Extrait du Dictionnaire universel et complet des conciles (deux tomes) du chanoine Adolphe-Charles Peltier, publié dans l'Encyclopédie théologique de l'abbé Jacques-Paul Migne (1847), dont il constitue les tomes 13 et 14.

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Concile de Constantinople III - 680 - sixième concile œcuménique

(tome I, colonnes 734 à 748)

CONSTANTINOPLE (Concile de), sixième œcuménique, l'an 680. L'empereur Constantin Pogonat, ayant procuré la tranquillité à ses États par une paix de trente années conclue en 677 avec le calife Moavia, et par un autre traité passé avec les Avares et d'autres peuples d'Occident, s'appliqua aussitôt à mettre fin aux divisions qui n'avaient cessé de troubler l'Église depuis le règne d'Héraclius, son bisaïeul, mort le 11 mai 641. Il écrivit à cet effet au pape Donus, pour le prier d'envoyer à Constantinople des personnes sages et bien instruites, qui apportassent les livres nécessaires pour discuter et décider toutes les matières avec les patriarches de Constantinople et d'Antioche : car ce prince ne croyait pas qu'on pût faire venir au concile les patriarches d'Alexandrie et de Jérusalem, à cause que la Palestine et l'Égypte étaient sous la domination des Musulmans. Outre les députés du saint-siège, l'empereur demandait encore des évêques d'Occident, au nombre de douze, y compris les métropolitains. Avant que sa lettre arrivât à Rome, le pape Donus était mort ; on la rendit à Agathon, son successeur, qui se mit aussitôt en devoir de satisfaire à toutes les demandes de l'empereur. Il assembla à Rome un concile de cent vingt-cinq évêques, où l'on choisit pour députés au concile de Constantinople, les évêques Abundantius, Jean et un autre Jean, Théodore et George, prêtres, Jean, diacre, et Constantin, sous-diacre de l'Église de Rome, Théodore, prêtre, légat de l'Église de Ravenne, avec quelques moines. Ils arrivèrent à Constantinople le dixième jour de septembre de l'an 680. Constantin les reçut avec honneur. Quand ils lui présentèrent les lettres du pape Agathon, ce prince les exhorta à traiter les matières de la foi sans contention et sans aigreur, avec un esprit de paix, en ne se servant point d'arguments philosophiques, mais de l'autorité de l'Écriture et des Pères, et des décrets des conciles. Il leur donna le loisir de repasser leurs instructions ; et dès le jour même de leur arrivée, il écrivit à George, patriarche de Constantinople, d'assembler en cette ville tous les métropolitains et les évêques dépendants de son siège, et d'avertir Macaire, patriarche d'Antioche, d'en faire de même, pour examiner la question de la foi avec les députés du pape Agathon et du concile de Rome.

La première session de celui de Constantinople fut tenue le sept novembre de l'an 680, treizième du règne de Constantin depuis la mort de son père, dans un salon du palais appelé en latin Trullus, c'est-à-dire, Dôme. Il ne se trouva à cette session qu'environ quarante évêques, dont les légats du pape, savoir, les prêtres Théodore et George, et le diacre Jean sont nommés les premiers. Les légats du concile de Rome, savoir, Jean, évêque de Porto, Abundantius, évêque de Palestrine, Jean de Reggio, sont nommés après les patriarches de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, ou de leurs députés : car le patriarche d'Alexandrie et celui de Jérusalem, ou son vicaire, n'avaient pu venir au concile, pour la raison que nous avons dite plus haut, non plus que les évêques d'Afrique. Après les quarante évêques ou leurs députés, qui tiennent le rang des sièges dont ils étaient députés, quoique simples prêtres, sont nommés six prêtres tant abbés que moines. L'empereur était placé au milieu, ayant ses officiers à ses côtés : les légats du pape et de son concile, avec celui de Jérusalem, étaient à sa gauche, comme dans la place la plus honorable. Les deux patriarches de Constantinople et d'Antioche avec le député d'Alexandrie étaient à sa droite. On plaça les livres des Évangiles au milieu de l'assemblée. Tout étant ainsi disposé, les légats du pape, adressant la parole à Constantin, dirent qu'il y avait environ quarante-six ans que Sergius, évêque de Constantinople, et d'autres avaient introduit de nouvelles expressions contre la foi orthodoxe, enseignant qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule volonté et une seule opération ; que cette erreur avait jeté le trouble dans les Églises ; qu'elle avait été rejetée par le saint-siège, qui avait inutilement exhorté ceux qui en étaient les auteurs à l'abandonner. " C'est pourquoi, ajoutèrent-ils, nous demandons à Votre Majesté, que ceux qui sont ici de la part de l'Église de Constantinople, disent d'où est venue cette nouveauté. " Ce prince ordonna à George, patriarche de Constantinople, et à Macaire, patriarche d'Antioche, de s'expliquer là-dessus. Ils répondirent qu'ils n'avaient proposé que ce qu'ils avaient appris des conciles œcuméniques et des Pères approuvés, et en particulier de Sergius, Paul, Pyrrhus et Pierre, qui avaient successivement rempli le siège de Constantinople ; d'Honorius, pape de l'ancienne Rome, et de Cyrus, évêque d'Alexandrie ; qu'ils croyaient et enseignaient, comme eux, touchant la volonté et l'opération, et qu'ils étaient prêts à établir leur doctrine sur ce sujet. L'empereur le leur permit, à condition qu'ils n'apporteraient d'autres preuves que des conciles généraux et des Pères approuvés. Sur cela, Macaire, archevêque d'Antioche, et ceux qui étaient avec lui, prièrent ce prince d'ordonner que le garde des chartes de l'église de Constantinople apportât les livres des conciles de la maison patriarcale. Constantin l'ordonna ainsi ; et Macaire, patriarche d'Antioche, ayant pris le premier volume du concile d'Éphèse, lut le discours de saint Cyrille à l'empereur Théodose, et s'arrêtant sur ces paroles : L'appui de votre empire est le même Jésus-Christ par qui les rois règnent, et les princes rendent justice : car sa volonté est toute-puissante, dit : " Le voilà, seigneur, j'ai prouvé une volonté en Jésus-Christ. " Mais les légats et quelques autres évêques s'écrièrent que Macaire abusait de ce passage ; que saint Cyrille ne parlait que de la volonté divine de Jésus-Christ ; ce qui était clair, en ce qu'il la nommait toute-puissante ; que d'ailleurs ce Père ne disait point une volonté pour marquer le nombre. Après qu'on eut achevé la lecture du premier volume du concile d'Éphèse, l'empereur fit lire aussi le second par Salomon, diacre et notaire de Constantinople ; puis il fit lever la séance, disant qu'à la suivante on lirait les actes du concile de Chalcédoine.

Elle se tint le 10e novembre. Antiochus, lecteur et notaire du patriarche de Constantinople, la commença en lisant, par ordre de l'empereur, les actes du concile de Chalcédoine. Quand il en fut à l'endroit de la lettre de saint Léon à Flavien, où il est dit que chaque nature fait ce qui lui est propre avec la participation de l'autre ; que le Verbe opère ce qui convient au Verbe, et la chair ce qui convient à la chair ; que l'un brille par ses miracles, l'autre succombe aux mauvais traitements ; les légats de Rome se levèrent en disant : " Vous voyez, seigneur, que ce Père enseigne clairement deux opérations naturelles en Jésus-Christ, sans confusion et sans division, et qu'il enseigne cette doctrine dans un discours que le concile de Chalcédoine a dit être l'appui de la foi orthodoxe, et la condamnation de toutes les hérésies. " Macaire, patriarche d'Antioche, prenant la parole, dit qu'il ne croyait point que le pape Léon eût marqué en ce passage deux opérations, mais seulement l'opération théandrique, suivant saint Denis. L'empereur lui demanda comment il entendait ces opérations théandriques. Macaire n'ayant pas voulu s'expliquer, on acheva de lire les actes du concile de Chalcédoine, et l'on remit à la session suivante la lecture de ceux du 5e concile, c'est-à-dire, du second de Constantinople.

La première pièce qu'on lut était intitulée : Discours de Mennas, archevêque de Constantinople, à Vigile, pape de Rome, sur ce qu'il n'y a qu'une volonté en Jésus-Christ. A ces mots les légats de Rome s'écrièrent que ce livre était falsifié, et prièrent l'empereur d'empêcher la lecture de ce discours, comme d'une pièce supposée, ils en donnèrent pour preuve, que Mennas était mort la 21e année de Justinien, et que le 5e concile n'avait été assemblé que la 27e, lorsqu'Eutychius était évêque de Constantinople. L'empereur et les magistrats avec quelques évêques, ayant en effet examiné le volume des actes du 5e concile, remarquèrent qu'on avait ajouté au commencement trois cahiers qui n'avaient ni le chiffre, ni la signature ordinaire, et que l'écriture en était différente de celle du reste du volume. Ainsi rejetant ce discours, ce prince fit lire la préface du 5e concile, et de suite tous les actes jusqu'à la 7e session. On y avait inséré deux livres sous le nom du pape Vigile ; l'un adressé à l'empereur Justinien ; l'autre à l'impératrice Théodora, où se lisaient ces paroles : Anathème à Théodore de Mopsueste, qui ne confesse pas que Jésus-Christ soit une hypostase, une personne, une opération. Les légats, se levant de nouveau, soutinrent que ces deux écrits portaient à faux le nom de Vigile, et qu'on les avait ajoutés aux actes du concile de Chalcédoine. Ils en donnèrent pour preuve, que si Vigile avait enseigné une opération, et que le concile eût approuvé cette doctrine, on aurait employé le terme d'une opération dans la définition de foi. On la lut tout entière, et il ne s'y trouva rien de semblable. Les légats demandèrent que les livres produits sous le nom du pape Vigile fussent examinés pour qu'on pût s'assurer de la supposition ; mais l'empereur remit cet examen après la lecture de tous les actes de Chalcédoine. Quand on l'eut finie, ce prince demanda au concile et aux magistrats, s'ils voyaient que Macaire, patriarche d'Antioche, eût prouvé, comme il s'y était engagé, qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une volonté et une opération. Sur leur réponse négative, Constantin ordonna que Macaire et ceux de son parti prouvassent, selon leur promesse, leur sentiment par les témoignages des Pères approuvés. Macaire et les siens demandèrent du temps. Cependant George de Constantinople et les évêques dépendants de son siège prièrent qu'on lût les lettres du pape Agathon et de son concile à l'empereur. Ce qui fut renvoyé à la session suivante.

On la tint le 15 de novembre. Diogène, secrétaire de l'empereur, avait traduit en grec ces deux lettres. Elles furent lues l'une et l'autre : et comme elles sont très longues et chargées de passages des Pères et de l'Écriture, on employa la session entière à en entendre la lecture. Agathon et son concile y établissaient clairement la doctrine de l'Église, touchant les deux volontés et les deux opérations ; ils y condamnaient les monothélites, et approuvaient ce qui s'était fait contre cette nouvelle hérésie dans le premier concile de Latran (1).

(1) On y lit de plus ces paroles remarquables, que l'Église Apostolique Romaine ne s'est jamais écartée du chemin de la vérité pour prendre celui de l'erreur, et que l'autorité du chef des apôtres, qui y préside, a toujours été suivie en tout avec fidélité par l'Église catholique de Jésus-Christ et par les conciles généraux. Aussi le pape affirmait-il, dans la même lettre adressée à l'empereur qu'il avait donné commission à ses légats de rapporter simplement la tradition du siège apostolique, telle qu'elle avait été établie par les pontifes, ses prédécesseurs, sans rien y ajouter ni changer. Ici nulle mention de la faute d'Honorius.

Dans la cinquième session, qui ne fut tenue que le 7 décembre, Macaire d'Antioche produisit deux volumes de passages tirés des écrits des Pères, et un troisième dans la session suivante qui se tint deux mois après, c'est-à-dire, le 12 février 681. Après qu'on en eut fait la lecture, et que Macaire eut déclaré qu'il n'avait point d'autres passages à produire pour la défense de sa cause, l'empereur ordonna que l'on mît à ces trois volumes le sceau des juges, des légats de Rome et de l'Église de Constantinople. Alors les députés du pape dirent que tous les passages allégués par Macaire ne faisaient rien à la question présente, et qu'aucun ne prouvait qu'il n'y eût en Jésus-Christ qu'une volonté et une opération ; qu'il en avait tronqué la plupart, afin de pouvoir appliquer à l'incarnation ce qui devait naturellement s'entendre de la volonté unique des personnes de la Trinité. Ils demandèrent que l'on produisît les livres originaux d'où ces passages avaient été tirés, afin qu'en les collationnant, on en fît voir la falsification. Nous avons en mains, ajoutèrent-ils, un volume de passages des Pères, qui prouvent nettement les deux volontés et les deux opérations, et plusieurs passages des hérétiques qui ont enseigné, comme Macaire, une seule volonté : nous demandons que la lecture en soit faite. Cela se fera dans la prochaine session, répondit Constantin.

Elle fut tenue le lendemain 13 de février. On y produisit le volume que les légats avaient présenté la veille ; et après qu'on en eut lu les passages, l'empereur demanda aux légats s'ils en avaient encore d'autres à produire. Ils répondirent qu'ils se contentaient de ceux-ci, pour ne point l'ennuyer ; mais ils supplièrent ce prince de demander aux patriarches de Constantinople et d'Antioche s'ils convenaient de ce qui était porté dans les deux lettres du pape Agathon et de son concile. George et Macaire demandèrent qu'on leur délivrât copie de ces lettres, pour qu'ils pussent en vérifier les passages avant de faire réponse. Cela leur fut accordé ; et, par ordre de l'empereur, on scella le recueil des passages produits par les légats, de même qu'on l'avait fait pour ceux qu'avait allégués Macaire.

Dans la huitième session, qui est datée du 7e jour de mars, Constantin demanda aux deux patriarches s'ils convenaient du sens des lettres du pape Agathon et de son concile. George, patriarche de Constantinople, avoua qu'en ayant confronté tous les passages, il les avait trouvés conformes aux originaux ; qu'il pensait comme le pape et croyait de même. Théodore, évêque d'Éphèse, confessa aussi les deux volontés et les deux opérations, conformément aux lettres d'Agathon. Sisinnius d'Héraclée et plusieurs autres évêques n'opinèrent pas différemment. Mais Théodore, évêque de Mélitine en Arménie, présenta un mémoire, tant en son nom qu'en celui de trois autres évêques et de quelques officiers de l'Église de Constantinople, par lequel il demandait que l'on ne condamnât ni ceux qui avaient enseigné une opération et une volonté, ni ceux qui avaient reconnu deux opérations et deux volontés, attendu que les conciles généraux n'avaient rien prononcé là-dessus. Son mémoire fut désavoué par les trois évêques au nom desquels il l'avait présenté ; et il n'y eut que l'abbé Étienne, disciple du patriarche d'Antioche, qui ne désavoua point ce mémoire. On continua à recevoir les suffrages des évêques dépendants de Constantinople ; et George de Camuliane dit qu'il se conformait aux lettres du pape Agathon, et qu'il croyait, comme lui, deux volontés naturelles et deux opérations. Les autres évêques s'écrièrent qu'ils étaient de même sentiment, et prononcèrent anathème contre ceux qui n'admettaient en Jésus-Christ qu'une volonté et une opération. Après cette déclaration des évêques de la dépendance de Constantinople, on exigea que ceux que Théodore de Mélitine avait nommés, comme étant de même opinion que lui, donneraient en une autre session leur confession de foi par écrit, en présence des saints Évangiles, pour effacer le soupçon qu'ils avaient occasionné par le mémoire présenté en leur nom, quoiqu'ils l'eussent désavoué depuis. Alors George, patriarche de Constantinople, s'approchant de l'empereur, le pria d'ordonner que l'on mît dans les diptyques le nom du pape Vitalien, qui n'en avait été ôté par ses prédécesseurs qu'à cause du retardement des légats envoyés de Rome. Constantin l'ordonna ainsi ; puis, à la prière du concile, il obligea Macaire, patriarche d'Antioche, à déclarer sa foi sur les deux volontés. Macaire répondit qu'il ne disait point deux volontés ni deux opérations, mais une volonté et une opération théandrique. Sur cette déclaration, on lui ordonna de se lever de sa place pour répondre ; et en même temps, cinq évêques de la dépendance d'Antioche l'abandonnèrent, déclarant qu'ils recevaient les lettres d'Agathon et sa doctrine. Ensuite l'empereur, ayant fait venir les trois volumes produits par Macaire, lui demanda à quel dessein il avait extrait les passages contenus dans ces volumes. Macaire avoua que c'était pour prouver la volonté unique du Père, de Notre-Seigneur Jésus-Christ et du Saint-Esprit. Ce prince l'ayant pressé de s'expliquer sur l'incarnation, Macaire, en expliquant sa créance, fit mention d'une profession de foi qu'il avait donnée à l'empereur. On en fit la lecture, et on y remarqua qu'il soutenait en termes formels qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une opération ; qu'il y condamnait saint Maxime comme hérétique ; qu'il y comptait, entre les docteurs dont il s'appuyait, le pape Honorius, avec Sergius et Cyrus. On le pressa de s'expliquer de vive voix sur les deux volontés. Il répondit qu'il ne dirait point deux volontés ni deux opérations, quand on devrait lui couper tous les membres. On conféra ensuite un volume de saint Athanase avec le premier des extraits de Macaire, et il se trouva qu'il avait retranché la suite du passage de ce Père, qui faisait en effet contre Macaire. On en conféra un second, qui se trouva aussi tronqué : sur quoi le concile, le voyant opiniâtre, lui dit anathème, et demanda qu'il fût privé de l'épiscopat et dépouillé de son pallium. On le lui ôta en effet. Après quoi, comme il était debout au milieu de l'assemblée, avec Étienne, son disciple, l'abbé Théophane leur demanda si Jésus-Christ avait une volonté humaine. Ils répondirent qu'ils ne lui en connaissaient point, et s'autorisèrent d'un passage de saint Athanase, qui toutefois ne faisait point pour eux, parce que ce Père n'exclut de Jésus-Christ que les volontés charnelles et les pensées humaines et voluptueuses, qui viennent de la suggestion du démon. Théophane les pressa de dire si Adam avait une volonté naturelle. Ils ne voulurent ni en convenir ni le nier, prévoyant bien la conséquence que l'on tirerait de leur réponse. C'est pourquoi cet abbé, à la demande du concile, apporta deux passages, l'un de saint Athanase, l'autre de saint Augustin, qui disaient nettement qu'Adam avait eu une volonté naturelle : d'où les évêques de l'assemblée inférèrent que le premier Adam ayant eu une volonté naturelle, le second Adam devait aussi en avoir eu une dans sa nature humaine. Le reste du temps de la huitième session fut employé à vérifier quelques autres passages du premier volume de Macaire, un de saint Ambroise, un des livres attribués à saint Denis l'Aréopagite, et un de saint Jean Chrysostome ; mais on trouva qu'il les avait tous tronqués.

Macaire n'assista point à la neuvième session, qui fut tenue le 8 mars ; on ne voit même personne de sa part dans les suivantes, jusqu'à la quatorzième. On admit dans la neuvième les trois évêques qui dans la précédente avaient présenté un mémoire par Théodore de Mélitine. Ils étaient accompagnés de Théodore même et de sept clercs, du nombre desquels était Étienne, disciple de Macaire d'Antioche. On continua l'examen des passages allégués par ce dernier dans son premier volume, et on trouva, ou qu'il les avait tronqués, ou que ceux qu'il n'avait point altérés prouvaient clairement deux volontés en Jésus-Christ. Basile, évêque de Gortyne, le fit remarquer, à l'empereur quand on vint à la lecture d'un passage de saint Athanase sur ces paroles de Jésus-Christ. Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi, où ce Père dit : Jésus-Christ montre ici deux volontés : l'une humaine, qui est de la chair, et l'autre divine. Macaire, convaincu d'avoir corrompu la doctrine des Pères, fut déclaré déchu de toute dignité et fonction sacerdotale. Il fut au contraire décidé que Théodore de Mélitine et les trois autres évêques qui s'étaient repentis et avaient confessé la foi orthodoxe reprendraient leurs places, à la charge de donner leur confession de foi par écrit à la session suivante. Mais Étienne, disciple de Macaire, persévérant dans l'erreur de son maître, fut chassé de l'assemblée. On ne jugea pas à propos de vérifier les passages des deux autres volumes de Macaire, parce qu'ils ne faisaient rien à la question présente.

Douze évêques, qui n'avaient pu arriver à Constantinople pour les sessions précédentes, s'y rendirent pour la dixième, qui fut tenue le 18e jour de mars. On la commença par la lecture des passages contenus dans le recueil produit par les députés du pape Agathon et de son concile. Le premier passage était de la seconde lettre de saint Léon à l'empereur de même nom ; on le confronta avec l'original, tiré du trésor de l'Église de Constantinople, écrit en parchemin et couvert d'argent. Le second était de saint Ambroise, dans son deuxième livre à Gratien ; il fut collationné avec un livre en papier, fort ancien, tiré de la bibliothèque patriarcale. Tous les autres passages, au nombre de trente-neuf, furent collationnés de suite et trouvés conformes aux livres de la même bibliothèque ; ils contenaient tous la doctrine de deux volontés et de deux opérations en Jésus-Christ. Ensuite on vérifie quinze passages rapportés dans le même recueil et tirés des écrits de six hérétiques qui ne reconnaissaient qu'une seule volonté et qu'une seule opération en Jésus-Christ, savoir : de Thémistius, d'Anthime, de Sévère, de Paul, de Théodose et de Théodore. Il n'y en avait point d'Apollinaire, quoiqu'il eût aussi enseigné une volonté et une opération. Les légats demandèrent donc que l'on en insérât aussi un passage dans leur recueil : ce qui leur fut accordé, après la vérification de ce passage sur un livre en papier de la bibliothèque patriarcale. Ensuite Théodore de Mélitine et les trois autres évêques, avec les six clercs, qui avaient été regardés comme suspects dans la foi, présentèrent leurs confessions de foi, ainsi qu'il avait été ordonné dans la neuvième session, et firent serment, sur les saints Évangiles, de croire ce qu'elles contenaient. On en fit la lecture, de même que de celle de Pierre, évêque de Nicomédie, qui fut insérée dans les actes. On n'y inséra point celles des quatre évêques et des six clercs, parce qu'elles étaient conformes à celle de Pierre de Nicomédie.

La onzième session, tenue le 20e jour de mars, fut encore plus nombreuse que la précédente, par l'arrivée d'environ trente évêques. On lut, à la requête des députés de l'Église de Jérusalem, la lettre de saint Sophrone, évêque de cette ville, à Sergius de Constantinople, et de suite le libelle présenté à l'empereur par Macaire d'Antioche, avec un de ses discours au même prince. L'abbé Théophane se plaignit de ce que Macaire avait, contre les lois de l'Église, envoyé ce discours en Sardaigne, à Rome et en d'autres lieux, avant qu'il eût été présenté et lu dans le sénat. Sur quoi l'empereur assura qu'il n'en avait eu aucune connaissance. On vit, par la lecture de ce discours, qu'il était plein d'erreurs, et que Macaire y soutenait manifestement l'unité de volonté et d'opération en Jésus-Christ. On lut encore d'autres écrits de Macaire, auxquels Étienne, son disciple, avait eu part ; mais le concile, voyant qu'ils ne contenaient qu'une doctrine contraire à celle des Pères, en interrompit la lecture, en statuant que l'on en extrairait quelques passages conformes à ceux des hérétiques produits par les légats, et qu'ils seraient insérés aux actes, pour faire la comparaison des uns et des autres. Sur la fin de cette session, l'empereur déclara que, les affaires de l'État l'appelant ailleurs, il avait ordonné aux patrices Constantin et Anastase, et aux ex-consuls Polyeucte et Pierre, de se trouver au concile de sa part. Ainsi il n'assista point en personne aux sessions suivantes, si ce n'est à la dernière, c'est-à-dire, à la dix-huitième.

La douzième est du 22 mars. Quoique l'empereur n'y fût point présent, son siège y était, et aux deux côtés, les quatre magistrats nommés ci-dessus. Il s'y trouve environ quatre-vingts évêques, mais personne de la part de l'Église d'Antioche, parce que Macaire était regardé comme privé de sa dignité. On lut le recueil de pièces qu'il avait donné à l'empereur, et que ce prince avait fait remettre au concile. Ce recueil contenait la lettre de Sergius à Cyrus ; les prétendus discours de Mennas à Vigile et de Vigile à Justinien et à Théodora, et la lettre de Sergius à Honorius, avec la réponse de ce pape. Toutes ces pièces furent vérifiés sur les registres et les autres originaux, gardés dans le trésor des chartes de l'Église de Constantinople : après quoi le concile députa les notaires, avec trois évêques, à Macaire, pour lui faire reconnaître ses écrits. Les ayant pris, ouverts et vérifiés, il les reconnut pour ses ouvrages. Ceux qu'on avait députés en ayant fait leur rapport, les magistrats demandèrent, de la part de l'empereur, si l'on pourrait rétablir Macaire dans son siège en cas qu'il se repentit. Les évêques, ayant délibéré sur cela, et repris en peu de mots les crimes dont Macaire était convaincu, répondirent qu'il n'était point possible de le reconnaître jamais pour évêque : ils prièrent au contraire les magistrats d'obtenir de l'empereur que Macaire fût banni de Constantinople, avec tous ceux qui pensaient comme lui. Alors les évêques et les clercs qui dépendaient du siège d'Antioche, s'approchant des magistrats, leur demandèrent de s'intéresser auprès de l'empereur pour leur faire donner un autre archevêque à la place de Macaire, afin que l'Église d'Antioche ne demeurât pas veuve. Les magistrats promirent tout ce qu'on leur avait demandé.

Dans la treizième session, qui est du 28e jour de mars, on fit de nouveau la lecture des lettres de Sergius et d'Honorius ; et le concile, les ayant trouvées contraires à la doctrine des apôtres, des conciles et des Pères, et conformes aux sentiments des hérétiques, les rejeta et les détesta, comme propres à corrompre les âmes. Il dit anathème, non seulement à Sergius, à Cyrus, à Pyrrhus, à Paul et à Pierre, tous infectés des erreurs des monothélites, mais encore à Honorius, disant avoir trouvé dans sa lettre à Sergius, qu'il suivait en tout son erreur et qu'il autorisait sa doctrine impie. A l'égard de la lettre de Sophrone, évêque de Jérusalem, le concile, après l'avoir examinée, trouva qu'elle était conforme à la doctrine orthodoxe et utile à l'Église : en conséquence de quoi il ordonna que son nom fût mis dans les diptyques. Les magistrats demandèrent que l'on produisît tous les écrits des personnes qui venaient d'être condamnées. Pendant que le garde des chartes se mettait en devoir de les présenter, les magistrats dirent qu'ayant demandé, de la part des évêques et des clercs de la dépendance d'Antioche, un évêque à la place de Macaire, l'empereur avait ordonné qu'ils fissent à l'ordinaire un décret d'élection, qui lui serait communiqué. C'est ce qui s'exécuta avant la fin du concile, et l'abbé Théophane, qui avait témoigné tant de zèle pour la défense de la foi dans la 8e session, fut ordonné patriarche d'Antioche. Cependant le garde des chartes représenta les écrits des évêques qui venaient d'être condamnés : et on lut premièrement la lettre de Cyrus à Sergius ; puis celle qu'il écrivit au même Sergius avec les neuf articles de réunion, dont nous avons parlé plus haut ; ensuite plusieurs passages du discours de Théodore de Pharan à Sergius ; un passage d'un discours de Pyrrhus ; un de la lettre de Paul de Constantinople au pape Théodore ; et un de la lettre de Pierre, évêque de la même ville, au pape Vitalien. Par la lecture de toutes ces pièces, il parut clairement que leurs auteurs avaient soutenu une opération et une volonté en Jésus-Christ. C'est pourquoi le concile décréta qu'ils seraient ôtés des sacrés diptyques, frappés d'anathème, et leurs écrits supprimés. On examina après cela les lettres synodiques de Thomas, de Jean et de Constantin, successeur de Pierre dans le siège de Constantinople : le concile n'y ayant rien trouvé de contraire à la foi, déclara que ces trois patriarches seraient mis dans les diptyques, après avoir toutefois exigé le serment du garde des chartes, qu'il ne connaissait personne qui leur eût donné des libelles où l'on soutînt une seule volonté et une seule opération en Jésus-Christ. Il n'est rien dit dans cette session de Théodore, successeur de Constantin, peut-être parce qu'il vivait encore, et qu'on l'avait fait expliquer lui-même. Le garde des chartes ayant encore apporté diverses pièces, entre autres une seconde lettre du pape Honorius à Sergius, et une de Pyrrhus au pape Jean, le concile jugea qu'elles devaient être brûlées sur-le-champ, comme tendant à établir l'impiété du monothélisme.

La quatorzième session, tenue le 5 avril, fut presque entièrement employée à examiner les trois écrits dont on a déjà parlé plus d'une fois ; savoir le prétendu discours de Mennas au pape Vigile, et ceux de Vigile à Justinien et à Théodora, insérés dans les actes du 5e concile général. On apporta deux exemplaires des actes de ce concile, l'un en parchemin, et l'autre en papier qui était l'original. Ils se trouvèrent conformes entre eux ; mais les évêques en ayant examiné soigneusement la 7e session, remarquèrent qu'on y avait ajouté les prétendus discours de Mennas et de Vigile ; qu'ils n'avaient été faits ni écrits dans le temps du 5e concile, mais fabriqués malicieusement depuis par les monothélites. Ayant ensuite conféré les mêmes exemplaires avec plusieurs autres anciens, et un de la bibliothèque patriarcale, on trouva que celui-ci ne rapportait ni l'écrit de Mennas à Vigile, ni les discours de Vigile à Justinien et à Théodora. C'est pourquoi il fut arrêté que les exemplaires où ils se trouvaient seraient rayés et effacés aux endroits falsifiés, et qu'on dirait anathème aux faussaires. Comme on reconnut par diverses informations que c'était le moine George qui avait écrit ces trois pièces de sa main, on le fit venir au milieu de l'assemblée, et il avoua qu'il les avait écrites à la demande d'Étienne, disciple de Macaire, patriarche d'Antioche. Paul de Constantinople avait fait faire la même addition à un exemplaire latin du 5e concile, par Constantin, prêtre de son Église. Constantin, interrogé sur ce fait, avoua qu'il avait transcrit ces discours par ordre de Paul, avec le diacre Sergius, sur l'exemplaire en papier qui passait pour l'original. On interrogea le diacre Sergius, qui confirma le même fait. Alors le concile dit anathème au discours de Mennas à Vigile, à ceux de Vigile à Justinien et à Théodora, à quiconque les avait fabriqués ou écrits, à tous ceux qui avaient falsifié les actes du 5e concile, enfin à ceux qui ont enseigné, qui enseignent ou enseigneront une seule volonté et une seule opération en Jésus-Christ. Quelques évêques de Chypre ayant ensuite demandé la lecture d'un discours de saint Anathase sur ces paroles du Sauveur : Mon âme est troublée maintenant, on en fit la lecture, et l'on y trouva le dogme des deux volontés clairement établi.

Les fêtes de Pâques ayant interrompu pour quelque temps les sessions du concile, on ne tint la 15e que le 26 avril, trois semaines après la précédente. Polychrone, prêtre et moine, qui était accusé de soutenir les erreurs de Macaire, fut cité, et on lui ordonna de déclarer sa foi. Il s'offrit de la prouver par les œuvres, en ressuscitant un mort. Les magistrats et le concile réglèrent de concert que l'épreuve du mort se ferait en public. Polychrone mit sur le mort sa confession de foi, où il ne reconnaissait qu'une volonté et une opération théandrique, mais quoiqu'il eût parlé pendant plusieurs heures au mort, celui-ci ne ressuscita point. C'est pourquoi le concile, voyant ce prêtre obstiné dans son erreur, décida qu'il serait dépouillé de tout rang et de toute fonction sacerdotale ; et après qu'il eut été déposé de cette manière, tous les évêques lui dirent anathème.

Il y eut trois mois d'intervalle entre cette session et la 16e, qui ne fut tenue que le 9e jour d'août. Cet intervalle donna lieu à plusieurs évêques éloignés de Constantinople de se rendre au concile. Constantin, prêtre de l'église d'Apamée, métropole de la seconde Syrie, fut admis à rendre compte de sa foi. II dit qu'il reconnaissait deux natures, suivant la décision du concile de Chalcédoine, et deux propriétés ; mais que pour les opérations, il n'en disputerait point, et qu'il ne reconnaissait qu'une volonté de la personne du Verbe. On lui demanda si cette unique volonté appartenait à la nature divine ou bien à la nature humaine, " A la nature divine ", répondit-il. Les évêques lui demandèrent si la nature humaine de Jésus-Christ n'avait pas aussi une volonté. Il avoua que Jésus-Christ avait eu une volonté humaine naturelle depuis sa naissance jusqu'à la croix ; mais il soutint que depuis sa résurrection il n'en avait plus, et que s'étant alors dépouillé de sa chair mortelle et de toutes les faiblesses, il avait quitté sa volonté humaine avec la chair et le sang. Il ajouta qu'il avait appris cette doctrine de Macaire d'Antioche. Le concile, ne pouvant lui persuader de changer de sentiment, lui dit anathème et à ses dogmes, et le fit chasser de l'assemblée. George, patriarche de Constantinople, et avec lui quelques évêques de sa dépendance, demandèrent qu'on épargnât, s'il était possible, les noms de Sergius, de Pyrrhus, de Paul et de Pierre, ses prédécesseurs, et qu'ils ne fussent pas compris dans les anathèmes. Mais le concile déclara que puisqu'ils avaient été déclarés coupables, et rayés des diptyques par sentence, ils devaient aussi être nommément anathématisés. George ayant déclaré qu'il cédait à l'avis du plus grand nombre, on renouvela les anathèmes déjà prononcés contre Théodore de Pharan, Cyrus, Sergius, Honorius, Pyrrhus, Paul, Pierre, Macaire, et tous les hérétiques.

On ne fit autre chose dans la 17e session, qui est datée du 11e jour de septembre, que de convenir de la définition de foi. Elle y fut lue par Agathon, lecteur et notaire de George, patriarche de Constantinople. On la publia de nouveau dans la session 18e, tenue le 16 du même mois. L'empereur y assista en personne avec plus de 160 évêques. Dans cette définition, le concile déclare qu'il reçoit les cinq conciles précédents ; qu'il condamne les auteurs de la nouvelle erreur, savoir Théodore de Pharan, Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre de Constantinople, le pape Honorius, Cyrus d'Alexandrie, Macaire d'Antioche, Étienne son disciple ; qu'il approuve les deux lettres du pape Agathon et de son concile, comme contenant une doctrine conforme à celle du concile de Chalcédoine, de saint Léon et de saint Cyrille. Il fit lire les symboles de Nicée et de Constantinople : et dans une explication du mystère de l'incarnation, il prouve et décide qu'il y a en Jésus-Christ deux volontés naturelles et deux opérations, que ces deux volontés ne sont point contraires, que la volonté humaine suit la volonté divine, et qu'elle lui est entièrement soumise. Il défend d'enseigner une autre doctrine, soit à ceux des juifs ou des gentils qui se convertissent à la foi, soit à ceux qui quittent l'hérésie pour embrasser la vérité, sous peine de déposition pour les clercs, et d'anathème pour les laïques. Les trois légats du pape souscrivirent les premiers ; après eux George de Constantinople ; Pierre, prêtre, tenant la place du patriarche d'Alexandrie ; Théophane, patriarche d'Antioche ; George, prêtre, représentant l'évêque de Jérusalem ; puis tous les autres évêques. L'empereur leur demanda si la définition de foi avait été faite et publiée de leur consentement ; ils répondirent par des acclamations unanimes, et prononcèrent de nouveau des anathèmes contre tous les monothélites. Après quoi on lut un discours adressé à ce prince, où l'on relevait son zèle pour la foi et sa piété ; on y louait aussi le pape Agathon, ses lettres et celles de son concile. Ce discours fut encore souscrit des légats et de tous les évêques. Ils prièrent l'empereur de souscrire lui-même la définition de foi. Il le promit, mais il demanda auparavant que le concile reçût Citonat, archevêque de Cagliari en Sardaigne, qui s'était justifié d'un crime d'État dont il avait été accusé, et qu'il lui fit souscrire cette définition. Après donc que Citonat et Théodore, évêque d'Auréliopolis, eurent souscrit, l'empereur souscrivit le dernier.

Il ordonna, à la requête des évêques, que l'on dressât cinq exemplaires de la définition de foi, un pour les légats du pape, deux pour les patriarches de Constantinople et d'Antioche, et deux pour ceux d'Alexandrie et de Jérusalem. Les évêques, avant de se séparer, écrivirent une lettre synodale au pape Agathon, pour lui témoigner que puisqu'il occupait le premier siège de l'Église universelle, ils se reposaient sur lui de ce qui était à faire, comme sur la pierre ferme de la foi, en acquiesçant de grand cœur aux lettres que sa paternelle béatitude avait écrites au très pieux empereur touchant la vraie foi, et dans lesquelles ils avaient reconnu le langage plein d'autorité du chef suprême des apôtres ; qu'ils s'en étaient servis eux-mêmes pour ruiner les fondements de la nouvelle hérésie ; et qu'ils avaient, conformément à ces lettres, anathématisé Théodore, Sergius et les autres chefs des monothélites, et même Honorius, dont toutefois le pape Agathon n'avait rien dit. Ils priaient sa paternelle sainteté de mettre le sceau, par ses vénérables rescrits, à leur définition de foi. Les patriarches de Constantinople et d'Antioche, et les députés des sièges d'Alexandrie et de Jérusalem, souscrivirent cette lettre avec cinquante-deux autres évêques, au nombre desquels se trouve Citonat de Cagliari.

L'empereur donna un édit pour l'exécution des décrets du concile. Il y condamne les auteurs du monothélisme, Théodore, Cyrus, Sergius et Honorius, comme fauteurs de cette hérésie ; il y explique clairement la doctrine de l'Église sur les deux volontés et les deux opérations, et défend d'enseigner une doctrine contraire, sous peine de déposition pour les clercs, de privation de dignité et de confiscation de biens pour les laïques, et de bannissement pour les simples particuliers. Macaire, qui avait été déposé du patriarcat d'Antioche, Étienne son disciple, Anastase, Polychrone et quelques autres présentèrent ensemble une requête à l'empereur, par laquelle ils demandaient d'être envoyés au pape. Ce prince leur accorda leur demande, laissant au pape le jugement de leur cause.

Cependant Agathon mourut dans le mois de janvier de l'an 682, et il eut pour successeur Léon II, qui fut ordonné le 15 du mois d'août, ou selon d'autres le 19 d'octobre de la même année, le saint-siège ayant vaqué plusieurs mois. Les légats n'étaient point encore partis de Constantinople, lorsqu'on y apprit la mort du pape Agathon. A leur départ pour Rome, où ils arrivèrent au mois de juillet 682, l'empereur les chargea de deux lettres, l'une au pape, l'autre à tous les conciles d'évêques du saint-siège, c'est-à-dire, aux évêques d'Occident qui avaient assisté au concile de Rome, et qui avaient écrit à ce prince par leurs députés. La lettre au pape Léon est datée du mois de décembre, indiction dixième, et celle aux évêques d'Occident fut écrite en même temps. Si cette date n'est pas fausse, il faudra dire que les légats ne furent point porteurs de ces lettres, ce qui serait contraire aux lettres mêmes, ou qu'ils n'arrivèrent point à Rome au mois de juillet précédent, ce qui est détruit par la lettre du pape Léon II à l'empereur. Le P. Labbe croit qu'au lieu du mois de décembre dont ces lettres sont datées, il faut lire avril, et qu'encore que le pape Léon II ait été choisi aussitôt après la mort d'Agathon, il ne fut toutefois ordonné que plusieurs mois après, soit parce qu'il n'avait pas reçu la confirmation de son élection, soit parce qu'il fut longtemps à délibérer s'il accepterait ou non le pontificat. Baronius rejette absolument ces deux lettres comme supposées, de même que la réponse du pape Léon à l'empereur ; mais elles ont trop de rapport avec les lettres de ce pape aux évêques d'Espagne, que Baronius ne conteste pas. Ce prince dit au pape qu'il avait fait lire publiquement la lettre d'Agathon, qu'elle avait été acceptée de tous les évêques, comme si saint Pierre eût parlé, et que Macaire d'Antioche seul avait refusé de s'y conformer. Il dit à peu près la même chose aux évêques d'Occident. La réponse du pape Léon à l'empereur porte, qu'ayant examiné soigneusement les actes du concile de Constantinople, il les avait trouvés conformes à ce que les légats lui en avaient rapporté, et aux décrets des cinq conciles précédents ; qu'ainsi il confirmait la définition de ce 6e concile et anathématisait tous ceux que ce concile avait anathématisés, nommément Honorius, qui, au lieu de purifier l'Église apostolique par la doctrine des apôtres, avait pensé renverser la foi par une trahison profane. A l'égard de ceux que l'empereur lui avait envoyés, Anastase dit que le pape Léon en admit deux à la communion le jour de l'Épiphanie 683, après qu'ils eurent donné par écrit leur profession de foi, et anathématisé les hérétiques. Ces deux étaient Anastase, prêtre, et Léonce, diacre de l'Église de Constantinople. Il dit de Macaire, d'Étienne, de Polychrone et d'Epiphane, qui avaient aussi été renvoyés au jugement du pape, qu'ils furent enfermés dans divers monastères, parce qu'ils n'avaient point voulu abjurer leurs erreurs. D. Ceill.

Une des objections les plus rebattues contre l'infaillibilité pontificale est assurément celle qu'on prétend tirer de la faute d'Honorius et de sa condamnation par le sixième concile œcuménique. Cependant de quoi s'agit-il ? D'une faute personnelle, qui était plutôt une erreur dans la conduite, qu'une erreur dans la foi. Les lettres qui nous restent de ce pape démontrent en effet qu'il n'admettait pas une seule volonté en Jésus-Christ à la manière des monothélites, mais uniquement en ce sens qu'il ne saurait y avoir dans le Fils de Dieu deux volontés contraires. Comment d'ailleurs le pape Agathon aurait-il pu prescrire à ses légats, comme il l'écrivit à l'empereur, de s'en tenir simplement à la tradition reçue de ses prédécesseurs, si cette tradition avait été rompue par Honorius quelques années seulement avant lui ? Aussi Noël-Alexandre, quoique partisan des opinions gallicanes, ne fait-il pas difficulté de reconnaître ingénument que le pape Honorius n'a point enseigné l'hérésie. Baronius, Pighi et quelques autres savants ont prétendu que les actes du sixième concile général avaient été altérés, et qu'un faussaire avait substitué le nom d'un pape de Rome à celui d'un évêque de Constantinople ; mais cette opinion est sujette à de grandes difficultés, et a été abandonnée par Mansi lui-même.