Lacordaire

Discours sur la vocation de la nation française,

prononcé le 14 février 1841 pour l'inauguration de l'ordre des frères prêcheurs en France.

" C'est Dieu qui a fait les peuples et qui leur a partagé la terre, et c'est aussi lui qui a fondé au milieu d'eux une société universelle et indivisible ; c'est lui qui a fait la France et qui a fondé l'Église. De telle sorte que nous appartenons tous à deux cités, que nous sommes soumis à deux puissances, et que nous avons deux patries : la cité éternelle et la cité terrestre, la puissance spirituelle et la puissance temporelle, la patrie du sang et la patrie de la foi. Et ces deux patries, quoique distinctes, ne sont pas ennemies l'une de l'autre ; bien loin de là : elles fraternisent ; comme l'âme et le corps sont unis ; et, de même que l'âme aime le corps, bien que le corps se révolte souvent contre elle, de même la patrie de l'éternité aime la patrie du temps et prend soin de sa conservation, bien que celle-ci ne réponde pas constamment à son amour. Mais il peut arriver que la cité humaine se dévoue à la cité divine, qu'un peuple s'honore d'une alliance particulière avec l'Église : alors l'amour de l'Église et l'amour de la patrie semblent n'avoir plus qu'un même objet ; le premier élève et sanctifie le second et il se forme de tous deux une sorte de patriotisme surnaturel.

[...]

"  Il y a longtemps, messieurs, que Dieu a disposé des nations. Le jour même, ce jour éternel, où il disait à son Fils : Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui ; il ajoutait immédiatement : Demande-moi, et Je te donnerai les nations pour ton héritage (Psaume 2, 7 et 8). Ainsi le Fils de Dieu recevait en même temps de son Père la substance divine, et le domaine des choses créées, la filiation et l'hérédité, selon cette autre parole, qui est de saint Paul : Dieu nous a parlé par son Fils, qu'il a établi l'héritier de tout (Hébreux 1, a). Et, pour le dire en passant ; c'est dans ces profondeurs de la paternité et de l'hérédité divines que se cache la source de la paternité et de l'hérédité humaines : lois mystérieuses qui, venant de si haut, sont plus fortes que nous et le fondement même de l'ordre humain.

Les nations étant de toute éternité le patrimoine du Fils de Dieu, qu'en fera-t-il ? De même qu'un bon maître cultive et féconde sa terre avant de rien lui demander, le Fils de Dieu fait homme et venu dans le monde pour visiter les nations, son patrimoine, leur a donné avant de rien leur demander. Et voici les dons qu'il leurs faits, en tant que nations :

Premièrement, le don du pouvoir temporel, en retenant pour lui le pouvoir spirituel [...]. Il a permis aux nations de se donner des chefs, de se régir chacun par ses lois et ses magistrats, et de même que, selon l'expression de l'Écriture, Dieu avait traité l'homme avec respect (Sagesse 12, 18), en lui donnant la liberté morale, Il a traité les nations avec respect en leur donnant par son Fils la liberté politique. [...] Mais souvenez-vous qu'il est une limite à votre autorité, et qu'en vous communiquant le pouvoir temporel, J'ai retenu pour moi le pouvoir spirituel, non pour vous l'interdire, puisque J'ai choisi mes ministres parmi vous, mais de peur que vous n'abusiez de cette double puissance, si J'avais couvert la même tête de la majesté du temps et de celle de l'éternité.

Le second bienfait dispensé par le Fils de Dieu à son héritage, lorsqu'il est venu le visiter, a été une modification dans la nature même du pouvoir, ou plutôt le rappel de ce pouvoir à sa primitive constitution.

[...]

À dater de ce moment, le pouvoir a perdu le caractère de domination pour s'élever à l'état de service public, et le dépositaire de la plus haute royauté qui soit dans le monde, la royauté spirituelle, s'est appelé volontairement le serviteur des serviteurs de Dieu.

Jésus-Christ avait réglé et adouci la souveraineté. Il voulut régler et adoucir les rapports des citoyens entre eux, et des nations avec les nations. Il déclara que les hommes étaient des frères, et les nations des soeurs, qu'il n'y avait plus de gentil ni de juif, de circoncis ni d'incirconcis, de barbare ni de Scythe, d'esclave ni d'homme libre (Colossiens 3, II).

À côté du bénéfice se placent ordinairement les charges. Jésus-Christ avait servi les nations, Il avait droit de leur demander service à son tour. Ce service, c'était d'accepter la loi de Dieu proposée à leur libre arbitre, de l'aimer, de la conserver, de la défendre, de la propager, d'en faire le fond de leurs moeurs et de leurs institutions, d'user même de leurs armes, non pour l'imposer, mais pour la préserver et la tirer de l'oppression, en assurant à tous les hommes le droit de la connaître et de s'y conformer librement. La vocation d'un peuple n'était plus d'étendre ses frontières, au préjudice de ses voisins; ç'avait été la gloire des peuples païens, du peuple romain, le plus grand de tous : mais qu'était-ce que cette gloire ? Des larmes et du sang. Cela était bon pour les races que le christianisme n'avait point encore touchées de son doigt. La vocation des races chrétiennes, c'était de répandre la vérité, d'éclairer les nations moins avancées vers Dieu, de leur porter, au prix du travail et au hasard de la mort, les biens éternels, la foi, la justice, la civilisation.

[...]

Chose triste à dire ! Les nations n'acceptèrent pas plus les charges que les bénéfices du contrat qui leur avait été proposé.

[...]

Dieu voyant les peuples s'éloigner de lui, en choisit un ; Il le forma lui-même, annonçant au premier de ses ancêtres, le grand Abraham, que toutes les nations seraient bénies en lui, afin que sa postérité ne se crût pas seule aimée et seule appelée. Mais ce peuple, que Dieu avait pétri, qu'Il avait tiré de l'esclavage, auquel Il avait donné des lois, préparé un territoire, dont Il avait dessiné le temple et consacré les prêtres, ce peuple fut infidèle à sa vocation ; après avoir de siècle en siècle lapidé les prophètes du Seigneur, quand le Seigneur vint lui-même, quand la Vérité vivante apparut sur la terre, Il se leva comme Caïn, et mit entre Dieu et lui l'abîme du sang, abdiquant par ce crime l'honneur suprême d'avoir été la première des nations vouée en tant que nation, à la défense, à la conservation et à la propagation de la Vérité.

Cependant le christianisme se répand dans le monde, il envahit l'empire romain; trois siècles de persécutions ne font qu'accroître sa force : il porte Constantin sur le trône, et Constantin l'associe à la majesté souveraine qu'il a reçue de lui. Toutefois, près de deux cents ans après Constantin, il n'y avait pas encore au monde de nation chrétienne. [...] Les peuplades barbares, qui serraient de près l'empire romain avec une convoitise toujours croissante, étaient adonnées à l'idolâtrie ou subjuguées par l'arianisme, qui avait trouvé le secret de pénétrer jusqu'à elles. Alors, écoutez ce que Dieu fit. Non loin des bords du Rhin, un chef barbare livrait bataille à d'autres barbares : ses troupes plient ; il se souvient dans le péril que sa femme adore un Dieu dont elle lui a vanté la puissance. Il invoque ce Dieu, et, la victoire ayant suivi sa prière, il court se prosterner devant le ministre du Dieu de Clotilde : " Doux Sicambre, lui dit saint Rémi, adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré. " Ce Dieu, messieurs, c'était le Christ ; ce roi, cette reine, cet évêque, cette victoire, c'était la nation franque, et la nation franque était la première nation catholique donnée par Dieu à son Église. Ce n'est pas moi qui décerne cette louange magnifique à ma patrie ; c'est la papauté, à qui il a plu, par justice, d'appeler nos rois les fils aînés de l'Église. De même que Dieu a dit à son Fils de toute éternité : Tu es mon premier-né, la papauté a dit à la France : Tu es ma fille aînée. Elle a fait plus, s'il est possible ; afin d'exprimer plus énergiquement ce qu'elle pensait de nous, elle a créé un barbarisme sublime : elle a nommé la France le Royaume christianissime - Christianissimum regnum. Ainsi, primogéniture dans la foi, excellence dans la foi, tels sont nos titres, telle est notre vocation.

Y avons-nous répondu ? Car il ne suffit pas d'être appelé, il faut répondre à sa vocation. Avons-nous répondu à la nôtre ? C'est demander ce que notre patrie a fait pour Jésus-Christ et son Église.

L'Église a couru trois périls suprêmes : l'arianisme, le mahométanisme, le protestantisme ; Arius, Mahomet, Luther, les trois grands hommes de l'erreur, si toutefois un homme peut-être appelé grand quand il se trompe contre Dieu.

L'arianisme mit en question le fond même du christianisme. Si, en effet, l'arianisme dit vrai, Jésus-Christ, n'est plus qu'un grand homme qui a eu des idées, et qui est mort pour ses idées. Or cela s'est vu, et pour l'honneur de l'humanité cela se verra encore ; c'est l'histoire de Socrate. Mais, mourir quand on est Dieu, quand on ne peut pas mourir, quand on a la toute-puissance pour faire régner ses idées ; mourir afin de susciter l'amour dans les coeurs, voilà ce que les hommes ne font pas, ce qu'a fait Jésus-Christ, et ce qui constitue le mystère du christianisme, mystère né de l'amour pour produire l'amour. Arius fut soutenu dans son hérésie par le rationalisme et l'esprit de cour : [...] ce fut alors que notre aïeul Clovis reçut le baptême des mains de saint Rémi, et que, chassant devant lui les peuplades ariennes, il assura en Occident le triomphe de la vraie foi.

L'arianisme penchant vers son déclin, Mahomet parut ; Mahomet releva l'idée d'Arius à la pointe du cimeterre. Il voulut bien reconnaître que Jésus-Christ était un grand prophète ; mais, comme son prédécesseur, il en nia la divinité. Il lui sembla qu'Arius n'avait pas assez donné à la corruption, il lui donna davantage ; et ce moyen ne devant pas suffire à la conversion de l'univers, il déchaîna les armes. Bientôt le mahométisme attaquait par tous les points à la fois la chrétienté. Qui l'arrêta dans les champs de Poitiers ? Encore un de vos aïeux, Charles-Martel. Et plus tard, le péril ne faisant que s'accroître avec les siècles, qui songea à réunir l'Europe autour de la croix, pour la précipiter sur cet indomptable ennemi ? Qui eut le premier l'idée des croisades ? Un pape français, Sylvestre II. Où furent-elles d'abord imaginées ? Dans un concile national, à Clermont ; dans une assemblée nationale, à Vézelay. Vous savez le reste, ces deux siècles de chevalerie, où nous eûmes la plus grande part dans le sang et dans la gloire, et que couronne glorieusement saint Louis mourant sur la côte africaine.

Après ces deux honteuses défaites, le Démon comprit qu'il n'atteindrait jamais son but en s'attaquant directement à Jésus-Christ. Car Jésus-Christ et l'Évangile, c'est la même chose, et l'Évangile va trop droit au coeur des hommes pour espérer de l'y détrôner. Mais l'Église, ce n'est plus Jésus-Christ qu'indirectement ; elle est composée d'hommes sujets aux faiblesses et aux passions de l'humanité : on pouvait peut-être, dans ce côté humain ruiner l'oeuvre divine. Luther vint au monde ; à sa voix, l'Allemagne et l'Angleterre se séparèrent de l'Église, et si une grande nation de plus, si la France eût suivi leur terrible invitation, qui peut dire, le miracle à part, ce que fût devenue la chrétienté ? La France n'eut pas seulement la gloire de se tenir ferme dans la foi ; elle eut à combattre dans son propre sein l'expansion de l'erreur représentée par Calvin, et la révolte d'une partie de la noblesse, un moment appuyée de la royauté. L'élan national la sauva ; on la vit, confédérée dans une sainte ligue, mettre sa foi plus haut que tout, plus haut même que la fidélité à ses souverains, et ne consentir à en reconnaître l'héritier légitime qu'après que lui-même eut prêté serment au Dieu de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis.

Tel fut le rôle de la France dans 1es grands périls de la chrétienté ; ainsi acquitta-t-elle sa dette de fille aînée de l'Église. Encore n'ai-je pas tout dit. Au moment où la papauté, à peine délivrée des mains tortueuses du Bas-Empire, était menacée de subir le joug d'une puissance barbare, ce fut la France qui assura sa liberté et sa dignité, par ses armes d'abord, ensuite et d'une manière définitive, par une dotation territoriale à laquelle était annexée la souveraineté. Le chef de l'Église, grâce à Charlemagne, cessa de dépendre d'une autorité qui, moins que jamais, par la formation des peuples modernes, gardait un caractère d'universalité, et il put étendre sur les nations, dont il était le père commun, un sceptre pacifique, où tous eussent la joie de ne plus lire que le nom de Dieu. Ce grand ouvrage fut le nôtre, car nos pères, n'est-ce pas nous ? Leur sang n'est-il pas notre sang, leur gloire notre gloire ? Ne vivons-nous pas en eux, et ne revivent-ils pas en nous ? N'ont-ils pas voulu que nous fussions ce qu'ils étaient, une génération de chevaliers pour la défense de l'Église ? Nous pouvons donc le dire, confondant par un orgueil légitime les fils avec les pères, nous avons accepté le contrat proposé par Dieu au libre arbitre des nations : nous avons connu, aimé, servi la vérité. Nous avons combattu pour elle les combats du sang et de l'esprit. Nous avons vaincu Arius, Mahomet, Luther, et fondé temporellement la papauté. L'arianisme défait, le mahométisme défait, le protestantisme défait, un trône assuré au pontificat, voilà les quatre couronnes de la France, couronnes qui ne se flétriront pas dans l'éternité, [...] pourquoi les peuples serviteurs de Dieu ne conserveraient-ils pas à jamais le signe de leurs services et de leurs vertus ? Les liens de famille ne sont pas brisés dans le ciel ; Jésus-Christ, en élevant sa mère au-dessus des saints et des anges, nous a fait voir que la pitié filiale est une vertu de l'éternité. Pourquoi les liens des nations seraient-ils rompus ? Pourquoi ne reconnaîtrions-nous pas nos chevaliers, nos rois, nos prêtres, nos pontifes, à un caractère qui rappelât leurs travaux communs pour le Seigneur et pour son Christ ? Oui, j'aime à le croire, sur la robe nuptiale, lavée dans le sang de l'Agneau, brilleront, ineffaçables et merveilleusement tissues, les quatre couronnes de la France.

Je suis long peut-être, messieurs, mais c'est votre faute, c'est votre histoire que je raconte ; vous me pardonnerez, si je vous ai fait boire jusqu'à la lie ce calice de gloire.

Comme tous les peuples, la France avait été appelée ; la France, nous l'avons vu, la première entre toutes les nations et au-dessus de toutes les autres, répondit à sa vocation. Mais il ne suffit pas de répondre à sa vocation, il faut persévérer. La France a-t-elle persévéré ? À cette question, messieurs, j'ai à faire une triste, une cruelle réponse ; je la ferai. Je dirai le mal, comme j'ai dit le bien ; je blâmerai, comme j'ai loué, toujours avec énergie.

En suscitant Luther, en inventant le protestantisme, l'esprit de ténèbres savait ce qu'il faisait ; il avait bien prévu que les peuples longtemps nourris de la doctrine divine seraient bientôt rassasiés de cette doctrine humaine. Il avait calculé qu'après avoir pris le mensonge pour la vérité, les hommes seraient amenés par le dégoût du mensonge au dégoût de la vérité même ; et que des abîmes de l'hérésie ils tomberaient dans les abîmes de l'incrédulité. Le protestantisme, d'ailleurs, n'était pas une hérésie ordinaire ; il ne niait pas seulement un dogme particulier, mais l'autorité même, qui est le soutien du dogme, et sans laquelle il n'est plus qu'un produit de la raison. La raison, exaltée, devait tôt ou tard s'affranchir des derniers langes de la foi, et le protestantisme tomber dans le rationalisme. Ce fut ce qui arriva, et ce qui arriva par l'Angleterre, la grande nation protestante. [...] Nous ne pouvons cacher des fautes que tout l'univers a connues ; et, résolus de ne pas taire les nôtres, il nous est permis de rappeler de qui nous en reçûmes l'exemple.

[...]

Jusque-là, quand on attaquait la religion, on l'attaquait comme une chose sérieuse ; le XVIIIe siècle l'attaqua par le rire.

Que fera Dieu ? [...] Ici, messieurs, je commence à entrer dans les choses contemporaines ; il ne s'agit plus du passé, mais de ce que nos yeux ont vu. Plaise à la Sagesse, d'où découle la nôtre, que je ne dise rien qui ne soit digne d'être entendu par une assemblée d'hommes qui estiment la Vérité !

La France avait trahi son histoire et sa mission ; Dieu pouvait la laisser périr, comme tant d'autres peuples déchus, par leur faute, de leur prédestination. Il ne le voulut point; il résolut de la sauver, par une expiation aussi magnifique que son crime avait été grand. La royauté avait été avilie : Dieu lui rendit la majesté, Il la releva sur l'échafaud. La noblesse était avilie : Dieu lui rendit sa dignité, Il la releva dans l'exil. Le clergé était avili : Dieu lui rendit le respect et l'admiration des peuples, le releva dans la spoliation, la misère et la mort. La fortune militaire de la France était avilie : Dieu lui rendit la gloire, Il la releva sur les champs de bataille. La papauté avait été abaissée aux yeux des peuples : Dieu lui rendit sa divine auréole, Il la releva par la France. Un jour, les portes de cette basilique s'ouvrirent, un soldat parut sur le seuil, entouré de généraux et suivi de vingt victoires. Où va-t-il ? Il entre, il traverse lentement cette nef, il monte devant le sanctuaire ; le voilà devant l'autel. Qu'y vient-il faire, lui, l'enfant d'une génération qui a ri du Christ ? il vient se prosterner devant le vicaire du Christ, et lui demander de bénir ses mains afin que le sceptre n'y soit pas trop pesant à côté de l'épée ; il vient courber sa tête militaire devant le vieillard du Vatican, et confesser à tous que la gloire ne suffit pas, sans la religion, pour sacrer un empereur. Il avait compris, malgré les apparences contraires, que le souffle divin ne s'était point retiré de la France, et c'est là vraiment le génie, de ne pas s'arrêter à la superficie des choses, mais d'aller au fond en surprendre la réalité cachée.

[...]

Ainsi Dieu sauva-t-Il la France. [...] Un peuple traité de la sorte est-il un peuple abandonné ? Le signe de la résurrection n'est-il pas visiblement sur nous ? Comptez, s'il vous est possible, les oeuvres saintes qui, depuis quarante ans, élèvent dans la patrie leur tige florissante. Nos missionnaires sont partout, aux échelles du Levant, en Arménie, en Perse, aux Indes, en Chine, sur les côtes d'Afrique, dans les îles de l'Océanie ; partout leur voix et leur sang parlent à Dieu du pays qui les verse sur le monde. Notre or court aussi dans tout l'univers, au service de Dieu; c'est nous qui avons fondé l'Association pour la propagation de la foi, ce trésor de l'apostolat tiré sou par sou de la poche du pauvre, et qui porte chaque année des ressources royales aux missions les plus lointaines de la Vérité. Les frères des écoles chrétiennes, revêtus de leur humble habit, traversent incessamment les rues de nos villes, et, au lieu des outrages qu'ils y recevaient trop souvent, ils n'y rencontrent plus que les regards bienveillants de l'ouvrier, le respect des chrétiens, et l'estime de tous. Apôtres obscurs du peuple de France, ils y créent sans bruit, en mêlant Dieu à l'enseignement élémentaire, une génération qui reconnaît dans le prêtre un ami, et dans l'Évangile le livre des petits, la loi de l'ordre, de la paix, de l'honneur et de la fraternité universelle. [...] Chaque ville, sous le nom de conférence de Saint-Vincent-de-Paul, possède une fraction de cette jeune milice, qui a placé sa chasteté sous la garde de sa charité, la plus belle des vertus sous la plus belle des gardes. Quelles bénédictions n'attirera pas sur la France cette chevalerie de la jeunesse, de la pureté et de la fraternité en faveur du pauvre ! Avec la même ardeur que nos pères autrefois combattaient les infidèles en Terre sainte, ils combattent aujourd'hui l'incroyance, la débauche et la misère, sur cette autre terre sainte de la patrie."

[...]