Extrait du Dictionnaire universel et complet des
conciles (deux tomes) du chanoine Adolphe-Charles Peltier,
publié dans l'Encyclopédie théologique
de l'abbé Jacques-Paul Migne (1847), dont il constitue
les tomes 13 et 14.
FERRARE (Concile cuménique de),
l'an 1438. Ce fut le pape Eugène IV qui convoqua ce concile,
en le transférant de Bâle par sa bulle du 1er
janvier 1438. Le bienheureux Nicolas Albergati, cardinal de Sainte-Croix,
en fit l'ouverture le 8 du même mois, et deux jours après
il tint une session préliminaire, dans laquelle la translation
du concile à Ferrare fut proclamée, et le concile
de Bâle, avec tout ce qu'il avait fait depuis la translation,
ou qu'il ferait à l'avenir, fut déclaré nul,
à l'exception de ce qui pourrait y être traité
avec les Bohémiens, pendant un mois encore, touchant la
communion sous les deux espèces. Dans le même temps
le cardinal Julien Césarini, qui avait présidé
au concile de Bâle, quitta cette ville pour se rendre à
Ferrare avec quatre prélats seulement du concile, qui se
rendirent à l'appel d'Eugène IV.
Ce pontife, étant de son côté
parti de Bologne, où il était en ce moment, fit
son entrée solennelle à Ferrare le 27 janvier, et
le 8 du mois suivant il tint une congrégation à
laquelle se trouvèrent tous les cardinaux, les évêques
et les docteurs présents à Ferrare. Il s'y plaignit
des prélats de Bâle, et déclara que, quoiqu'il
se crut fort innocent, si néanmoins il se trouvait, ainsi
que les siens, coupable de quelque faute, il se soumettait volontiers
à la correction des Pères ; après quoi
il les exhorta à se conduire eux-mêmes avec tant
de régularité qu'ils servissent à tous de
modèle. Le plus ancien des cardinaux, Jourdain des Ursins,
le remercia au nom de ses collègues, et lui promit leur
active coopération. Le plus ancien des archevêques,
qui était celui de Ravenne, parla de même au nom
de tous les autres prélats.
Le 10 février, dans une autre congrégation
générale, en présence du cardinal Jourdain
des Ursins, que le pape avait nommé président du
concile, on arrêta dans quel rang et dans quel ordre chacun
serait assis. Il se tint encore deux autres congrégations
générales, pour préparer le décret
de la seconde session qui eut lieu le 15 février. Le pape
y présida, ayant avec lui soixante-douze évêques.
On y lut le décret par lequel le pape, après avoir
déduit fort au long tout ce qu'il avait fait pour porter
à la paix les prélats de Bâle, prononçait,
avec l'approbation du concile, la nullité de tous leurs
actes, et déclarait tous ceux qui continueraient cette
assemblée, de quelque dignité qu'ils fussent, frappés
d'excommunication et sujets aux autres peines marquées
dans la bulle de translation ; ordonnant à tous ceux
qui étaient à Bâle pour le concile, d'en sortir
dans trente jours, sous les mêmes peines, et aux magistrats,
officiers et habitants de cette ville de les en chasser après
ce terme expiré, sous peine d'excommunication, et d'interdit
pour le peuple, défendant enfin, avec de semblables menaces,
d'introduire aucune marchandise ou autre chose nécessaire
à la vie dans cette ville de Bâle, si ceux qui y
tenaient concile persistaient dans leur opiniâtreté.
Le cardinal de Sainte-Croix, après
avoir fait, comme nous l'avons dit, l'ouverture du concile, s'était
rendu à Venise pour saluer de la part du pape l'empereur
de Constantinople, Jean Paléologue, à son débarquement.
Ce prince débarqua en effet avec sa suite le 8 février,
fit son entrée à Venise le lendemain, et le 4 mars
il arriva à Ferrare. Le patriarche de Constantinople n'entra
lui-même à Ferrare que trois jours après,
avec une partie des métropolitains et des évêques
députés au concile. Marc, archevêque d'Éphèse,
devait y porter la parole en leur nom. Ils étaient au nombre
de vingt et un ; mais ils s'étaient associé
un nombre considérable d'archimandrites et d'autres personnages
distingués de leur clergé, de sorte que leur nombre
total s'élevait environ à sept cents.
On convint de part et d'autre de tenir la
première séance publique le 9 avril, qui, cette
année 1438, tombait le mercredi saint. On s'assembla dans
la cathédrale de Saint-Georges, suivant l'ordre qui avait
été réglé. Devant le grand autel,
sur un trône magnifique, était le livre des Évangiles,
avec les clefs de saint Pierre et de saint Paul, qu'on avait apportées
de Rome. Au côté droit de l'autel s'assit le pape,
sur un trône plus élevé que les autres et
surmonté d'un dais. Plus bas était le trône
de l'empereur d'Occident, mais vide. Vis-à-vis, du côté
gauche de l'autel, qui était le côté droit
pour qui entrait dans l'église, était placé
le trône de l'empereur de Constantinople ; plus bas,
on établit le siège du patriarche, mais sans dais,
et sans autre ornement qu'un tapis de pourpre qui le couvrait.
Ensuite étaient disposés le long de l'église,
de part et d'autre, des sièges pour tous ceux qui devaient
avoir rang au concile. Du côté des Latins, outre
les cardinaux, les archevêques et les évêques,
qui étaient au nombre d'environ cent soixante, il y avait
des abbés, des généraux d'ordres, des docteurs
et une foule d'ecclésiastiques. On y voyait aussi des ducs,
des marquis, des comtes et des ambassadeurs de quelques princes.
Après que les Latins eurent chanté
la messe du Saint-Esprit, l'empereur et les prélats grecs,
qui avaient de leur côté célébré
l'office suivant leur rit, arrivèrent dans l'église,
et s'y rangèrent à la gauche de l'autel. Toute l'assemblée
se leva, par honneur, lorsque les Orientaux parurent. Le jeune
Démétrius, despote de la Morée, s'assit sur
un petit siège auprès de l'empereur, son frère.
On avait préparé, au-dessous du patriarche de Constantinople,
des places destinées aux vicaires des trois autres patriarches
d'Orient qui n'avaient pu se rendre. Isidore, métropolitain
de Kiow, en Russie, vicaire du patriarche d'Antioche avec Marc,
évêque d'Éphèse, ne put occuper pour
le moment le siège qui lui était destiné,
puisqu'il n'arriva qu'au mois d'août de cette année,
amenant avec lui quelques évêques de sa nation. A
la suite de ces prélats furent placés les autres
métropolitains grecs, et après ceux-ci leurs suffragants.
Venaient aussi les dignitaires de l'Église de Constantinople,
les abbés, les prêtres et les moines du mont Athos.
Au pied du trône de Jean Paléologue, furent assis
les ambassadeurs de l'empereur de Trébisonde ; ceux
du grand-duc de Moscovie, du prince des Ibériens, des hospodars
de Servie et de Valachie, et les principaux officiers de l'empereur
lui-même. On fit asseoir aux deux côtés du
patriarche ses cinq assistants ou diacres, qu'on appelait staurophores
ou porte-croix, parce qu'ils avaient sur leurs bonnets des croix
qui les distinguaient des autres. L'historien grec dit qu'à
cette première séance il se trouvait environ deux
cents évêques, ce qui, avec les cent soixante du
côté des Latins, en suppose trente ou quarante de
celui des Grecs.
Les membres du concile ne se réunirent
ce jour-là que pour proclamer la bulle du pape, qui annonçait,
comme on en était convenu, que, du consentement exprès
de l'empereur et du patriarche de Constantinople, et de tous les
Pères qui se trouvaient à Ferrare, le concile convoqué
pour la réunion des deux Églises était ouvert
dans cette ville, et qu'on accordait à tous ceux qui devaient
y assister quatre mois pour s'y rendre ou y envoyer leurs représentants.
Cette bulle déclarait en même temps excommuniés
tous ceux qui, après s'être dispensés de déférer
à cette invitation, refuseraient de se soumettre aux décrets
de cette sainte assemblée. Le patriarche Joseph de Constantinople,
qui avait plus de quatre-vingts ans, étant malade, ne put
assister à la séance, mais il envoya ses lettres
d'adhésion.
Comme les princes d'Occident, tous attachés
au pape Eugène IV, cherchaient néanmoins à
lui réconcilier les prélats de Bâle, il vint
de ce côté beaucoup moins d'évêques
qu'on n'aurait pu en attendre. Parmi les prélats français,
on en trouve trois des États du duc de Bourgogne, quatre
de ceux du duc d'Anjou, comte de Provence et roi de Sicile, et
un seul de la province de Normandie, soumise à l'Angleterre,
il est vrai que ce dernier, qui était l'évêque
de Bayeux, signa au nom de l'archevêque de Rouen comme au
sien, et en ceux de l'évêque de Lisieux, son collègue,
et de l'abbé de Saint-Michel.
Depuis cette séance, qui ne compte
pas encore parmi les sessions proprement dites du concile cuménique
de Florence commencé à Ferrare, jusqu'au mois d'octobre,
on se tint dans une espèce d'inaction, parce que les Grecs
voulaient attendre la fin des démêlés du pape
avec le concile de Bâle. On agita néanmoins dans
quelques conférences particulières, qui furent tenues
dans cet intervalle, la question du purgatoire ; et les Grecs
ne furent pas éloignés de s'accorder sur ce point
avec les Latins. Seulement ils ne convenaient pas que ces âmes
souffrent d'un feu proprement dit comme celui de l'enfer, quoiqu'ils
admissent qu'elles expient leurs péchés par la tristesse
et d'autres peines, surtout par la privation de la vue de Dieu,
et qu'elles peuvent être soulagées par le saint sacrifice
qu'on offre pour elles, par les aumônes et par les prières
de l'Église. On discuta encore sur l'état où
se trouvent les âmes des saints en attendant la résurrection
générale, et sur ce que cette dernière ajouterait
à leur gloire comme au supplice des réprouvés.
Cependant les Grecs s'ennuyèrent d'attendre
les autres prélats latins, particulièrement ceux
de Bâle, dont aucun ne vint au temps marqué. De plus,
la peste survint à Ferrare, et Denys, évêque
de Sardes, vicaire du patriarche de Jérusalem, en mourut.
Enfin les quatre mois de sursis étant écoulés,
on résolut de commencer les sessions du concile, et la
première se tint le 8 octobre de la même année
1438.
Ire Session. Elle eut lieu
non dans l'église cathédrale, mais dans la chapelle
du palais où logeait le pape, parce que celui-ci était
malade. Pour porter la parole, on avait choisi parmi les Grecs
trois prélats, savoir : Marc d'Éphèse,
Isidore de Kiow et Bessarion de Nicée, à qui furent
adjoints trois prêtres de marque ; et parmi les Latins,
le cardinal Julien, celui de Sainte-Croix, l'archevêque
de Rhodes, l'évêque de Forli, et deux moines, docteurs
en théologie. Bessarion fit en grec une harangue qui nous
a été conservée tout entière. Après
avoir dépeint la joie que ressentaient tous les fidèles
dans l'espérance de voir bientôt réunis les
membres divisés de l'Église, il louait beaucoup
le pape, l'empereur et le patriarche du zèle qu'ils faisaient
voir pour la conclusion de la paix, et les exhortait à
persévérer dans les mêmes dispositions. Il
parla jusqu'au soir, et la session fut remise au samedi suivant.
IIe Session. Dans cette
session, qui fut tenue le 11 octobre, André, archevêque
de Rhodes, traita le même sujet que Bessarion, et avec une
égale abondance de paroles, de sorte que son discours dura
aussi jusqu'au soir. Cependant avant de se séparer on examina
l'ordre qu'on observerait dans les discussions, les matières
qu'on y traiterait, la forme qu'on leur donnerait ; et l'on
convint de faire usage de la forme dialectique, pour plus de brièveté
et de précision, en accordant aux Grecs l'initiative pour
la session prochaine.
IIIe Session. Elle se tint
le mardi 14 octobre (1) ; et Marc d'Éphèse,
après avoir recommandé la charité que l'on
devait garder dans les discussions, fit entendre qu'il s'attacherait
avant le reste à traiter de l'addition Filioque
faite au symbole. André de Rhodes répondit, de la
part des Latins, qu'il réclamait en sa faveur la même
indulgence, et que, s'il lui échappait quelque expression
dure, on devrait l'imputer plutôt à l'objet de la
discussion qu'aux personnes mêmes. Il voulut ensuite traiter
de l'addition faite au symbole, mais l'évêque d'Éphèse
l'arrêta, en lui disant qu'il n'était pas encore
temps de répondre sur cet article ; et, après
avoir insinué que l'Église romaine avait négligé
par le passé les moyens de la paix qu'elle souhaitait à
présent, il dit que cette paix ne pouvait se faire si l'on
n'ôtait entièrement les principes de discorde. Il
finit par demander qu'avant de rien faire on lût les définitions
des conciles précédents. André de Rhodes
répondit à son discours, qu'il réduisit à
cinq chefs. " J'admire, dit-il, sur le second chef,
comment vous avez oublié la sollicitude que l'Église
romaine a toujours eue pour l'Église orientale. Quant à
ce que vous dites (en troisième lieu), que l'Église
romaine rappelle aujourd'hui la paix entre elle et vous, cela
est véritable et ne saurait être contesté. "
En répondant au cinquième chef, André de
Rhodes répliqua que l'Évangile devait encore avoir
la préférence sur les définitions des Pères.
(1) M. Rohrbacher dit septembre ;
c'est une erreur.
L'évêque d'Éphèse
convint de nouveau de la charité actuelle de l'Église
romaine ; mais il ajouta que pour cela même elle devait
ôter la cause de la division, qui était, disait-il,
l'addition faite au symbole. L'évêque de Rhodes lui
fit observer à son tour que cette addition n'était
pas une cause de division, puisque la paix avait subsisté
longtemps et s'était rétablie plusieurs fois, sans
que cette addition eût été supprimée.
Il s'offrit enfin de prouver deux choses : l'une, que ce
n'était pas une addition ; l'autre, que si c'en était
une, elle était juste et nécessaire.
IVe Session. La quatrième
session, 15 octobre, se passa tout entière à disputer
sur la manière de procéder : on remit la décision
à une commission de six membres.
Ve Session, 16 octobre.
On lut les définitions des conciles de Nicée, d'Éphèse,
de Chalcédoine et d'autres, et les Grecs cherchèrent
à en conclure que ces conciles avaient défendu de
rien ajouter au symbole. Le cardinal Julien répondit à
l'orateur des Grecs, en produisant un exemplaire fort ancien des
actes du second concile de Nicée, où se trouvait
exprimée la procession du Saint-Esprit, telle que la croit
l'Église latine.
VIe Session, 20 octobre.
André de Rhodes fit voir, par un long discours, que ce
que les Grecs prétendaient être une addition, n'était
ni une addition ni un changement, mais une simple explication
de ce qui est contenu dans le principe, duquel on le tire par
une conséquence nécessaire : ce qu'il prouva
par le témoignage des Pères grecs, et entre autres
de saint Chrysostome, qui dit que le Fils possède tout
ce qu'a le Père, excepté la paternité, conformément
à ces paroles du Fils de Dieu : " Tout ce
que mon Père a est à moi. "
VIIe Session, 25 octobre.
Le même évêque continua à parler seul
sur la même matière, et répondit aux autorités
alléguées par Marc d'Éphèse. Il fit
voir que, lorsque les conciles défendent de présenter
à ceux qui viennent au christianisme une foi différente
de celle qui est exprimée dans le symbole, ils ne défendent
pas d'enseigner plus clairement la même foi qui y est renfermée ;
et que le deuxième concile général, appelé
de Constantinople, avait ajouté au symbole de Nicée
beaucoup de paroles, et cela pour exprimer contre de nouveaux
hérétiques des vérités de foi qui
n'étaient pas marquées si distinctement.
VIIIe et IXe
Sessions, 1er et 4 novembre. Bessarion de Nicée
parla pour les Grecs, et insista toujours sur ce raisonnement,
qu'il n'était point défendu d'expliquer la foi,
mais qu'il était défendu d'insérer des explications
dans le symbole, et que le troisième concile général
d'Éphèse l'avait défendu.
Xe Session, 8 novembre.
Le cardinal Julien fit des observations très solides sur
la défense portée par le concile d'Éphèse,
et dit qu'il en fallait venir à un point plus essentiel,
c'est-à-dire, au sentiment des Latins sur la procession
du Saint-Esprit ; car si ce dogme est vrai, dit-il, on a
donc pu le mettre dans le symbole pour expliquer un mystère
que l'on a voulu combattre. L'évêque de Forli vint
à l'appui de ce raisonnement, et soutint que non seulement
il n'y avait aucune loi qui défendît d'ajouter quelque
explication au symbole, mais même qu'il ne pouvait y en
avoir qui fit cette défense à l'Église ;
que cette défense ne regardait que des particuliers qui
voudraient faire ces additions sans autorité.
XIe Session, 11 novembre.
Le même évêque observa que ce qui avait donné
lieu aux Pères du concile d'Éphèse de faire
cette défense, était le faux symbole des nestoriens,
que le concile avait condamné ; que ce concile ne
défendait pas seulement de faire des additions au symbole,
mais encore de proposer de nouvelles expositions de foi, et qu'ainsi,
si l'on étendait cette défense à l'Église
ou au concile, ce dernier droit devrait donc être refusé
à l'Église comme le premier.
XIIe Session, 15 novembre.
Cette nouvelle session se passa tout entière, de la part
de Marc d'Éphèse, à incidenter sur l'affaire
de Charisius (au concile général d'Éphèse),
et d'autres accessoires, essayant par une foule de questions captieuses
de surprendre le cardinal Julien, sans pouvoir y réussir.
Au contraire, le cardinal releva une contradiction flagrante dans
la réponse des Grecs. Ceux-ci soutenaient que, d'après
le concile d'Éphèse, il était permis à
tous les particuliers d'exposer leur foi en tels termes qu'ils
voudraient, et en même temps, suivant l'interprétation
qu'ils donnaient aux paroles de ce concile, ce même concile
refusait ce droit aux évêques, aux clercs et aux
laïques, c'est-à-dire à tout le monde.
XIIIe Session, 27 novembre.
Les ambassadeurs du duc de Bourgogne, à la tête desquels
étaient quatre évêques, se présentèrent
au concile, rendirent leurs hommages au pape, firent la lecture
de leurs pouvoirs, et prirent place parmi les Latins, sans témoigner
aucune attention pour l'empereur des Grecs. Ce prince, irrité
d'une conduite dont on ne peut en effet deviner les raisons, menaça
de quitter le concile, si ces envoyés ne rendaient à
sa dignité les honneurs qui lui étaient dus. Le
patriarche de Constantinople, prélat extrêmement
doux et modéré, tempéra ces premiers transports
d'indignation. On parla aux Bourguignons, on prit des mesures
avec eux, et il fut réglé que, dans la session suivante,
ils salueraient l'empereur ; ce qu'ils exécutèrent
d'assez mauvaise grâce. Paléologue dissimula, et
ce procédé n'eut point de suites fâcheuses.
XIVe Session, 4 décembre.
Marc d'Éphèse, reprenant ses arguties, dit d'un
ton dogmatique qu'on avait perdu déjà beaucoup trop
de temps à faire de longs discours, qu'il fallait désormais
tendre à la brièveté, et donner les plus
simples réponses aux questions précises qu'il lui
restait à faire. Le cardinal Julien lui repartit aussitôt
qu'à chacune de ses paroles il en opposerait mille, et
l'effet suivant de près la menace, il parla avec une telle
abondance d'expressions, qu'il occupa tout le reste de la séance,
sans laisser à son adversaire le temps de rien lui répliquer.
XVe Session, 8 décembre.
Marc d'Éphèse crut avoir sa revanche en faisant
un long discours, pour prouver qu'il n'était permis de
faire au symbole aucune addition ; et comme on lui avait
objecté le concile de Constantinople, qui avait ajouté
au symbole de Nicée, il soutint en désespoir de
cause que cette défense n'existait que depuis le concile
d'Éphèse. Le cardinal Julien lui produisit alors
un ancien exemplaire d'une lettre du pape Libère à
saint Athanase, qu'il venait de recevoir de Vérone, et
dans laquelle on lisait que le concile de Nicée lui-même
avait défendu de rien ajouter, retrancher ou changer au
symbole, sous peine de déposition contre les évêques
et les clercs, et d'anathème contre les moines et les laïques.
Ainsi la prétention de Marc d'Éphèse, que
cette défense ne datait que du troisième concile
général, se trouvait ruinée une fois de plus.
Cette lettre fit une grande impression sur Bessarion de Nicée.
XVIe Session, 10 janvier
1439. La peste s'étant déclarée à
Ferrare, le pape proposa aux Grecs de transférer le concile
à Florence. L'empereur et le patriarche y ayant consenti,
Eugène IV fit lire dans le concile la bulle de translation,
et six jours après il partit pour Florence. Le patriarche
et l'empereur s'y rendirent aussi de leur côté, et
de ce moment le concile fut repris à Florence.
Comme aucun décret ne fut publié
à Ferrare, soit sur la discipline, soit sur la foi, ou
ne peut considérer les actes de ce concile que comme les
préliminaires de celui de Florence. Au fond, ces deux conciles
n'en font qu'un, et ne sont pas même distingués l'un
de l'autre dans la plupart des collections. Hist. de l'Egl.
gallic., l. XLVIII ; Hist. univ. de l'Eglise
cathol., l. LXXXII. Voy. FLORENCE,
l'an 1439.