la loi ordinaire des conciles ; auquel les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, n'ont donné de consentement ni par eux-mêmes, ni par leurs députés, ni par les grands évêques de leurs provinces ? " La définition disait que Jésus-Christ nous a délivrés de l'erreur et du culte des idoles, en nous enseignant l'adoration en esprit et en vérité. La réfutation répond : " Comment donc ceux qui croient en lui sont-ils retombés dans l'idolâtrie ? Dieu incarné nous a rachetés, et nous sommes réduits une seconde fois à la captivité ? II n'en est pas de Jésus-Christ comme des rois de la terre, qui sont tantôt victorieux et tantôt vaincus ; sa victoire est éternelle : d'où il suit que l'on ne peut accuser d'idolâtrie l'Église entière, sans faire injure à Jésus-Christ. " Il était dit dans la définition que les six conciles œcuméniques avaient conservé la beauté de l'Église sans aucune diminution. On répond dans la réfutation qu'il n'y a eu que soixante-dix ans depuis le sixième concile jusqu'au conciliabule des iconoclastes, et que l'usage des images étant beaucoup plus ancien que le sixième concile, il est visible qu'il ne s'est pas introduit dans cet intervalle. Les iconoclastes accusaient ceux qui adorent les images d'établir tout ensemble les deux hérésies de Nestorius et d'Eutychès ; ce qui était toutefois impossible, puisqu'elles sont directement opposées. A cela on répond que l'image de Jésus-Christ ne le représente que selon la nature par laquelle il a été visible, que l'image n'a que son nom, et non sa substance ; qu'ainsi les catholiques, en faisant peindre Jésus-Christ, ne divinisent pas pour cela les deux natures ; puisque l'image de l'humanité rappelle en nous l'idée de Jésus-Christ entier, c'est-à-dire du Verbe incarné, comme l'image d'un homme ordinaire rappelle l'idée de son âme avec celle de son corps. En effet, tout homme de bon sens, en voyant l'image d'un homme, ne s'est jamais imaginé que le peintre ait séparé l'homme de son corps. L'objection la plus intéressante est celle que les iconoclastes firent de l'eucharistie, en disant qu'elle est la seule image de Jésus-Christ qui soit permise. L'auteur de la réfutation répond qu'aucun des apôtres ni des Pères n'a dit que le sacrifice non sanglant fût l'image du corps de Jésus-Christ. " Ce n'est point, dit-il, ce qu'ils avaient appris de lui. Il ne leur a pas dit : Prenez, mangez l'image de mon corps ; mais : Prenez et mangez : ceci est mon corps. Il est donc démontré que ni le Seigneur, ni les apôtres, ni les Pères, n'ont jamais dit que le sacrifice non sanglant qui est offert par les prêtres, soit une image de Jésus-Christ ; mais ils ont dit au contraire que c'est son propre corps et son propre sang. Il est vrai que quelques Pères, par un sentiment de piété, ont cru pouvoir nommer les choses offertes, avant qu'elles fussent consacrées, antitypes, c'est-à-dire, des figures et des images qui représentent ces choses. De ce nombre ont été saint Eustathe, le puissant adversaire des ariens, et saint Basile. L'un d'eux, savoir saint Eustathe, expliquant ces paroles des Proverbes de Salomon : Mangez mon pain et buvez le vin que j'ai mêlé d'eau pour vous ; dit qu'elles marquent par le pain et le vin les antitypes des membres de Jésus-Christ, et l'autre, c'est-à-dire saint Basile, puisant dans la même source, parle ainsi de l'oblation du Seigneur : " Ô Dieu ! nous approchons avec confiance de l'autel sacré, et en vous présentant les antitypes du saint corps et du sang de votre Christ, nous vous prions et vous invoquons. " Ce qui suit dans la liturgie qui porte le nom de ce Père fait voir encore plus clairement sa pensée, et de quelle manière ces choses ont été appelées antitypes avant la consécration. Car, après la consécration ils sont nommés le propre corps et le propre sang de Jésus-Christ ; parce qu'ils le sont en effet, et qu'on les croit tels. Mais les iconoclastes voulant détourner nos yeux des sacrées images, en ont introduit une autre, qui n'est pas une image, mais le corps et le sang de notre Sauveur. Ce que dit la réfutation, qu'aucun des Pères n'a jamais donné à l'eucharistie le nom d'image n'est pas exact : il y en a qui l'ont appelée image, d'autres symbole, et quelques-uns signe et sacrement ; mais peut-être l'entendait-elle d'une image ordinaire, et qui ne fait que représenter l'original, sans le contenir. Quant à ce que ces hérétiques objectaient, que l'on n'avait point dans l'Église de prières particulières, ni aucunes cérémonies, pour la consécration des images, on répond qu'il y a beaucoup d'autres choses parmi les chrétiens, qui sont saintes par leur nom seul, sans consécration ni prières : telle est la figure de la croix que nous adorons, et dont nous marquons le signe sur notre front, ou en l'air avec le doigt, pour chasser les démons. Il en est de même des images : nous les honorons à cause du nom qu'elles portent, et de ce qu'elles représentent. Nous saluons aussi, et nous embrassons les vases sacrés, quoiqu'ils n'aient reçu aucune bénédiction, dans l'espérance de recevoir quelque sanctification en les baisant. " Les Grecs, encore aujourd'hui, ne bénissent ni les croix, ni les images, ni les vases sacrés. Les iconoclastes alléguaient plusieurs autorités, tant de l'Écriture que des Pères, contre le culte des images. Parmi les passages des Pères, il y en avait de saint Épiphane, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Basile, de saint Athanase, de saint Amphiloque et de Théodote d'Ancyre. L'auteur de la réfutation répond à tout, en montrant, ou que ces passages ne sont que contre le culte des idoles, ou qu'ils sont tirés d'ouvrages supposés. Ensuite il fait voir qu'il y a contradiction dans le décret du concile des iconoclastes, en ce qu'après avoir condamné généralement les images que l'on mettait dans les églises, ils les laissaient sur des vases et des ornements, avec défense d'y toucher pour les convertir à des usages profanes. Comme ils avaient dit anathème à saint Germain, patriarche de Constantinople ; à saint Georges, évêque de Chypre, et à saint Jean Damascène, et qu'ils les avaient déposés, les Pères de Nicée font l'éloge de ces trois saints personnages, en les faisant passer pour des lumières de l'Église : ils s'étendent davantage sur saint Jean Damascène, parce que les iconoclastes l'avaient appelé par dérision Mansure.

VIIe Session. - On lut dans la septième session, qui est du 13 d'octobre 787, la confession de foi du concile, et les deux décrets touchant les images. La confession n'est autre chose que le symbole de Nicée ; mais il est suivi d'anathèmes contre les hérétiques qui se sont depuis élevés dans l'Église ; en particulier, contre Nestorius, Eutychès, Dioscore, Sévère, Pierre et leurs sectateurs. On anathématisa encore les fauteurs d'Origène, d'Evagre et de Didyme, Sergius, Honorius, Cyrus et les autres qui n'ont point reconnu deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ. Vient ensuite le décret touchant les images, qui est conçu en ces termes : " Ayant employé tout le soin et l'exactitude possible, nous décidons que les saintes images, soit de couleur, soit de pièces de rapport, ou de quelque autre matière convenable, doivent être exposées, comme la figure de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tant dans les églises, sur les vases et les habits sacrés, sur les murailles et les planches, que dans les maisons et dans les chemins : c'est à savoir l'image de Jésus-Christ, de sa sainte mère, des anges et de tous les saints ; car plus on les voit souvent dans leurs images, plus ceux qui les regardent sont excités au souvenir et à l'affection des originaux. On doit rendre à ces images le salut et l'adoration d'honneur, non la véritable latrie que demande notre foi, et qui ne convient qu'à la nature divine. Mais on approchera de ces images l'encens et le luminaire, comme on en use à l'égard de la croix, des Évangiles et des autres choses sacrées ; le tout suivant la pieuse coutume des anciens : car l'honneur de l'image passe à l'original ; et celui qui adore l'image adore le sujet qu'elle représente. Telle est la doctrine des saints Pères, et la tradition de l'Église catholique, répandue partout. Nous suivons ainsi le précepte de saint Paul, en retenant les traditions que nous avons reçues. Ceux donc qui osent penser ou enseigner autrement ; qui abolissent, comme les hérétiques, les traditions de l'Église ; qui introduisent des nouveautés, qui ôtent quelque chose de ce que l'on conserve dans l'église, l'Évangile, la croix, les images, ou les reliques des saints martyrs ; qui profanent les vases sacrés, ou les vénérables monastères : nous ordonnons qu'ils soient déposés, s'ils sont évêques ou clercs ; et excommuniés, s'ils sont moines ou laïques. " Les légats et tous les évêques du concile, au nombre de trois cent cinq, y compris quelques prêtres et quelques diacres pour les évêques absents, souscrivirent à ce décret. Après qu'on en eut fait la lecture, on dit anathème au concile de Constantinople assemblé contre les images, et à quelques évêques en particulier, qui étaient regardés comme les principaux fauteurs des iconoclastes : au contraire, le concile fit des acclamations pour la mémoire éternelle de saint Germain de Constantinople, de saint Damascène et de saint Georges de Chypre.

Il y a plusieurs observations à faire sur le décret de ce concile : la première qu'il n'y est pas fait mention de statues, mais seulement de peintures plates. Il est certain néanmoins que les Grecs avaient, dès le neuvième siècle, des statues dans leurs églises. Cela se voit par la lettre des empereurs Michel et Théophile à Louis Auguste, où ils se plaignent de ce que quelques-uns mettaient le corps du Seigneur entre les mains des images pour recevoir d'elles la communion : cela ne peut s'entendre des images peintes, mais seulement des images faites en relief. Il y en avait donc alors de ce genre. Saint Damascène, qui écrivait avant ce concile, parle de statues élevées en l'honneur des saints : mais, ou il n'y en avait pas encore du temps de ce concile dans les églises, ou elles étaient si rares, qu'on ne crut pas devoir en parler. Au sixième siècle, l'empereur Justinien ayant bâti l'église de Sainte-Sophie, n'y mit que des images ou peintes ou sculptées sur des tables d'argent : ce qui ne faisait pas une grande différence d'avec les images peintes ou faites à la mosaïque. La seconde observation est que le concile ne décida rien sur les images de la sainte Trinité, ou du Père ou du Saint-Esprit, parce qu'on n'avait pas alors coutume de les peindre. La troisième, que le culte des images de Jésus-Christ et des saints, établi par ce décret, n'est point un culte absolu, mais relatif ; c'est-à-dire, qui se rapporte, non à l'image même, mais au sujet qu'elle représente. La quatrième, que l'adoration extérieure que l'on rend à la croix, n'est pas un culte de latrie, mais simplement une adoration d'honneur que nous lui rendons en la baisant, et en nous prosternant devant elle, dans le souvenir que c'est par elle que Jésus-Christ nous a rachetés. Les évêques de France s'accordaient en ce point avec ceux de ce concile, lorsqu'ils disaient que, suivant la tradition des saints Pères, on honore, on adore la croix, mais non pas d'un culte et d'une adoration qui appartient à la Divinité seule.

Après la signature du décret touchant les images, on écrivit deux lettres au nom de Taraise et de tout le concile ; l'une à l'empereur et à l'impératrice, l'autre au clergé de Constantinople, pour les instruire de ce qui s'était passé. La lettre à l'empereur contient un précis de ce que les iconoclastes avaient fait pour la destruction des images, et les anathèmes prononcés contre eux et contre les autres hérétiques. Ensuite elle explique le mot d'adoration, et fait voir qu'adorer et saluer sont deux termes synonymes. Il est dit dans le premier livre des Rois que David, se prosternant le visage, adora trois fois Jonathas, et le baisa, et dans l'Épître aux Hébreux, que Jacob adora le haut du bâton de Joseph. On trouve dans saint Grégoire le Théologien de semblables expressions : Honorez, dit-il, Bethléem, et adorez la crèche. Quand donc nous saluons la croix, ajoutent les Pères du concile, et que nous chantons : " Nous adorons la croix, Seigneur, et nous adorons la lance qui a percé votre côté ; " ce n'est qu'un salut, comme il paraît en ce que nous les touchons de nos lèvres. Ensuite ils distinguent les divers sens du mot d'adoration. Il y a une adoration mêlée d'honneur, d'amour et de crainte : telle est l'adoration que l'on rend à l'empereur. Il y en a une de crainte seule : comme quand Jacob adora Esaü. Il y en a une troisième qui est d'actions de grâces ; comme quand Abraham adora les enfants de Heth, qui lui avaient accordé une place pour la sépulture de Sara. Il y en a une quatrième que l'on rend aux puissances de qui on espère quelques bienfaits ; et ce fut en pareille occasion que Jacob adora Pharaon. Mais l'Écriture voulant nous instruire, dit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et le serviras lui seul. Elle met l'adoration indéfiniment, comme un terme équivoque qui peut convenir à d'autres et avoir plusieurs significations : mais elle restreint à lui seul le service que nous ne rendons qu'à lui, et que nous appelons latrie. Il est dit sur la fin de cette lettre que les évêques y avaient joint quelques passages des Pères, pour convaincre l'empereur que le concile n'avait rien décidé que conformément à leur doctrine. - La lettre au clergé de Constantinople dit eu substance la même chose que la précédente.

L'empereur et l'impératrice ayant reçu la lettre du concile, ne crurent pas devoir le laisser se séparer sans y avoir assisté eux-mêmes en personne. Ils écrivirent donc au patriarche Taraise d'amener tous les évêques à Constantinople, et marquèrent pour le jour de l'assemblée le vingt-troisième d'octobre de la même année 787. Elle se tint dans le palais de Magname. Les saints Évangiles étant placés au milieu de la salle, Irène s'assit à la première place avec son fils, et ils invitèrent le patriarche à parler. Ils parlèrent eux-mêmes au concile avec beaucoup de douceur et d'éloquence : et après que les évêques leur eurent répondu par de grandes acclamations, l'empereur et l'impératrice firent lire la définition de foi à haute voix, afin qu'elle fût entendue même du peuple qui était présent. Le diacre Côme en ayant fait la lecture, les princes demandèrent si elle avait été publiée du consentement unanime de tous les évêques. Ils le témoignèrent en diverses manières, disant qu'elle contenait la foi des apôtres, des Pères et de tous les orthodoxes. A quoi ils ajoutèrent des anathèmes contre les principaux iconoclastes. Taraise présenta à l'empereur et à l'impératrice le tome où la définition de foi était écrite, les priant d'y souscrire. Irène souscrivit la première, et ensuite Constantin son fils, après quoi ils demandèrent la lecture des passages des Pères qu'on avait lus à Nicée, insérés dans la quatrième session, savoir, du panégyrique de saint Mélèce, de celui de sainte Euphémie, du traité de Jean de Thessalonique contre les païens, de la lettre de saint Siméon Stylite à l'empereur Justin, de celle de saint Nil à Olympiodore, et le quatre-vingt-deuxième canon du sixième concile œcuménique, ou plutôt du concile du Trulle. Tous les assistants en ayant entendu la lecture, parurent touchés et persuadés de la vérité. Les évêques firent plusieurs acclamations qui furent suivies de celles du peuple, car la salle en était remplie, de même que de gens de guerre. Ainsi finit le second concile de Nicée, septième œcuménique. Ce concile fit les vingt-deux canons suivants pour le rétablissement de la discipline de l'Église.

1. On confirme les anciens canons, et on en recommande l'observation ; savoir, ceux des apôtres, ceux des six conciles généraux, et enfin ceux des conciles particuliers. On veut de plus qu'on anathématise ceux qui sont anathématisés dans ces canons ; que l'on dépose ceux qui y sont déposés, et qu'on mette en pénitence ceux qu'ils ordonnent d'y être mis.

Ce canon n'est point reçu de l'Église romaine, puisqu'elle ne regarde comme authentiques que les cinquante premiers canons de ceux qu'on attribue aux apôtres ; qu'elle n'a point approuvé ceux du concile de Constantinople, ni le vingt-huitième du concile de Chalcédoine, non plus que ceux du concile Quinisexte.

2. On examinera si celui que l'on veut élever à l'épiscopat sait le psautier, s'il est résolu de s'appliquer à la lecture des canons et de l'Écriture sainte, d'y conformer sa vie, et les instructions qu'il doit donner au peuple.

3. On déclare nulles toutes les élections d'évêques, de prêtres ou de diacres faites par des princes ; et, à l'égard des évêques, on veut qu'ils soient élus et ordonnés par tous les évêques de la province, ou au moins par trois évêques, si la longueur du chemin, ou quelque autre nécessité, n'en permet pas davantage.

4. " Défense aux évêques d'exiger de l'or, de l'argent, ou quelque autre chose que ce soit, des évêques, ou des clercs, ou des moines soumis à leur juridiction ; d'interdire quelqu'un de ses fonctions, ou de le séparer par passion, ou de fermer une église, pour empêcher que l'office divin ne s'y fasse : le tout, sous peine d'être traités comme ils auront traité les autres. "

5. On veut qu'on mette au dernier rang les ecclésiastiques qui tiraient vanité des présents qu'ils avaient faits à l'église à l'occasion de leur ordination, et méprisaient ceux qui n'avaient rien donné : en cas de récidive, ils subiront une plus grande pénitence. Le même canon renouvelle les peines décernées si souvent contre les simoniaques.

6. On tiendra chaque année des conciles provinciaux, sous peine d'excommunication pour les princes qui voudront les empêcher, et de peines canoniques pour les métropolitains qui négligeront de s'y trouver.

7. On mettra des reliques dans toutes les églises où il n'y en a pas, et les évêques n'en consacreront aucune sans reliques des martyrs, sous peine de déposition.

8. " Défense d'admettre, soit à la communion, soit à la prière, soit à l'église, les juifs qui, après avoir été baptisés, exercent leur religion en secret. On défend aussi de baptiser leurs enfants et d'acheter leurs esclaves. Si toutefois quelqu'un d'eux se convertit sincèrement, on pourra le baptiser lui et ses enfants. "

Ce canon est contre certains Juifs qui faisaient semblant de se convertir, et de professer la religion chrétienne ; mais qui en secret judaïsaient, observant le sabbat et les autres cérémonies juives.

9. On ordonne de porter au palais épiscopal de Constantinople tous les livres des iconoclastes, pour y être gardés avec les autres livres des hérétiques ; et l'on défend à qui que ce soit de les cacher, sous peine de déposition si ce sont des évêques, des prêtres ou des diacres ; et sous peine d'excommunication, si c'est un moine ou un laïque.

10. " Défense de recevoir des clercs étrangers pour dire la messe dans les oratoires particuliers, sans la permission de leur propre évêque, ou du patriarche de Constantinople ; et, à l'égard de ceux qui ont permission de demeurer auprès des grands de cette ville, ils ne se chargeront d'aucune affaire temporelle, mais uniquement de l'instruction des enfants ou des domestiques, et du soin de leur lire l'Écriture sainte. "

11. " Chaque église aura son économe ; et si quelqu'une en manque, le métropolitain sera chargé d'en donner aux évêques, et le patriarche aux métropolitains. On observera la même chose dans les monastères. "

12. " Défense, sous peine de nullité, aux évêques et aux abbés, de vendre ou de donner aux princes, ou à d'autres personnes, les biens de leur église ou de leur monastère. "

Il était arrivé, pendant les troubles causés par les iconoclastes, que l'on avait converti en hôtelleries et à des usages profanes, les maisons épiscopales et les monastères. C'est la matière du treizième canon.

13. Il porte qu'on rétablira ces maisons et ces monastères dans leur premier état, sous peine d'excommunication ou de déposition contre les détenteurs.

14. " Aucun tonsuré ne lira dans l'église sur l'ambon ou le jubé, sans avoir reçu l'ordre de lecteur. Il en sera de même pour les moines : l'abbé pourra toutefois ordonner un lecteur dans son monastère par l'imposition des mains ; pourvu qu'il soit prêtre lui-même, et qu'il ait reçu de l'évêque l'imposition des mains, comme abbé. Les chorévêques pourront aussi ordonner les lecteurs, suivant l'ancienne coutume, par permission de l'évêque. "

On peut remarquer trois choses dans ce canon : la première, que les Grecs donnaient la tonsure séparément et sans aucun ordre que ce pût être ; la seconde, que l'ordination des lecteurs se faisait par l'imposition des mains seulement, et non pas en leur mettant le livre des Prophètes entre les mains ; la troisième, que les abbés avaient le pouvoir de faire des lecteurs pour leurs monastères, du moins avec la permission de l'évêque, et de conférer par conséquent les ordres moindres.

15. " Un clerc ne sera pas inscrit dans deux églises différentes, si ce n'est à la campagne, où l'on pourra lui permettre de servir deux églises pour la rareté des habitants. Quant à celui qui dessert une église de la ville, et qui ne reçoit pas suffisamment pour vivre, il doit choisir une profession qui lui aide à subsister, selon qu'il est dit de saint Paul, Act. XX, 34 : Vous savez que ces mains ont fourni à ce qui m'était nécessaire, et à ceux qui étaient avec moi. "

16. On défend à tous les clercs, sans exception, les habits magnifiques et les étoffes de soie bigarrées, et l'usage des huiles parfumées ; et, parce qu'il y en avait qui se moquaient de ceux qui s'habillaient modestement, le canon veut qu'on les punisse. Il remarque qu'autrefois toutes les personnes consacrées à Dieu s'habillaient simplement et modestement : tout habit que l'on ne prend pas pour la nécessité, mais pour la beauté, jette un soupçon d'orgueil et de vanité, selon que le dit saint Basile.

17. On défend d'entreprendre de faire bâtir des oratoires ou des chapelles, sans avoir des fonds suffisants pour les achever ; et l'on ordonne aux évêques d'empêcher ces sortes de bâtiments.

Ce canon regarde principalement les moines qui abandonnaient leurs monastères et en voulaient faire construire d'autres, afin d'avoir l'honneur du commandement et de la supériorité.

18. " Défense aux femmes, soit libres, soit esclaves, d'habiter dans les maisons épiscopales ou dans les monastères. "

19. On ne prendra rien pour les ordres ni pour la réception dans les monastères, sous peine de déposition pour les évêques, et les abbés qui sont prêtres ; et, à l'égard des abbés qui ne sont pas prêtres, et des abbesses, sous peine d'être chassés de leur monastère et mis dans un autre. On pourra néanmoins recevoir ce que les parents donnent pour dot, ou ce que le religieux apporte de ses propres biens, à la charge que ce qui sera donné demeurera au monastère, soit que celui qui y entre demeure, ou qu'il en sorte (a), si ce n'est que le supérieur soit cause de sa sortie.

(a) Cette disposition du second concile de Nicée paraît difficile à concilier avec le chapitre XVI du décret de réformation touchant les réguliers, de la vingt-cinquième session du concile de Trente : Præcipit sancta synodus... ut abeuntibus ante professionem omnia restituantur quæ sua erant. Le deuxième concile de Nicée n'a-t-il voulu parler que des religieux qui sortiraient après la profession, et qui en ce cas n'auraient aucun droit de réclamer ce qu'ils auraient donné au monastère, ou bien, la discipline de l'Église aurait-elle varié sur cet article ?

20. Il défend, à l'avenir, les monastères doubles d'hommes et de femmes ; mais il consent à laisser subsister ceux qui sont déjà fondés suivant la règle de saint Basile. Il défend encore à un moine de coucher dans un monastère de femmes, et de manger seul avec une religieuse.

21. " Les moines ne quitteront point leur monastère pour passer en d'autres, et n'y seront point reçus sans l'agrément de leur abbé. Il en sera de même des religieuses. "

22. Il veut qu'on bannisse des festins des chrétiens toutes sortes de chants et d'instruments de musique qui portent à la lubricité. Il défend aussi aux moines de manger seuls avec des femmes, si ce n'est que cela soit nécessaire pour le bien spirituel de ces femmes, ou qu'elles soient leurs parentes, ou qu'ils soient en voyage.

Le patriarche Taraise rendit compte, par une lettre au pape Adrien, de ce qui s'était passé au concile de Nicée ; et le pape Adrien l'approuva, et le confirma. Il en envoya aussi des exemplaires, traduits en latin, à Charlemagne et aux autres princes de l'Église latine. Les évêques des Gaules refusèrent de recevoir ce concile, pour plusieurs raisons : 1° parce que les évêques d'Occident n'y avaient point eu de part, qu'ils n'y avaient pas même été appelés, et qu'il ne s'y était trouvé d'occidentaux que les légats du pape ; 2° parce que ce concile n'avait point été assemblé de toutes les parties de l'Église, et que sa décision n'était point conforme à celle de l'Église universelle ; 3° parce que l'usage des Gaules était, il est vrai, d'avoir des images, mais non de leur rendre aucun culte, soit relatif, soit absolu ; 4° à cause du mot d'adoration, que le concile de Nicée avait employé, en parlant du culte qui est dû aux images.

Les évêques portèrent ces raisons, avec leurs plaintes, à Charlemagne, qui donna commission à quelques-uns d'entre eux de faire un recueil de ce que les saints Pères ont dit sur ce sujet. Cette compilation parut trois ans après le concile, c'est-à-dire en 790, divisée en quatre livres ; c'est ce qu'on appelle Livres Carolins. Deux ans après, Charlemagne l'envoya, en tout ou en partie, au pape Adrien, par Angilbert abbé de Centulle, en le priant de répondre aux difficultés que les évêques des Gaules opposaient au décret du concile. Le pape y répondit article par article, et fit voir que les Pères de Nicée ne s'étaient point écartés de l'ancienne tradition de l'Église romaine. Ses réponses ne firent point changer de sentiment aux Églises de France, et les évêques de ce royaume donnèrent un décret tout contraire à celui de Nicée sur le culte des images, dans le concile de Francfort, tenu l'an 794. Ce ne fut que dans les dernières années du neuvième siècle, ou au commencement du dixième, que l'Église Gallicane se réunit avec les Grecs et le reste des Latins sur le culte des images. Labb., t. VIII.