Extrait du Dictionnaire universel et complet des conciles (deux tomes) du chanoine Adolphe-Charles Peltier, publié dans l'Encyclopédie théologique de l'abbé Jacques-Paul Migne (1847), dont il constitue les tomes 13 et 14.

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Concile de Constantinople II - 553 - cinquième concile œcuménique

(tome I, colonnes 721 à 732)

CONSTANTINOPLE (Concile de), cinquième œcuménique, l'an 553. Le motif de la tenue de ce concile fut l'examen des trois chapitres, c'est-à-dire, des écrits de Théodore de Mopsueste, des anathématismes de Théodoret opposés à ceux de saint Cyrille, et de la lettre d'Ibas à Maris. Le pape avait demandé à l'empereur que le concile fût tenu en Italie ou du moins en Sicile, et que les évêques d'Afrique et des autres provinces latines y fussent appelés ; mais, au mépris de toutes les conventions, Justinien convoqua subitement le concile, par un édit adressé aux patriarches et aux évêques qui se trouvaient alors réunis dans la capitale de l'empire.

Ce concile, tout irrégulier qu'il était dans sa convocation, ne laissa pas de s'assembler le 4 mai 553. On put y compter cent cinquante et un évêques, et dans ce nombre cinq africains, dont l'un, Sextilius, évêque de Tunis, représentait Primase de Carthage, ordonné l'année précédente malgré le clergé et le peuple, et intronisé avec grande effusion de sang à la place de l'évêque Réparat, envoyé en exil sur une accusation calomnieuse. D'après les ordres de l'empereur, le gouverneur d'Afrique envoya, pour soutenir le parti de la cour, les évêques les plus intéressés et les plus ignorants qu'il put réunir ; l'un d'eux avait été convaincu d'adultère six ans auparavant à Constantinople. C'est ce que dit le clergé d'Italie dans son mémoire aux ambassadeurs de Théodebald d'Austrasie. Tels étaient les évêques d'Afrique qui, seuls de tout l'Occident, assistèrent au concile de Constantinople.

Le concile étant donc assemblé, on lut d'abord l'édit impérial de convocation ; ensuite la confession de foi que le patriarche Eutychius avait présentée au pape Vigile, et la réponse approbative que le pape y avait faite. Après quoi, lui envoyant une députation solennelle, composée des trois patriarches de Constantinople, d'Alexandrie et d'Antioche, et de seize métropolitains, le concile pria le très saint pape Vigile de vouloir bien discuter l'affaire des trois chapitres avec les autres évêques, comme il l'avait promis dans ses lettres à Eutychius. Le pape répondit qu'il ne pouvait répondre pour le moment, à cause d'une indisposition, mais que le lendemain il ferait connaître sa résolution touchant l'assemblée. Ainsi finit la première conférence ou séance de ce concile.

Dans la seconde, les patriarches et les métropolitains qui étaient allés retrouver le pape pour le prier de se rendre au concile, firent le rapport du mauvais succès de leur députation. Le pape leur avait répondu nettement qu'il ne pouvait se rendre à leur assemblée, parce qu'il s'y trouvait beaucoup d'évêques orientaux contre très peu d'occidentaux ; mais qu'il mettrait son avis par écrit, et l'enverrait à l'empereur. Les députés avaient insisté sur la promesse qu'il avait faite d'entrer en délibération avec les évêques réunis, et sur l'exemple des quatre premiers conciles œcuméniques, où très peu d'occidentaux avaient assisté : le pape s'était constamment refusé à leur demande, qui n'était fondée que sur de vaines allégations, puisque la promesse qu'ils lui rappelaient n'avait été que conditionnelle, et que, quant aux conciles précédents dont ils lui opposaient l'exemple, tous les occidentaux y avaient été du moins convoqués. Les patrices qui avaient accompagné les évêques dans leur députation au nom de l'empereur rapportèrent de même pour réponse que le pape leur avait promis simplement de faire savoir à l'empereur dans quelques jours ce qu'il pensait sur cette affaire. Alors les juges que l'empereur avait nommés pour maintenir l'ordre dans l'assemblée ordonnèrent aux évêques de tenir leur concile, malgré le refus que faisait le pape d'y prendre part. En conséquence, les évêques assemblés envoyèrent prier quatre évêques du patriarcat d'Occident, qui se trouvaient aussi à Constantinople, de venir partager leurs délibérations. Le premier de ces évêques, Primase d'Adrumet en Afrique, répondit à la députation qui lui fut envoyée, qu'il ne pouvait se rendre dans un concile où le pape ne se trouvait pas. Les trois autres, qui étaient de la province d'Illyrie, déclarèrent à leur tour qu'ils consulteraient à ce sujet leur métropolitain. La réponse de ces derniers ne déplut pas au concile, parce qu'on savait que Bénénatus, le métropolitain, qu'ils invoquaient, était dans les sentiments des Orientaux. C'est à quoi se termina l'objet de la deuxième conférence.

Le neuf mai, les évêques de l'assemblée tinrent la troisième, où ils ne firent que déclarer qu'ils tenaient la foi des quatre conciles généraux, et condamnaient tout ce qui pourrait leur être contraire ou injurieux ; et qu'ils suivaient aussi tous les Pères orthodoxes, nommément saint Athanase, saint Hilaire, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, saint Ambroise, saint Augustin, Théophile, saint Jean Chrysostome, saint Cyrille, saint Léon et Proclus. Quant aux trois chapitres, ils en remirent l'examen à un autre jour.

Ce fut le douzième de mai, à la quatrième conférence, qu'ils commencèrent l'examen de la doctrine de Théodore de Mopsueste.

Un diacre notaire en lut divers extraits, au nombre de soixante-onze articles, par lesquels il fut clairement démontré que cet auteur avait enseigné la doctrine de Nestorius et plusieurs autres impiétés déjà condamnées par l'Église. Il soutient en effet dans ses livres contre Apollinaire, que ce n'est pas Dieu le Verbe consubstantiel au Père, qui est né de la Vierge, mais son temple ; il doute même si le Verbe y a habité dès le moment de sa formation, et il croit que le Verbe perfectionna ce temple peu à peu, et qu'on l'adore à cause de son union avec le Verbe. Dans ses commentaires sur saint Jean, il prétend qu'il y a de la folie à croire que le Sauveur, en soufflant sur ses apôtres après sa résurrection, leur a donné le Saint-Esprit, et que quand saint Thomas s'est écrié " Mon Seigneur et mon Dieu, " ce n'était pas à Jésus-Christ qu'il parlait, mais à Dieu, qu'il louait de l'avoir ressuscité ; il enseigne que nous sommes baptisés en Jésus-Christ, comme les Israélites le furent en Moïse, et que nous sommes appelés chrétiens, comme on appelle les platoniciens, les épicuriens, les marcionites et les manichéens du nom des auteurs de leur secte. Dans ses livres sur l'Incarnation, il dit que Jésus-Christ est l'image de Dieu et qu'on l'honore de même qu'on honore l'image de l'empereur. Dans ses commentaires sur saint Luc, il soutient que Jésus-Christ est fils adoptif comme les autres. Dans ses commentaires sur saint Matthieu, il prétend que les anges qui s'approchèrent de Jésus-Christ dans le désert pour le servir, l'ont servi comme serviteur et ami de Dieu. Il enseigne aussi que Jésus-Christ a combattu contre les passions de l'âme, contre les souffrances de son corps, et qu'il s'exerçait à les vaincre par la vertu de la divinité qui habitait en lui. A ces paroles, tous les évêques du concile s'écrièrent : " Nous avons déjà condamné ces blasphèmes. Anathème à Théodore de Mopsueste et à ses écrits. Cela est contraire à la doctrine de l'Église et des Pères, plein d'impiété ; Théodore et Judas, c'est tout un. " Il dit autre part que Dieu le Verbe n'habitait en Jésus-Christ ni quant à la substance, ni quant à l'opération, mais seulement comme dans un homme juste en qui il mettait ses complaisances ; que Jésus-Christ a reçu l'onction du St-Esprit comme une récompense de son mérite et de son innocence, selon cette parole du Psalmiste : " Parce que vous avez aimé la justice et haï l'iniquité, c'est pour cela que (1) vous avez mérité l'onction la plus précieuse (2) ; " que l'on doit dire de Marie qu'elle est mère de Dieu et mère de l'homme ; mère de l'homme par nature, mère de Dieu par relation, parce que Dieu était en l'homme qui est né d'elle.

(1) Propterea, c'est pourquoi. C'est le sens de la Vulgate, en supposant que le prophète parle ici, non de la première onction qui précéda tout mérite dans son humanité mais de celle dont il fut oint dans sa résurrection, par la gloire ineffable dont le Père combla son humanité. D'autres traduisent le mot hébreu par propterea quod, et lui donnent le même sens qu'il a au troisième verset de ce psaume : " Vous avez aimé la justice et vous haïssez l'iniquité, parce que Dieu vous a oint, etc. ; " et ceux-ci l'entendent de la première onction que reçut l'humanité de Jésus-Christ ; mais on doit s'en tenir au sens de la Vulgate, que saint Jérôme a conservé dans la traduction qu'il a faite sur l'hébreu.

(2) Psaume XLIV, V. 8.

En d'autres endroits de ses écrits il parle avec mépris du livre de Job et du Cantique des Cantiques. On lut aussi la profession de foi nestorienne attribuée à Théodore de Mopsueste et condamnée par le concile général d'Éphèse dans sa sixième session. Les évêques s'écrièrent alors : " C'est Satan qui a composé ce symbole. Nous ne connaissons que le symbole de Nicée. Anathème à qui n'anathématise pas Théodore de Mopsueste. Nous l'anathématisons lui et ses écrits. " On renvoya à une autre conférence l'examen de ce que les Pères, les lois impériales et les historiens ecclésiastiques avaient dit contre cet auteur.

Le 17 mai, à la 5e conférence, (3) on lut cinq lettres de saint Cyrille contre Théodore de Mopsueste ; un livre du même patriarche où le nom et la doctrine de ce dernier sont également flétris ; la requête présentée contre lui à Proclus de Constantinople par les clercs et les moines d'Arménie ; une partie de la réponse de Proclus ; un extrait de l'histoire d'Hésychius (4), où ce prêtre de Jérusalem assurait que Théodore de Mopsueste était celui à qui saint Jean Chrysostome écrivit deux livres pour le retirer de ses dérèglements et de ses erreurs sur l'Incarnation du Verbe ; deux lois des empereurs Théodose et Valentinien contre Nestorius, Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste ; une lettre de Théophile d'Alexandrie à Porphyre, évêque d'Antioche ; une autre de saint Grégoire de Nysse à Théophile.

(3) Baluze (Concil., p. 1510) soutient sur l'autorité des anciens manuscrits que cette conférence fut tenue le 17 mai et non le 13, comme semble le dire l'archidiacre Diodore au commencement de cette conférence, et comme le prétendent la plupart des collecteurs. Le P. Alexandre dit : octavo idus maias ; c'est une erreur qu'il n'a fait que copier.

(4) Cette histoire n'est point venue jusqu'à nous.

Tous ces témoignages furent cités, afin de montrer que Théodore de Mopsueste s'était efforcé dans ses écrits d'anéantir le mystère de l'Incarnation ; que suivant les principes des juifs il détournait le sens des prophéties relatives à Jésus-Christ ; en un mot, qu'il avait enseigné les mêmes erreurs que Nestorius, son disciple, enseigna depuis. On cita même en témoignage divers endroits des écrits de Théodoret contre saint Cyrille, qui prouvèrent que le saint patriarche d'Alexandrie avait accusé Théodore de toutes ces impiétés. On lut aussi des extraits du second livre de saint Cyrille contre Théodore, où il loue son travail et condamne sa doctrine comme impie. Le concile ordonna ensuite la lecture des lettres de saint Grégoire de Nazianze, que quelques-uns disaient avoir été écrites à Théodore de Mopsueste ; mais Euphratas de Tyane et Théodose de Justinianople prouvèrent que ces lettres n'avaient point été adressées à Théodore de Mopsueste, mais à Théodore de Tyane, dont ils assurèrent qu'on lisait encore le nom dans les diptyques de cette Église. Après quoi on examina la question s'il est permis de condamner les morts, et on cita pour le prouver quelques passages de saint Cyrille et de saint Augustin, plusieurs exemples anciens ou récents, et spécialement la condamnation de l'impie Dioscore par Boniface II, et celle d'Origène par Théophile d'Alexandrie. On s'autorisa surtout de l'exemple du pape Vigile lui-même, qui avait souscrit comme les autres évêques à l'édit de Justinien contre Origène. Et cette conférence se termina par la lecture de divers extraits des écrits de Théodoret, pour montrer qu'il avait favorisé les erreurs de Nestorius.

6e Conférence, 19 mai. On lut la lettre d'Ibas à Maris, dont on releva aussi les erreurs ; et après l'examen de toutes les pièces relatives à cette affaire, on reconnut que cette lettre n'avait point été approuvée par le concile de Chalcédoine, et qu'Ibas lui-même avait été obligé de la rétracter au moins indirectement, en prononçant l'anathème contre Nestorius. Les Pères de Constantinople, jugeant donc que cette lettre était contraire aux définitions du concile de Chalcédoine, la déclarèrent unanimement hérétique, et déclarèrent aussi hérétiques tous ceux qui ne l'anathématiseraient pas.

Sur ces entrefaites, le pape Vigile prononça son jugement par une constitution raisonnée et fort longue, appelée Constitutum, et adressée à l'empereur. Il y rapporte d'abord les deux professions de foi qui lui avaient été remises par les patriarches Mennas et Eutychius, et le motif qui l'avait empêché d'assister au concile ; puis il examine successivement soixante articles extraits des écrits de Théodore de Mopsueste, à peu près les mêmes qui avaient été cités dans la quatrième conférence du concile, en fait ressortir l'impiété et les frappe d'anathème. Mais quant à la personne de Théodore, il déclare qu'on doit imiter la sage discrétion du concile d'Éphèse, qui s'abstint de prononcer contre cet évêque, tout en condamnant le symbole qui lui était attribué. A l'égard d'Ibas et de Théodoret, il décide que ces deux évêques ayant été reconnus orthodoxes par le concile de Chalcédoine, il n'est pas permis d'imprimer une flétrissure à leur mémoire, et qu'il suffit de condamner en général les écrits et les propositions favorables aux nestoriens ou aux eutychiens, sans toutefois condamner nommément des évêques morts dans la communion de l'Église. Enfin il établit l'autorité inviolable du concile de Chalcédoine et défend à toute personne de porter un jugement contraire à cette constitution. Le pape envoya ce Constitutum à l'empereur le 25 mai (1) par Servusdei, sous-diacre de l'Église romaine ; mais Justinien, craignant que ce décret ne fût pas conforme à ses désirs, refusa de le recevoir.

(1) Il est daté du 14 mai. Dix-sept évêques, un archidiacre et deux diacres de l'Église romaine le souscrivirent après le pape.

7e Conférence, 26 mai. Le concile tint le lendemain sa septième conférence. Le questeur Constantin y remit de la part de l'empereur différentes pièces aux évêques assemblés, pour montrer que le pape Vigile ayant déjà condamné lui-même les trois chapitres, le concile ne devait pas hésiter à prononcer le même jugement. Ces pièces, dont les Pères de Constantinople ordonnèrent la lecture, étaient la sentence prononcée par le pape Vigile contre les diacres Rustique et Sébastien ; sa lettre à saint Aurélien, évêque d'Arles ; une autre à Valentinien, ou Valérien, évêque de Tomes en Scythie, et une promesse que ce pape avait faite, en retirant sa première décision, de concourir de tout son pouvoir à faire prononcer dans un concile la condamnation des trois chapitres (2). Le concile, après avoir loué le zèle de l'empereur pour la défense de l'Église, remit le jugement des trois chapitres à la conférence suivante.

(2) Baluze (Coll. conc.), Fleury (Liv. XXXIII, ch. 49), Dupin (T. IV, p. 482), disent qu'on lut dans cette conférence un ordre de l'empereur pour faire ôter des diptyques le nom du pape Vigile, tout en conservant l'unité avec le siège apostolique. On retrouve en effet dans quelques exemplaires des actes de cette conférence une lettre de l'empereur qui contient cet ordre. Mais comme cette lettre du 14 juillet est d'une date postérieure à la dernière conférence du concile, qui eut lieu le 2 juin, il est visible qu'elle y a été ajoutée dans un mauvais dessein ; elle ne peut donc servir à prouver autre chose que la témérité audacieuse de l'empereur Justinien.

On lit aussi, disent quelques auteurs, deux lettres adressées, l'une à l'empereur Justinien, écrite de la main de Vigile, et l'autre à l'impératrice Théodora, souscrite seulement par ce pape. Baluze (Coll. conc., p. 1545) rapporte ces deux lettres d'après un manuscrit de la bibliothèque de Joly. Lorsqu'elles furent citées dans les sessions 13 et 14 du sixième concile œcuménique tenu à Constantinople l'an 681, les légats du pape les accusèrent de fausseté ; et dès qu'on eut reconnu, soit par la différence d'écriture et l'absence de numéros, soit par l'inspection de plusieurs exemplaires anciens et authentiques où ces pièces ne se trouvaient point, soit enfin par des témoins qui firent connaître et les auteurs et les circonstances de cette falsification, qu'elles avaient été fabriquées par les monothélites, le sixième concile général frappa d'anathème ceux qui les avaient fabriquées ou insérées dans les actes du cinquième concile général.

8e et dernière Conférence, 2 Juin. Callonymus, diacre et notaire, lut la décision du concile, qui était toute dressée ; et comme elle ne faisait que résumer ce qui avait été jugé précédemment, on ne crut pas nécessaire de prendre les voix des évêques en particulier. Cette décision contient d'abord un résumé de ce qui avait été fait pour l'examen des trois chapitres, avec une courte réfutation de ce qu'on alléguait pour leur défense ; puis les évêques ajoutent : " Nous recevons les quatre conciles de Nicée, de Constantinople, d'Éphèse et de Chalcédoine ; nous avons enseigné ce qu'ils ont défini sur la foi, et nous jugeons séparés de l'Église catholique ceux qui ne les reçoivent pas. Mais nous condamnons Théodore de Mopsueste avec ses écrits impies ; les impiétés écrites par Théodoret contre la vraie foi, contre les douze anathématismes de saint Cyrille, contre le concile d'Éphèse et pour la défense de Théodore et de Nestorius ; enfin la lettre impie d'Ibas, qui nie que le Verbe se soit incarné et fait homme dans le sein de la vierge Marie, qui accuse saint Cyrille d'hérésie, qui blâme le concile d'Éphèse et défend Théodore et Nestorius avec leurs écrits ; nous anathématisons donc les trois chapitres avec leurs défenseurs, qui prétendent les soutenir par l'autorité des Pères ou du concile de Chalcédoine. " Cette décision se termine par les quatorze anathématismes suivants, qui renferment toute la doctrine catholique, contre les nestoriens et les eutychiens. Les évêques ont soin de rappeler, dans le préambule de leur jugement, que le pape Vigile avait condamné plusieurs fois les trois chapitres de vive voix et par écrit.

1er Anathématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que la nature ou substance divine est une et consubstantielle en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; qu'il soit anathème.

2e Anathématisme. Si quelqu'un ne confesse pas dans le Verbe de Dieu deux naissances, l'une incorporelle par laquelle il est né du Père avant tous les siècles, l'autre selon laquelle il est né dans les derniers temps de la vierge Marie, Mère de Dieu ; qu'il soit anathème.

3e Anathématisme. Si quelqu'un dit que ce n'est pas le même Christ-Dieu-Verbe, né de la femme, qui a fait des miracles et qui a souffert ; qu'il soit anathème.

4e Anathématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que la chair a été substantiellement unie à Dieu le Verbe et qu'elle était animée par une âme raisonnable et intellectuelle ; qu'il soit anathème.

5e Anathématisme. Si quelqu'un dit qu'il y a deux substances ou deux personnes en Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu'il ne faut en adorer qu'une seule, comme l'ont écrit follement Théodore et Nestorius ; qu'il soit anathème.

6e Anathématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que la sainte Vierge est véritablement et réellement Mère de Dieu, qu'il soit anathème.

7e Anathématisme. Si quelqu'un ne veut pas reconnaître que les deux natures ont été unies en Jésus-Christ, sans diminution, sans confusion, mais que par ces deux natures il entende deux personnes ; qu'il soit anathème.

8e Anathématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que les deux natures ont été unies en Jésus-Christ en une seule personne ; qu'il soit anathème.

9e Anathématisme. Si quelqu'un dit que nous devons adorer Jésus-Christ en deux natures, ce qui serait introduire deux adorations que l'on rendrait séparément à Dieu le Verbe et séparément aussi à l'homme ; et qu'il n'adore pas par une seule adoration le Verbe de Dieu incarné avec sa propre chair, ainsi que l'Église l'a appris dès le commencement par tradition ; qu'il soit anathème.

10e Anathématisme. Si quelqu'un nie que Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a été crucifié dans sa chair, soit vrai Dieu, Seigneur de gloire, l'un de la Trinité ; qu'il soit anathème.

11e Anathématisme. Si quelqu'un n'anathématise pas Arius, Eunomius, Macédonius, Apollinaire, Nestorius, Eutychès, Origène, avec tous leurs écrits impies ; qu'il soit anathème (1).

12e Anathématisme. Si quelqu'un défend l'impie Théodore de Mopsueste ; qu'il soit anathème.

13e Anathématisme. Si quelqu'un défend les écrits impies de Théodoret, qu'il soit anathème.

14e Anathématisme. Si quelqu'un défend la lettre que l'on dit avoir été écrite par Ibas à Maris ; qu'il soit anathème (2).

(1) M. Rohrbacher ne s'est pas rappelé ce 11e anathématisme, lorsqu'il a prétendu (Hist. univ. de l'Egl., t. IX, p. 254) que dans les actes du concile il n'est pas dit un mot de la condamnation d'Origène.

(2) Par le 12e anathématisme, les Pères du concile frappent la personne de Théodore de Mopsueste avec ses écrits ; par le 13e et le 14e ils frappent, il est vrai, certains écrits de Théodoret et d'Ibas, mais ils épargnent leurs personnes, parce que ces deux derniers étaient morts dans la paix de l'Église.

Tous les évêques souscrivirent ensuite à la sentence et aux quatorze anathématismes de ce concile, et généralement à tout ce qui s'était fait dans cette assemblée.

Telle fut la conclusion de ce concile, que l'on compte pour le cinquième général, quoiqu'il n'ait pas eu d'abord ce caractère ; car non seulement le pape n'y présida pas, mais encore on n'y avait pas convoqué tous les évêques de l'Église catholique. Toutefois, s'il a eu quelque chose d'irrégulier dans sa célébration, il est certain que ses décisions furent très orthodoxes, et qu'on n'y fit rien qui pût préjudicier aux définitions du concile de Chalcédoine. Au contraire, on le confirma solennellement avec ceux de Nicée, de Constantinople et d'Éphèse, et l'on condamna en termes exprès l'hérésie d'Eutychès et la confusion des natures en Jésus-Christ. Si le concile de Chalcédoine s'était abstenu par une sage discrétion de condamner les trois chapitres, parce qu'il était assemblé pour un objet différent, on a pu remarquer aussi qu'il ne les avait nullement approuvés et qu'il en avait même exigé une rétractation directe, en obligeant Ibas et Théodoret à prononcer anathème contre Nestorius et sa doctrine, avant de les recevoir à la communion catholique. Le cinquième concile général suivit donc l'esprit du concile de Chalcédoine, au lieu de le contredire, en condamnant ces écrits quand les circonstances ne furent plus les mêmes. Ce qui manqua d'abord à ce concile pour être œcuménique, fut suppléé bientôt après par l'approbation du pape et par l'adhésion de l'Église universelle. Toutefois, une partie des évêques occidentaux refusèrent pendant plusieurs années de le reconnaître ; mais le zèle et les lumières de saint Grégoire le Grand dissipèrent les préventions et firent cesser une opposition qui avait uniquement pour cause l'obscurité répandue sur les faits par la distance des lieux et la diversité des idiomes. Ce concile prit insensiblement le rang de cinquième concile général ; et les Églises des Gaules, d'Espagne et d'Afrique le reçurent, lorsque les trois chapitres furent tombés dans l'oubli.

Six mois après la célébration de ce concile, le pape Vigile en approuva les décisions par une lettre adressée au patriarche Eutychius, dans laquelle il condamne les trois chapitres et défend, sous peine d'anathème, d'entreprendre de les soutenir. " Nous reconnaissons, ajoute-t-il, pour nos frères et nos collègues tous ceux qui les ont condamnés, et nous annulons tout ce qui a été fait par moi ou par d'autres pour justifier ces écrits. " Après cette lettre, datée du 8 décembre de l'an 553, le pape publia le 23 février suivant une constitution pour le même objet. Il y rapporte d'abord la définition de foi du concile de Chalcédoine et la lettre de saint Léon à Flavien ; mais, après avoir soigneusement exposé les erreurs des trois chapitres, il prononce anathème contre Théodore de Mopsueste et ses écrits, et condamne les écrits de Théodoret contre saint Cyrille et la lettre à Maris. Il soutient du reste que cette lettre attribuée à Ibas a été fabriquée sous le nom de cet évêque par les nestoriens ; qu'elle a été condamnée au concile de Chalcédoine, et constamment désavouée par Ibas lui-même, et que ce fut la lettre écrite en sa faveur par le clergé d'Édesse, dont la lecture le fit déclarer catholique par ce concile (1). Ce sont sans doute ces deux pièces qui ont déterminé le sixième concile général à faire honneur de l'heureuse issue du cinquième concile autant au pape Vigile qu'à l'empereur Justinien.

(1) Hardouin, II ; Baluze.

Nous n'avons plus l'original grec des actes de ce concile général, mais seulement une ancienne version latine, probablement la même qui fut faite pour être communiquée au pape Vigile ; et c'est peut-être pour cette raison qu'on n'y trouve rien, si ce n'est un seul mot au 11e anathématisme touchant la condamnation d'Origène ; car on se borna sans doute à traduire ce qui était relatif à l'affaire des trois chapitres, sur laquelle seule on n'était pas d'accord avec le souverain pontife. Mais il est certain que l'origénisme fut condamné avec éclat par ce concile, à qui l'empereur envoya son édit publié contre cet amas d'erreurs, avec une requête présentée au nom du patriarche de Jérusalem par quelques abbés catholiques de la Palestine. Le concile, ayant lu cette requête, condamna unanimement Origène, avec Didyme et Evagre du Pont, ses sectateurs. Il nous reste quinze canons en langue grecque qui prononcent anathème contre les principales erreurs de l'origénisme, et qui sont attribués par leur titre, au cinquième concile général tenu à Constantinople. Les voici, tels que Baluze les rapporte d'après Lambecius, qui les a tirés d'un manuscrit grec de la bibliothèque impériale de Vienne.

1er Anathématisme. Si quelqu'un croit à la fabuleuse préexistence des âmes, qui a pour conséquence l'idée monstrueuse qu'elles retournent (dans la suite des temps à leur état primitif) ; qu'il soit anathème.

2e Anathématisme. Si quelqu'un dit que la création de tous les êtres doués de raison a eu pour résultat la production d'êtres incorporels et immatériels, sans aucun mode arrêté d'existence (absque ullo numero ac nomine), de telle sorte que tous ces êtres soient un par l'identité de substance, de puissance et de vertu, par leur union avec le Verbe-Dieu et aussi par la connaissance qu'ils ont de lui ; mais que, rassasiés de la contemplation divine, ils sont descendus dans une condition inférieure ; qu'ils y ont pris, chacun suivant sa tendance, les uns un corps subtil, les autres un corps grossier et tous un nom ; que la différence des corps résulte de celle qui existe entre les Vertus (Virtutes) supérieures, les uns étant devenus et appelés chérubins, les autres séraphins, ceux-ci principautés et puissances, ceux-là dominations, trônes et anges, sans parler des autres ordres de la céleste armée ; qu'il soit anathème.

3e Anathématisme. Si quelqu'un dit que le soleil, la lune et les astres sont dans cette même union avec les êtres doués de raison, et que depuis leur chute ils sont devenus ce qu'ils sont ; qu'il soit anathème.

4e Anathématisme. Si quelqu'un dit que les êtres doués de raison, depuis qu'ils n'ont plus un ardent amour de Dieu, ont été enchaînés à des corps grossiers semblables aux nôtres et ont été appelés hommes, tandis que d'autres, parvenus au dernier degré de la malice, ont été enchaînés à des corps froids et ténébreux et qu'ils ont été appelés et sont devenus démons ou esprits d'iniquité ; qu'il soit anathème.

5e Anathématisme. Si quelqu'un dit que de l'état angélique et archangélique on peut descendre à la condition animale, ou passer dans celle des démons et de l'homme ; que de la condition humaine on peut devenir ange ou démon, et faire ensuite partie de chaque ordre des célestes Vertus, et que tous ceux des ordres inférieurs peuvent être formés des ordres supérieurs, et ceux des ordres supérieurs être aussi formés des ordres inférieurs ; qu'il soit anathème.

6e Anathématisme. Si quelqu'un dit qu'il y a deux espèces de démons, l'une composée des âmes des hommes et l'autre d'esprits supérieurs déchus ; qu'un seul de tous les êtres doués de raison est demeuré immuable dans l'amour et la contemplation de Dieu ; que cet être, c'est le Christ, le roi de tous les êtres doués de raison ; que cet être a créé toute la nature corporelle, le ciel et la terre avec tout ce qui existe entre l'un et l'autre, que ce monde ayant en soi les éléments de son existence antérieurs à lui-même, savoir la sécheresse, l'humidité, la chaleur, le froid et l'idée pour laquelle il a été fait, de sorte que la très sainte et consubstantielle Trinité ne l'aurait pas créé, mais qu'ayant par lui-même sa propre puissance créatrice avant la création du monde, il se serait lui-même engendré ; qu'il soit anathème.

7e Anathématisme. Si quelqu'un prétend que dans ces derniers temps, le Christ, que l'on dit exister dans la forme de Dieu et être uni à Dieu le Verbe avant tous les siècles, s'est anéanti lui-même jusqu'à la nature humaine, touché de compassion pour celle qui avait, dit-on, imité les diverses chutes des êtres qui étaient dans le même tout ; et que voulant les rétablir tous dans leur état primitif, il a existé pour tous, a revêtu différents corps, a pris différents noms, s'est fait tout à tous ; ange avec les anges, Vertu avec les Vertus ; qu'il s'est transformé dans les autres ordres ou espèces d'êtres doués de raison et s'est mis en conformité avec chacun d'eux ; qu'ensuite il a participé de la même manière que nous à la chair et au sang, et qu'il a aussi existé comme homme pour les hommes ; si quelqu'un ne confesse pas que le Verbe-Dieu s'est anéanti et s'est fait homme ; qu'il soit anathème.

8e Anathématisme. Si quelqu'un ne dit pas que Dieu le Verbe, qui est consubstantiel et à Dieu le Père et à Dieu le Saint-Esprit, qui s'est incarné et s'est fait homme, qui est l'un de la sainte Trinité, (est) proprement (et réellement) le Christ, mais (qu'il n'est au contraire appelé ainsi que) par un abus de mots (katacrhstikvV) (1), parce que, comme disent ces hérétiques, il a dépouillé sa propre intelligence (kenwsanta eauton noun), (qui était) unie à Dieu le Verbe lui-même et (qui n'est) proprement appelée Christ (qu'à cause de cette union) : mais lui, (Dieu le Verbe, appelé) Christ à cause de (son union avec) elle, (intelligence), et elle (appelée) Dieu à cause de (son union avec) lui, (Christ) ; qu'il soit anathème.

(1) Le texte latin porte abusive, mais ce mot n'a ici ni le sens, ni la force du mot grec katacrhstikvV.

9e Anathématisme. Si quelqu'un dit que ce n'est pas Dieu le Verbe incarné dans une chair animée, qui par son âme intelligente et raisonnable, est descendu aux enfers et qui est de nouveau monté aux cieux ; mais que c'est cette intelligence qu'ils prétendent être proprement devenue le Christ par la connaissance de l'unité (monadoV) ; qu'il soit anathème.

10e Anathématisme. Si quelqu'un dit que le corps du Seigneur après sa résurrection est devenu éthéré et de figure sphérique, et qu'à la résurrection des morts tous les corps prendront une existence et une forme semblable ; et comme, lorsque le Seigneur lui-même aurait le premier quitté son propre corps et que tous les autres corps en eussent fait autant, la nature des corps retomberait dans le néant ; qu'il soit anathème.

11e Anathématisme. Si quelqu'un dit que par le jugement dernier on doit entendre la destruction entière des corps ; que la fin de cette fable (du monde) est le commencement de la nature immatérielle, et que rien de matériel ne subsistera dans l'avenir, mais l'âme universelle seule ; qu'il soit anathème.

12e Anathématisme. Si quelqu'un dit que les Vertus célestes et tous les hommes avec le diable et les esprits de malice seront unis au Verbe-Dieu sans aucune divinité, de sorte que l'âme elle-même, à laquelle ces impies ont donné le nom de Christ et qu'ils font exister dans la forme de Dieu et qui, disent-ils, s'est anéantie elle-même, mettra fin au règne du Christ ; qu'il soit anathème.

13e Anathématisme. Si quelqu'un dit qu'il n'y aura aucune différence entre le Christ et les autres créatures raisonnables, soit dans leur essence, soit dans leur connaissance, soit dans leur puissance, soit dans leur pouvoir, mais que tous seront à la droite de Dieu comme leur propre Christ, et comme ils étaient, suivant eux, dans leur fabuleuse préexistence ; qu'il soit anathème.

14e Anathématisme. Si quelqu'un dit que l'unique unité future de tous les êtres doués de raison, les hypostases et les nombres ayant été détruits avec les corps aussi bien que la connaissance de ces êtres, doit être la conséquence de l'anéantissement du monde, de l'abandon des corps et de la radiation des noms et amener l'identité des connaissances aussi bien que des personnes ; et que dans leur fabuleux rétablissement (des êtres à leur état primitif) ils seront nus (c'est-à-dire, dépouillés de la matière), et de la même manière qu'ils existaient dans leur (prétendue) préexistence ; qu'il soit anathème.

15e Anathématisme. Si quelqu'un dit que la vie des esprits sera la même que celle dont ils jouissaient avant leur chute, de sorte que le commencement s'accordera avec la fin et que la fin sera la mesure du commencement ; qu'il soit anathème.