" C'est Dieu qui a fait les peuples et qui leur a partagé
la terre, et c'est aussi lui qui a fondé au milieu d'eux
une société universelle et indivisible ; c'est
lui qui a fait la France et qui a fondé l'Église.
De telle sorte que nous appartenons tous à deux cités,
que nous sommes soumis à deux puissances, et que nous avons
deux patries : la cité éternelle et la cité
terrestre, la puissance spirituelle et la puissance temporelle,
la patrie du sang et la patrie de la foi. Et ces deux patries,
quoique distinctes, ne sont pas ennemies l'une de l'autre ;
bien loin de là : elles fraternisent ; comme
l'âme et le corps sont unis ; et, de même que
l'âme aime le corps, bien que le corps se révolte
souvent contre elle, de même la patrie de l'éternité
aime la patrie du temps et prend soin de sa conservation, bien
que celle-ci ne réponde pas constamment à son amour.
Mais il peut arriver que la cité humaine se dévoue
à la cité divine, qu'un peuple s'honore d'une alliance
particulière avec l'Église : alors l'amour
de l'Église et l'amour de la patrie semblent n'avoir plus
qu'un même objet ; le premier élève et
sanctifie le second et il se forme de tous deux une sorte de patriotisme
surnaturel.
[...]
" Il y a longtemps, messieurs, que Dieu a disposé
des nations. Le jour même, ce jour éternel, où
il disait à son Fils : Tu es mon Fils, je t'ai engendré
aujourd'hui ; il ajoutait immédiatement : Demande-moi,
et Je te donnerai les nations pour ton héritage
(Psaume 2, 7 et 8). Ainsi le Fils de Dieu recevait en même
temps de son Père la substance divine, et le domaine des
choses créées, la filiation et l'hérédité,
selon cette autre parole, qui est de saint Paul : Dieu nous
a parlé par son Fils, qu'il a établi l'héritier
de tout (Hébreux 1, a). Et, pour le dire en passant ;
c'est dans ces profondeurs de la paternité et de l'hérédité
divines que se cache la source de la paternité et de l'hérédité
humaines : lois mystérieuses qui, venant de si haut,
sont plus fortes que nous et le fondement même de l'ordre
humain.
Les nations étant de toute éternité le patrimoine
du Fils de Dieu, qu'en fera-t-il ? De même qu'un bon
maître cultive et féconde sa terre avant de rien
lui demander, le Fils de Dieu fait homme et venu dans le monde
pour visiter les nations, son patrimoine, leur a donné
avant de rien leur demander. Et voici les dons qu'il leurs faits,
en tant que nations :
Premièrement, le don du pouvoir temporel, en retenant pour
lui le pouvoir spirituel [...]. Il a permis aux nations de se
donner des chefs, de se régir chacun par ses lois et ses
magistrats, et de même que, selon l'expression de l'Écriture,
Dieu avait traité l'homme avec respect (Sagesse 12, 18),
en lui donnant la liberté morale, Il a traité les
nations avec respect en leur donnant par son Fils la liberté
politique. [...] Mais souvenez-vous qu'il est une limite à
votre autorité, et qu'en vous communiquant le pouvoir temporel,
J'ai retenu pour moi le pouvoir spirituel, non pour vous l'interdire,
puisque J'ai choisi mes ministres parmi vous, mais de peur que
vous n'abusiez de cette double puissance, si J'avais couvert la
même tête de la majesté du temps et de celle
de l'éternité.
Le second bienfait dispensé par le Fils de Dieu à
son héritage, lorsqu'il est venu le visiter, a été
une modification dans la nature même du pouvoir, ou plutôt
le rappel de ce pouvoir à sa primitive constitution.
[...]
À dater de ce moment, le pouvoir a perdu le caractère
de domination pour s'élever à l'état de service
public, et le dépositaire de la plus haute royauté
qui soit dans le monde, la royauté spirituelle, s'est appelé
volontairement le serviteur des serviteurs de Dieu.
Jésus-Christ avait réglé et adouci la souveraineté.
Il voulut régler et adoucir les rapports des citoyens entre
eux, et des nations avec les nations. Il déclara que les
hommes étaient des frères, et les nations des soeurs,
qu'il n'y avait plus de gentil ni de juif, de circoncis ni d'incirconcis,
de barbare ni de Scythe, d'esclave ni d'homme libre (Colossiens
3, II).
À côté du bénéfice se placent
ordinairement les charges. Jésus-Christ avait servi les
nations, Il avait droit de leur demander service à son
tour. Ce service, c'était d'accepter la loi de Dieu proposée
à leur libre arbitre, de l'aimer, de la conserver, de la
défendre, de la propager, d'en faire le fond de leurs moeurs
et de leurs institutions, d'user même de leurs armes, non
pour l'imposer, mais pour la préserver et la tirer de l'oppression,
en assurant à tous les hommes le droit de la connaître
et de s'y conformer librement. La vocation d'un peuple n'était
plus d'étendre ses frontières, au préjudice
de ses voisins; ç'avait été la gloire des
peuples païens, du peuple romain, le plus grand de tous :
mais qu'était-ce que cette gloire ? Des larmes et
du sang. Cela était bon pour les races que le christianisme
n'avait point encore touchées de son doigt. La vocation
des races chrétiennes, c'était de répandre
la vérité, d'éclairer les nations moins avancées
vers Dieu, de leur porter, au prix du travail et au hasard de
la mort, les biens éternels, la foi, la justice, la civilisation.
[...]
Chose triste à dire ! Les nations n'acceptèrent
pas plus les charges que les bénéfices du contrat
qui leur avait été proposé.
[...]
Dieu voyant les peuples s'éloigner de lui, en choisit un ;
Il le forma lui-même, annonçant au premier de ses
ancêtres, le grand Abraham, que toutes les nations seraient
bénies en lui, afin que sa postérité ne se
crût pas seule aimée et seule appelée. Mais
ce peuple, que Dieu avait pétri, qu'Il avait tiré
de l'esclavage, auquel Il avait donné des lois, préparé
un territoire, dont Il avait dessiné le temple et consacré
les prêtres, ce peuple fut infidèle à sa vocation ;
après avoir de siècle en siècle lapidé
les prophètes du Seigneur, quand le Seigneur vint lui-même,
quand la Vérité vivante apparut sur la terre, Il
se leva comme Caïn, et mit entre Dieu et lui l'abîme
du sang, abdiquant par ce crime l'honneur suprême d'avoir
été la première des nations vouée
en tant que nation, à la défense, à la conservation
et à la propagation de la Vérité.
Cependant le christianisme se répand dans le monde, il
envahit l'empire romain; trois siècles de persécutions
ne font qu'accroître sa force : il porte Constantin
sur le trône, et Constantin l'associe à la majesté
souveraine qu'il a reçue de lui. Toutefois, près
de deux cents ans après Constantin, il n'y avait pas encore
au monde de nation chrétienne. [...] Les peuplades barbares,
qui serraient de près l'empire romain avec une convoitise
toujours croissante, étaient adonnées à l'idolâtrie
ou subjuguées par l'arianisme, qui avait trouvé
le secret de pénétrer jusqu'à elles. Alors,
écoutez ce que Dieu fit. Non loin des bords du Rhin, un
chef barbare livrait bataille à d'autres barbares :
ses troupes plient ; il se souvient dans le péril
que sa femme adore un Dieu dont elle lui a vanté la puissance.
Il invoque ce Dieu, et, la victoire ayant suivi sa prière,
il court se prosterner devant le ministre du Dieu de Clotilde :
" Doux Sicambre, lui dit saint Rémi, adore ce
que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré. "
Ce Dieu, messieurs, c'était le Christ ; ce roi, cette
reine, cet évêque, cette victoire, c'était
la nation franque, et la nation franque était la première
nation catholique donnée par Dieu à son Église.
Ce n'est pas moi qui décerne cette louange magnifique à
ma patrie ; c'est la papauté, à qui il a plu,
par justice, d'appeler nos rois les fils aînés de
l'Église. De même que Dieu a dit à son Fils
de toute éternité : Tu es mon premier-né,
la papauté a dit à la France : Tu es ma fille
aînée. Elle a fait plus, s'il est possible ;
afin d'exprimer plus énergiquement ce qu'elle pensait de
nous, elle a créé un barbarisme sublime : elle
a nommé la France le Royaume christianissime - Christianissimum
regnum. Ainsi, primogéniture dans la foi, excellence
dans la foi, tels sont nos titres, telle est notre vocation.
Y avons-nous répondu ? Car il ne suffit pas d'être
appelé, il faut répondre à sa vocation. Avons-nous
répondu à la nôtre ? C'est demander ce
que notre patrie a fait pour Jésus-Christ et son Église.
L'Église a couru trois périls suprêmes :
l'arianisme, le mahométanisme, le protestantisme ;
Arius, Mahomet, Luther, les trois grands hommes de l'erreur, si
toutefois un homme peut-être appelé grand quand il
se trompe contre Dieu.
L'arianisme mit en question le fond même du christianisme.
Si, en effet, l'arianisme dit vrai, Jésus-Christ, n'est
plus qu'un grand homme qui a eu des idées, et qui est mort
pour ses idées. Or cela s'est vu, et pour l'honneur de
l'humanité cela se verra encore ; c'est l'histoire
de Socrate. Mais, mourir quand on est Dieu, quand on ne peut pas
mourir, quand on a la toute-puissance pour faire régner
ses idées ; mourir afin de susciter l'amour dans les
coeurs, voilà ce que les hommes ne font pas, ce qu'a fait
Jésus-Christ, et ce qui constitue le mystère du
christianisme, mystère né de l'amour pour produire
l'amour. Arius fut soutenu dans son hérésie par
le rationalisme et l'esprit de cour : [...] ce fut alors
que notre aïeul Clovis reçut le baptême des
mains de saint Rémi, et que, chassant devant lui les peuplades
ariennes, il assura en Occident le triomphe de la vraie foi.
L'arianisme penchant vers son déclin, Mahomet parut ;
Mahomet releva l'idée d'Arius à la pointe du cimeterre.
Il voulut bien reconnaître que Jésus-Christ était
un grand prophète ; mais, comme son prédécesseur,
il en nia la divinité. Il lui sembla qu'Arius n'avait pas
assez donné à la corruption, il lui donna davantage ;
et ce moyen ne devant pas suffire à la conversion de l'univers,
il déchaîna les armes. Bientôt le mahométisme
attaquait par tous les points à la fois la chrétienté.
Qui l'arrêta dans les champs de Poitiers ? Encore un
de vos aïeux, Charles-Martel. Et plus tard, le péril
ne faisant que s'accroître avec les siècles, qui
songea à réunir l'Europe autour de la croix, pour
la précipiter sur cet indomptable ennemi ? Qui eut
le premier l'idée des croisades ? Un pape français,
Sylvestre II. Où furent-elles d'abord imaginées ?
Dans un concile national, à Clermont ; dans une assemblée
nationale, à Vézelay. Vous savez le reste, ces deux
siècles de chevalerie, où nous eûmes la plus
grande part dans le sang et dans la gloire, et que couronne glorieusement
saint Louis mourant sur la côte africaine.
Après ces deux honteuses défaites, le Démon
comprit qu'il n'atteindrait jamais son but en s'attaquant directement
à Jésus-Christ. Car Jésus-Christ et l'Évangile,
c'est la même chose, et l'Évangile va trop droit
au coeur des hommes pour espérer de l'y détrôner.
Mais l'Église, ce n'est plus Jésus-Christ qu'indirectement ;
elle est composée d'hommes sujets aux faiblesses et aux
passions de l'humanité : on pouvait peut-être,
dans ce côté humain ruiner l'oeuvre divine. Luther
vint au monde ; à sa voix, l'Allemagne et l'Angleterre
se séparèrent de l'Église, et si une grande
nation de plus, si la France eût suivi leur terrible invitation,
qui peut dire, le miracle à part, ce que fût devenue
la chrétienté ? La France n'eut pas seulement
la gloire de se tenir ferme dans la foi ; elle eut à
combattre dans son propre sein l'expansion de l'erreur représentée
par Calvin, et la révolte d'une partie de la noblesse,
un moment appuyée de la royauté. L'élan national
la sauva ; on la vit, confédérée dans
une sainte ligue, mettre sa foi plus haut que tout, plus haut
même que la fidélité à ses souverains,
et ne consentir à en reconnaître l'héritier
légitime qu'après que lui-même eut prêté
serment au Dieu de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis.
Tel fut le rôle de la France dans 1es grands périls
de la chrétienté ; ainsi acquitta-t-elle sa
dette de fille aînée de l'Église. Encore n'ai-je
pas tout dit. Au moment où la papauté, à
peine délivrée des mains tortueuses du Bas-Empire,
était menacée de subir le joug d'une puissance barbare,
ce fut la France qui assura sa liberté et sa dignité,
par ses armes d'abord, ensuite et d'une manière définitive,
par une dotation territoriale à laquelle était annexée
la souveraineté. Le chef de l'Église, grâce
à Charlemagne, cessa de dépendre d'une autorité
qui, moins que jamais, par la formation des peuples modernes,
gardait un caractère d'universalité, et il put étendre
sur les nations, dont il était le père commun, un
sceptre pacifique, où tous eussent la joie de ne plus lire
que le nom de Dieu. Ce grand ouvrage fut le nôtre, car nos
pères, n'est-ce pas nous ? Leur sang n'est-il pas
notre sang, leur gloire notre gloire ? Ne vivons-nous pas
en eux, et ne revivent-ils pas en nous ? N'ont-ils pas voulu
que nous fussions ce qu'ils étaient, une génération
de chevaliers pour la défense de l'Église ?
Nous pouvons donc le dire, confondant par un orgueil légitime
les fils avec les pères, nous avons accepté le contrat
proposé par Dieu au libre arbitre des nations : nous
avons connu, aimé, servi la vérité. Nous
avons combattu pour elle les combats du sang et de l'esprit. Nous
avons vaincu Arius, Mahomet, Luther, et fondé temporellement
la papauté. L'arianisme défait, le mahométisme
défait, le protestantisme défait, un trône
assuré au pontificat, voilà les quatre couronnes
de la France, couronnes qui ne se flétriront pas dans l'éternité,
[...] pourquoi les peuples serviteurs de Dieu ne conserveraient-ils
pas à jamais le signe de leurs services et de leurs vertus ?
Les liens de famille ne sont pas brisés dans le ciel ;
Jésus-Christ, en élevant sa mère au-dessus
des saints et des anges, nous a fait voir que la pitié
filiale est une vertu de l'éternité. Pourquoi les
liens des nations seraient-ils rompus ? Pourquoi ne reconnaîtrions-nous
pas nos chevaliers, nos rois, nos prêtres, nos pontifes,
à un caractère qui rappelât leurs travaux
communs pour le Seigneur et pour son Christ ? Oui, j'aime
à le croire, sur la robe nuptiale, lavée dans le
sang de l'Agneau, brilleront, ineffaçables et merveilleusement
tissues, les quatre couronnes de la France.
Je suis long peut-être, messieurs, mais c'est votre faute,
c'est votre histoire que je raconte ; vous me pardonnerez,
si je vous ai fait boire jusqu'à la lie ce calice de gloire.
Comme tous les peuples, la France avait été appelée ;
la France, nous l'avons vu, la première entre toutes les
nations et au-dessus de toutes les autres, répondit à
sa vocation. Mais il ne suffit pas de répondre à
sa vocation, il faut persévérer. La France a-t-elle
persévéré ? À cette question,
messieurs, j'ai à faire une triste, une cruelle réponse ;
je la ferai. Je dirai le mal, comme j'ai dit le bien ; je
blâmerai, comme j'ai loué, toujours avec énergie.
En suscitant Luther, en inventant le protestantisme, l'esprit
de ténèbres savait ce qu'il faisait ; il avait
bien prévu que les peuples longtemps nourris de la doctrine
divine seraient bientôt rassasiés de cette doctrine
humaine. Il avait calculé qu'après avoir pris le
mensonge pour la vérité, les hommes seraient amenés
par le dégoût du mensonge au dégoût
de la vérité même ; et que des abîmes
de l'hérésie ils tomberaient dans les abîmes
de l'incrédulité. Le protestantisme, d'ailleurs,
n'était pas une hérésie ordinaire ;
il ne niait pas seulement un dogme particulier, mais l'autorité
même, qui est le soutien du dogme, et sans laquelle il n'est
plus qu'un produit de la raison. La raison, exaltée, devait
tôt ou tard s'affranchir des derniers langes de la foi,
et le protestantisme tomber dans le rationalisme. Ce fut ce qui
arriva, et ce qui arriva par l'Angleterre, la grande nation protestante.
[...] Nous ne pouvons cacher des fautes que tout l'univers a connues ;
et, résolus de ne pas taire les nôtres, il nous est
permis de rappeler de qui nous en reçûmes l'exemple.
[...]
Jusque-là, quand on attaquait la religion, on l'attaquait
comme une chose sérieuse ; le XVIIIe siècle
l'attaqua par le rire.
Que fera Dieu ? [...] Ici, messieurs, je commence à
entrer dans les choses contemporaines ; il ne s'agit plus
du passé, mais de ce que nos yeux ont vu. Plaise à
la Sagesse, d'où découle la nôtre, que je
ne dise rien qui ne soit digne d'être entendu par une assemblée
d'hommes qui estiment la Vérité !
La France avait trahi son histoire et sa mission ; Dieu pouvait
la laisser périr, comme tant d'autres peuples déchus,
par leur faute, de leur prédestination. Il ne le voulut
point; il résolut de la sauver, par une expiation aussi
magnifique que son crime avait été grand. La royauté
avait été avilie : Dieu lui rendit la majesté,
Il la releva sur l'échafaud. La noblesse était avilie :
Dieu lui rendit sa dignité, Il la releva dans l'exil. Le
clergé était avili : Dieu lui rendit le respect
et l'admiration des peuples, le releva dans la spoliation, la
misère et la mort. La fortune militaire de la France était
avilie : Dieu lui rendit la gloire, Il la releva sur les
champs de bataille. La papauté avait été
abaissée aux yeux des peuples : Dieu lui rendit sa
divine auréole, Il la releva par la France. Un jour, les
portes de cette basilique s'ouvrirent, un soldat parut sur le
seuil, entouré de généraux et suivi de vingt
victoires. Où va-t-il ? Il entre, il traverse lentement
cette nef, il monte devant le sanctuaire ; le voilà
devant l'autel. Qu'y vient-il faire, lui, l'enfant d'une génération
qui a ri du Christ ? il vient se prosterner devant le vicaire
du Christ, et lui demander de bénir ses mains afin que
le sceptre n'y soit pas trop pesant à côté
de l'épée ; il vient courber sa tête
militaire devant le vieillard du Vatican, et confesser à
tous que la gloire ne suffit pas, sans la religion, pour sacrer
un empereur. Il avait compris, malgré les apparences contraires,
que le souffle divin ne s'était point retiré de
la France, et c'est là vraiment le génie, de ne
pas s'arrêter à la superficie des choses, mais d'aller
au fond en surprendre la réalité cachée.
[...]
Ainsi Dieu sauva-t-Il la France. [...] Un peuple traité
de la sorte est-il un peuple abandonné ? Le signe
de la résurrection n'est-il pas visiblement sur nous ?
Comptez, s'il vous est possible, les oeuvres saintes qui, depuis
quarante ans, élèvent dans la patrie leur tige florissante.
Nos missionnaires sont partout, aux échelles du Levant,
en Arménie, en Perse, aux Indes, en Chine, sur les côtes
d'Afrique, dans les îles de l'Océanie ; partout
leur voix et leur sang parlent à Dieu du pays qui les verse
sur le monde. Notre or court aussi dans tout l'univers, au service
de Dieu; c'est nous qui avons fondé l'Association pour
la propagation de la foi, ce trésor de l'apostolat tiré
sou par sou de la poche du pauvre, et qui porte chaque année
des ressources royales aux missions les plus lointaines de la
Vérité. Les frères des écoles chrétiennes,
revêtus de leur humble habit, traversent incessamment les
rues de nos villes, et, au lieu des outrages qu'ils y recevaient
trop souvent, ils n'y rencontrent plus que les regards bienveillants
de l'ouvrier, le respect des chrétiens, et l'estime de
tous. Apôtres obscurs du peuple de France, ils y créent
sans bruit, en mêlant Dieu à l'enseignement élémentaire,
une génération qui reconnaît dans le prêtre
un ami, et dans l'Évangile le livre des petits, la loi
de l'ordre, de la paix, de l'honneur et de la fraternité
universelle. [...] Chaque ville, sous le nom de conférence
de Saint-Vincent-de-Paul, possède une fraction de cette
jeune milice, qui a placé sa chasteté sous la garde
de sa charité, la plus belle des vertus sous la plus belle
des gardes. Quelles bénédictions n'attirera pas
sur la France cette chevalerie de la jeunesse, de la pureté
et de la fraternité en faveur du pauvre ! Avec la
même ardeur que nos pères autrefois combattaient
les infidèles en Terre sainte, ils combattent aujourd'hui
l'incroyance, la débauche et la misère, sur cette
autre terre sainte de la patrie."
[...]